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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 24 juin 2026 — n° 26/03589

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Synthèse de la décision

Question juridique

Dans quelles conditions la prolongation de la rétention administrative d'un étranger peut-elle être validée par le juge judiciaire ?

Principe retenu

La prolongation de la rétention administrative ne peut être ordonnée que pour le temps strictement nécessaire à l'exécution de la mesure d'éloignement. Le juge doit vérifier les diligences concrètes accomplies par l'administration pour permettre l'exécution rapide de la décision d'éloignement. L'administration n'est pas tenue d'effectuer des démarches contraignantes auprès des autorités consulaires, sur lesquelles elle n'a aucun pouvoir de contrainte. En l'absence de diligences suffisantes, la prolongation doit être refusée.

Faits clés

  • Placement en rétention administrative de M. [T] [S] à compter du 21 juin 2026
  • Ordonnance du 22 juin 2026 ordonnant la prolongation de la rétention pour 30 jours supplémentaires
  • Saisine et relance des autorités consulaires vietnamiennes les 27 mai et 17 juin 2026
  • Annulation par le tribunal administratif de Paris, le 3 juin 2026, de l'arrêté fixant le Viêt-Nam comme pays de renvoi
  • Absence de nouvelles diligences du préfet pour désigner un autre pays de renvoi pendant 20 jours

Articles cités

article L. 741-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 742-4 3° du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article 15§4 de la Directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil

Exposé du litige

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE PARIS L. 742-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ORDONNANCE DU 24 JUIN 2026 (1 pages) Numéro d'inscription au répertoire général et de décision : B N° RG 26/03589 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNN3Z Décision déférée : ordonnance rendue le 22 juin 2026, à 11h33, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris Nous, Marie-Sygne Bunot-Rouillard, conseillère à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Camille Besson, greffière aux débats et au prononcé de l'ordonnance, APPELANT : M. [T] [E] [I] né le 26 février 1971 à [Localité 1], de nationalité vietnamienne RETENU au centre de rétention : [Localité 2] assisté de Me Nasr Karoomi avocat de permanence, avocat au barreau de Paris - Mme [K] (interprète en vietnamien) tout au long de la procédure devant la cour et lors de la notification de la présente ordonnance, serment préalablement prêté INTIMÉ : LE PREFET DE POLICE représenté par Me Aimilia Ioannidou, du cabinet Mathieu, avocat au barreau de Paris MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l'heure de l'audience ORDONNANCE : - contradictoire - prononcée en audience publique - [E] l'ordonnance du 22 juin 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris ordonnant la prolongation du maintien de M. [T] [S], dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, pour une durée maximale de 30 jours, soit à compter du 21 juin 2026 jusqu'au 21 juillet 2026 ; - [E] l'appel motivé interjeté le 23 juin 2026, à 11h27, par M. [L] ; - Après avoir entendu les observations : - de M. [L], assisté de son avocat, qui demande l'infirmation de l'ordonnance ; - du conseil du préfet de police tendant à la confirmation de l'ordonnance ;

Motivations de la décision

SUR QUOI, S'agissant d'une deuxième prolongation, il convient de rappeler que s'il résulte de la combinaison des articles L. 741-3 et L.742-4 3° du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ici applicables que la personne retenue ne peut le rester que le « temps strictement nécessaire » et « lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement » ou « de l'absence de moyens de transport », il n'en résulte aucune obligation pour l'administration d'un « bref délai » pour cette obtention ou d'une levée des obstacles. S'il appartient au juge judiciaire de rechercher concrètement les diligences accomplies par l'administration pour permettre que l'intéressé ne soit maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ, ce qui requiert, dès le placement en rétention, une saisine effective des services compétents pour rendre possible le retour contrôlée en première prolongation décidée judiciairement, le juge ne saurait exiger de l'administration des démarches à l'intention des autorités consulaires sur lesquelles elle ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte (1re Civ., 9 juin 2010, pourvoi n° 09-12.165, Bull. 2010, I, n° 129), sauf à imposer à celle-ci la réalisation d'acte(s) sans véritable effectivité. S'agissant des perspectives raisonnables d'éloignement, l'article 15§4 de la Directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (dite Directive « retour ») précisait que « lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 (risque de fuite ou le ressortissant concerné d'un pays tiers évite ou empêche la préparation du retour ou de la procédure d'éloignement) ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté ». Cette exigence reste d'actualité dans le cadre de l'analyse du temps strictement nécessaire à l'exécution de la mesure d'éloignement, seule finalité du placement en rétention administrative. Il appartient dès lors au juge judiciaire d'apprécier, à chaque stade de la procédure, l'existence ou non d'une perspective raisonnable d'éloignement. En l'espèce, les diligences en cours concernent exclusivement les autorités consulaires vietnamiennes (saisine du 27 mai 2026 et relance du 17 juin 2026). Il s'avère toutefois que par jugement du 03 juin 2026 auquel le préfet de police était partie, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 22 mai 2026, pris concomitamment au placement en rétention de M. [T] [S], fixant le Viêt-Nam comme pays à destination duquel M. [T] [S] devait être reconduit. Le préfet de police a connaissance de cette décision depuis au moins le 04 juin 2026 puisqu'une demande de mise en liberté suite à ce jugement et à ce titre a été déposée et rejetée. En procédant à une relance des autorités consulaires vietnamiennes 13 jours plus tard et en ne se prononçant pas sur un nouveau pays de renvoi, le préfet n'a donc procédé à aucunes diligences depuis 20 jours de nature à permettre l'exécution de la mesure d'éloignement. Contrevenant aux exigences précitées, la requête doit être rejetée et l'ordonnance sera infirmée. PAR CES MOTIFS, INFIRMONS l'ordonnance, STATUANT À NOUVEAU, REJETONS la requête du préfet de police, DISONS n'y avoir lieu à prolongation de la rétention administrative de M. [L], RAPPELONS à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire français,

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 3] le 24 juin 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'intéressé L'interprète L'avocat de l'intéressé

Questions fréquentes

Quelles conditions doivent être remplies pour prolonger la rétention administrative ?
La prolongation doit être justifiée par le temps strictement nécessaire à l'exécution de la mesure d'éloignement, avec des diligences concrètes de l'administration pour permettre ce départ.
Que se passe-t-il si le pays de renvoi est annulé par le tribunal administratif ?
L'administration doit alors diligenter rapidement une nouvelle destination pour le renvoi. En l'absence de telles diligences, la prolongation de la rétention ne peut être validée.
L'administration est-elle obligée d'obtenir un délai précis pour la délivrance des documents de voyage ?
Non, il n'y a pas d'obligation d'un délai précis, mais l'administration doit faire preuve de diligence raisonnable pour obtenir ces documents.
Quels sont les recours possibles contre une ordonnance de prolongation de rétention ?
Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative et au ministère public dans un délai de deux mois à compter de la notification.
Peut-on être maintenu en rétention sans perspective raisonnable d'éloignement ?
Non, la rétention ne peut être prolongée si aucune perspective raisonnable d'éloignement n'existe, conformément à la Directive 2008/115/CE.

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