Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 24 juin 2026 — n° 26/03587
Synthèse de la décision
Question juridique
La requête du préfet de prolongation de la rétention administrative est-elle recevable en l'absence d'émargement de la copie du registre actualisé ?
Principe retenu
Le défaut d'émargement de la copie du registre actualisé, tenu conformément à l'article L. 744-2 du CESEDA, entraîne l'irrecevabilité de la requête en prolongation de rétention administrative. Cette irrecevabilité justifie l'infirmation de l'ordonnance ordonnant la prolongation de la rétention et la remise en liberté de la personne retenue.
Faits clés
- M. X, de nationalité algérienne, placé en centre de rétention administrative depuis le 21 juin 2026
- Ordonnance du 22 juin 2026 du tribunal judiciaire de Meaux ordonnant la prolongation de la rétention pour 26 jours
- Requête du préfet de la Seine Saint Denis pour prolongation de la rétention
- Défaut d'émargement de la copie du registre actualisé de la rétention, notamment au local de rétention de Bobigny
- Signature par l'intéressé datée du 17 juin 2026 alors que les mentions manuscrites du départ du 20 juin 2026 ont été portées postérieurement
Articles cités
article L. 744-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article R. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Exposé du litige
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D'APPEL DE PARIS
L. 742-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile
ORDONNANCE DU 24 JUIN 2026
(1 pages)
Numéro d'inscription au répertoire général et de décision : B N° RG 26/03587 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNN3E
Décision déférée : ordonnance rendue le 22 juin 2026, à 18h05, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Meaux
Nous, Marie-Sygne Bunot-Rouillard, conseillère à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Camille Besson, greffière aux débats et au prononcé de l'ordonnance,
APPELANT :
M. X se disant [Z] [S]
né le 19 août 1990 à [Localité 1], de nationalité algérienne
RETENU au centre de rétention : [Adresse 1]
assisté de Me Sophie Weinberg, avocat au barreau de Paris présent en salle d'audience au centre de rétention administrative du [Etablissement 1], plaidant par visioconférence et de M. [X] [H] (interprète en arabe) tout au long de la procédure devant la cour et lors de la notification de la présente ordonnance, serment préalablement prêté, présent en salle d'audience de la Cour d'appel de Paris
INTIMÉ :
LE PREFET DE LA SEINE [Localité 2]
représenté par Me Aimilia Ioannidou du cabinet Adam-Caumeil, avocat au barreau de Paris présent en salle d'audience de la Cour d'appel de Paris
MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l'heure de l'audience
ORDONNANCE :
- contradictoire
- prononcée en audience publique
- Vu l'ordonnance du 22 juin 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Meaux rejetant les moyens d'irrégularité ou d'irrecevabilité soulevés par M. X se disant [Z] [S], déclarant la requête du préfet de la Seine Saint Denis recevable et la procédure régulière et ordonnant la prolongation de la rétention de M. X se disant [Z] [S] au centre de rétention administrative n°3 du [Adresse 2], ou dans tout autre centre ne dépendant pas de l'administration pénitentiaire, pour une durée de vingt six jours à compter du 21 juin 2026 ;
- Vu l'appel motivé interjeté le 22 juin 2026, à 23h39, par M. X se disant [Z] [S] ;
- Après avoir entendu les observations :
- par visioconférence, de M. X se disant [Z] [S], assisté de son avocat, qui demande l'infirmation de l'ordonnance ;
- du conseil du préfet du Cher tendant à la confirmation de l'ordonnance ;
Motivations de la décision
SUR QUOI,
Sur le moyen pris de l'irrecevabilité de la requête tenant au défaut d'émargement de la copie du registre actualisé :
L'article L 744-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Il est tenu, dans tous les lieux de rétention, un registre mentionnant l'état civil des personnes retenues, ainsi que les conditions de leur placement ou de leur maintien en rétention. Le registre mentionne également l'état civil des enfants mineurs accompagnant ces personnes ainsi que les conditions de leur accueil. L'autorité administrative tient à la disposition des personnes qui en font la demande les éléments d'information concernant les date et heure du début du placement de chaque étranger en rétention, le lieu exact de celle-ci ainsi que les date et heure des décisions de prolongation ".
L'article R. 743-2 du même code prévoit : " A peine d'irrecevabilité, la requête est motivée, datée et signée, selon le cas, par l'étranger ou son représentant ou par l'autorité administrative qui a ordonné le placement en rétention. Lorsque la requête est formée par l'autorité administrative, elle est accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment une copie du registre prévu à l'article L. 744-2. Lorsque la requête est formée par l'étranger ou son représentant, la décision attaquée est produite par l'administration. Il en est de même, sur la demande du juge (...), de la copie du registre ".
