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Cour d'appel, rétention administrative, 18 juin 2026 — n° 26/01023

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le maintien en rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire est-il justifié en l'absence de document de voyage et de garanties de représentation suffisantes ?

Principe retenu

Le maintien en rétention administrative est justifié lorsque l'étranger ne présente pas de garanties de représentation effectives et ne dispose pas d'un document de voyage en cours de validité, rendant impossible l'exécution de la mesure d'éloignement.

Faits clés

  • M. [L] est de nationalité moldave et fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français de dix ans prononcée le 10 septembre 2025.
  • Il a été placé en rétention administrative le 11 juin 2026 par le préfet du Var.
  • Lors de l'audience, M. [L] a déclaré être originaire de Transnistrie, région séparatiste de Moldavie, et ne pas vouloir y retourner en raison de menaces de mort.
  • Il ne dispose pas de passeport en cours de validité, seulement d'une photocopie.
  • Sa demande d'assignation à résidence a été rejetée faute de document de voyage.

Articles cités

article L743-7 du CESEDA articles L 740-1 et suivants du CESEDA

Exposé du litige

PROCÉDURE ET MOYENS Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ; Vu la condamnation prononcée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 10 septembre 2025 prononçant l'interdiction de dix ans du territoire français ; Vu l'arrêt portant exécution de l'interdiction judiciaire du territoire national pris le 11 juin 2026 par le préfet du Var et fixant le pays de destination, notifié le 12 juin 2026 ; Vu la décision de placement en rétention prise le 11 juin 2026 par la PREFECTURE DU VAR notifiée le 12 juin 2026 2h27 ; Vu la requête déposée le 13 juin 2026 au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nice par Monsieur [H] [L] aux fins de contestation de l'arrêté de placement en rétention ; Vu l'arrêté préfectoral du 15 juin 2026 portant maintien en rétention ; Vu la requête préfectorale en prolongation de la mesure de rétention déposée le 15 juin 2026 au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nice ; Vu l'ordonnance du 16 juin 2026 rendue par le magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention du tribunal judiciaire de Nice rejetant la requête en contestation et décidant le maintien de Monsieur [H] [L] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ; Vu l'appel interjeté le 17 Juin 2026 à 11h51 par Monsieur [H] [L]. Monsieur [H] [L] a comparu et a été entendu en ses explications ; il déclare : 'je suis né près de la région autonome appartenant à la Transnistrie.... Je suis de ce pays, nous avons notre président, notre passeport et nos symboles. J'explique cela mais comme je ne parle pas le français j'essaie de vous expliquer cette situation. Quand je suis né c'était la Moldavie mais en 1992 nous sommes devenus indépendants... [Sur l'indication de la nationalité moldave sur la demande d'asile] Je ne sais pas ce que j'ai signé, je ne comprends pas le français. Je vous demande de me libérer, je prends ma femme et mon enfant et je quitte la France. Je ne veux pas retourner en Transnistrie car je suis menacé de mort... Après cette OQTF [du 21 août 2023] nous avons quitté la France, je suis retourné en Italie. Ma femme, qui était retournée en Transnistrie, a dû revenir en France et je l'ai rejointe. M femme va venir pour qu'elle apporte la photo du passeport. Vous me dites qu'il faut l'original mais j'ai un problème avec j'ai seulement la photo, je n'ai gardé que les photocopies'. Son avocat, régulièrement entendu et dont les observations ont été consignées dans le procès-verbal d'audience, reprend les termes de la déclaration d'appel, demande l'infirmation de l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire ainsi que la mainlevée du placement en rétention. La représentante de la préfecture, dont les déclarations sont également consignées dans le procès-verbal d'audience, sollicite la confirmation de l'ordonnance du premier juge et le maintien de l'appelant en rétention. Elle fait notamment valoir que le préfet a pris son arrêté avec les éléments qu'il avait au moment de sa prise de décision. Sur la notice de renseignement, il n'y a pas de précision sur l'adresse, elle n'est pas stable et fixe. Il n'y a pas de volonté de départ, à cause des menaces dans son pays et ni de passeport en cours de validité. En ce qui concerne les craintes de retour en Moldavie, l'OFPRA puis la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile en 2023 et il n'avait pas renouvelé ses demandes de sorte que la préfecture n'avait pas à mentionner ses appréhensions. S'agissant de sa vie privée et familiale l'intéressé a fait un recours qui a été rejeté par la juridiction administrative. Enfin sa dangerosité est acquise au vu de sa condamnation à dix-huit mois d'emprisonnement outre dix ans d'interdiction du territoire national et il n'y a pas d'erreur d'appréciation ou disproportion en l'espèce.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité. Pour autant, aux termes de l'article R743-11 alinéa 1 du CESEDA, à peine d'irrecevabilité la déclaration d'appel est motivée. En l'occurrence l'appelant demande à la cour d'infirmer la décision du premier juge et, au terme de la partie discussion, précise que 's'ajoutant aux moyens développés dans la présente déclaration d'appel, tous éventuels autres moyens déjà développés dans les conclusions de première instance qui ont pu être déposés ou plaidés devant le JLD, et auxquels la présente déclaration se réfère nécessairement'. Toutefois la juridiction du second degré étant saisie par une déclaration d'appel motivée et la procédure suivie étant orale les moyens soulevés devant le premier juge et non repris dans la déclaration d'appel ou devant le premier président dans le délai d'appel ne peuvent qu'être déclarés irrecevables. 1) - Sur la contestation de l'arrêté de placement en rétention A - Sur les moyens de légalité externe Sur le défaut de compétence de l'auteur de l'arrêté L'appelant n'explique pas en quoi le signataire de l'arrêté de placement en rétention ne serait pas compétent alors que l'arrêté préfectoral portant délégations de signatures a été publié au recueil des actes administratifs, que les délégations de signatures sont versées au dossier et que le premier juge a répondu de façon motivée à ce moyen. Il conviendra donc de rejeter celui-ci. Sur le défaut de motivation et d'examen individuel de la situation Il résulte des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration que les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent par une motivation écrite comportant l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. En vertu de l'article L741-6 du CESEDA, selon lequel la décision de placement en rétention est écrite et motivée, l'arrêté préfectoral doit mentionner les considérations de fait de nature à justifier le placement en rétention administrative, et notamment la réalité de la nécessité absolue de maintenir l'intéressé dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire et ne peut se contenter d'une motivation stéréotypée ; à défaut de quoi il est insuffisamment motivé. Le préfet n'est pas tenu, dans sa motivation, de faire état de tous les éléments de la situation personnelle de l'intéressé dès lors que les motifs positifs qu'il retient suffisent à justifier le placement en rétention en faisait état des circonstances de droit et de fait dont il avait connaissance lorsqu'il a pris sa décision et qui la fondent au regard des articles applicables du CESEDA. En l'espèce l'appelant reproche à l'administration de ne pas avoir tenu compte de nombreux éléments pourtant essentiels à l'examen de sa situation tels que ses craintes concernant un retour en Moldavie ainsi que sa vie privée et familiale. Toutefois, malgré le caractère succinct des motifs énumérés notamment de façon stéréotypée par un dispositif de cases cochées, l'administration a dans la décision contestée repris les éléments principaux de sa situation administrative, conjugale et pénale qui avaient été portés à sa connaissance lorsqu'elle l'a prise. En ce qui concerne ses craintes d'un éventuel retour en Moldavie l'argumentation de l'appelant relève de la contestation de la décision portant exécution de l'interdiction judiciaire du territoire national dont seul peut connaître le juge administratif. Enfin la seule circonstance que le retenu considère que les motifs retenus ne sont pas pertinents ou fondés juridiquement ne constitue pas en soi une insuffisance de motivation. Ce moyen sera donc écarté. Sur l'insuffisance de motivation au regard de la menace pour l'ordre public L'arrêté de placement en rétention visant la condamnation prononcée le 10 septembre 2025 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à une peine d'interdiction de dix ans territoire français est amplement motivé sur le plan de la menace à l'ordre public au regard de la nature et de l'importance de cette sanction. B - Sur les moyens de légalité interne L'article L. 741-1 du CESEDA dispose que l'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quatre jours, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. Ce risque est apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ou au regard de la menace pour l'ordre public que l'étranger représente. En vertu de l'article L. 731-1 du même code l'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en 'uvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français en application de l'article L.