La production d'une copie du registre actualisé a pour but de permettre au juge de contrôler l'effectivité de l'exercice des droits reconnus au retenu au cours de la mesure de rétention et pour fondement la volonté de pallier la difficulté, voire l'impossibilité, pour la personne retenue de rapporter la double preuve, d'une part, de la réalité d'une demande portant sur l'exercice de l'un des droits lui étant reconnus et, d'autre part, du refus opposé à cette demande, qui constitue un fait négatif. L'exigence d'actualisation ne concerne toutefois pas exclusivement le juge mais aussi la garantie apportée à l'intéressé d'un contrôle extérieur effectif et immédiat de sa privation de liberté, confié à diverses instances extérieures à l'autorité judiciaire.
Il résulte de la lecture combinée de ces textes avec celles de l'article L.743-9 que le juge s'assure, lors de l'examen de chaque demande de prolongation d'une mesure de rétention, que, depuis la précédente présentation, la personne retenue a été placée en mesure de faire valoir ses droits, notamment d'après les mentions de ce registre prévu par l'article L.744-2, qui doit être émargé par l'intéressé, et que toute requête en prolongation de la rétention administrative d'un étranger doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée d'une copie de ce registre. Il s'en déduit que le registre doit être actualisé et émargé et que la non-production d'une copie de ce dernier constitue une fin de non-recevoir pouvant être accueillie sans que celui qui l'invoque ait à justifier d'un grief (Civ.1ère - 4 septembre 2024, n°23-12.550).
Il ne peut être suppléé à son absence par la seule communication à l'audience, sauf s'il est justifié de l'impossibilité de la joindre à la requête (1re Civ., 26 octobre 2022, pourvoi n° 21-19.352).
En l'espèce, M. [S] [Z] a été placé successivement en local de rétention puis en centre de rétention, en sorte que deux registres sont concernés.
Figure sur la copie du registre du local de rétention de Bobigny l'indication de la signature par l'intéressé le 17 juin 2026 alors que les mentions manuscrites concernant son départ du 20 juin 2026 y ont été portées postérieurement. Il convient de souligner que le délai de transfert a été discuté en première instance et le reste devant la cour, ce qui caractérise, s'il en était besoin, l'utilité de l'émargement par l'intéressé.
Ce qui s'avère être dès lors un défaut d'émargement de la copie du registre actualisé ne permet pas d'alternative à l'irrecevabilité de la requête (Civ.1ère - 4 septembre 2024 précité) et dès lors à l'infirmation de l'ordonnance dont appel.
PAR CES MOTIFS
INFIRMONS l'ordonnance,
STATUANT À NOUVEAU,
DECLARONS la requête du préfet de la Seine [Localité 2] irrecevable,
DISONS n'y avoir lieu à maintien de M. X se disant [Z] [S] en rétention administrative,
RAPPELONS à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire français,
DISONS que la présente ordonnance sera notifiée à l'intéressé par l'intermédiaire du chef du centre de rétention administrative (avec traduction orale du dispositif de l'ordonnance dans la langue comprise par l'intéressé ),
Dispositif
ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance.
Fait à [Localité 3] le 24 juin 2026 à
LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT,
REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition.
Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public.
Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification.
Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur.
Le préfet ou son représentant L'interprète
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le registre de rétention administrative ?
Le registre de rétention est un document tenu dans tous les lieux de rétention, mentionnant l'état civil des personnes retenues et les conditions de leur placement ou maintien, conformément à l'article L. 744-2 du CESEDA.
Pourquoi l'émargement de la copie du registre est-il important ?
L'émargement atteste que la personne retenue a pris connaissance des mentions portées sur le registre, garantissant la transparence et la régularité de la procédure de rétention.
Que se passe-t-il en cas de défaut d'émargement du registre actualisé ?
Le défaut d'émargement entraîne l'irrecevabilité de la requête en prolongation de rétention, ce qui peut conduire à l'infirmation de l'ordonnance et à la remise en liberté de la personne retenue.
Quels sont les droits de l'étranger en centre de rétention concernant la procédure ?
L'étranger a le droit d'être informé des décisions le concernant, notamment par la consultation du registre et la notification des prolongations, avec traduction orale si nécessaire.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
La contestation se fait par voie d'appel devant la cour d'appel, qui vérifie la régularité de la procédure, notamment la conformité du registre et son émargement.
Quelle est la conséquence d'une décision d'irrecevabilité de la requête du préfet ?
La décision d'irrecevabilité entraîne la fin de la rétention et la remise en liberté immédiate de la personne retenue.
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