Dispositif

Déclarons recevable l'appel interjeté à l'encontre de l'ordonnance du 16 juin 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nice, Confirmons l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention du tribunal judiciaire de Nice en date du 16 juin 2026. Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation. Le greffier Le président Reçu et pris connaissance le : Monsieur [H] [L] Assisté d'un interprète COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE Chambre 1-11, Rétentions Administratives Palais Verdun , bureau 443 Téléphone : [XXXXXXXX01] - [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03] Courriel : [Courriel 1] Aix-en-Provence, le 18 Juin 2026 À - PREFECTURE DES ALPES MARITIMES - Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 1] - Monsieur le procureur général - Monsieur le greffier du Magistrat du siège du tribunal judiciaire chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés de NICE - Maître [J] [C] NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 18 Juin 2026, suite à l'appel interjeté par : Monsieur [H] [L] né le 19 Mai 1987 à [Localité 2] (MOLDAVIE) de nationalité Moldave Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi. Le greffier, VOIE DE RECOURS Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation.

Questions fréquentes

Puis-je être libéré du centre de rétention si je n'ai pas de passeport ?
Non, l'absence de document de voyage en cours de validité est un obstacle à l'assignation à résidence et justifie le maintien en rétention, comme dans le cas de M. [L] qui ne disposait que d'une photocopie de son passeport.
Quelles sont les conditions pour obtenir une assignation à résidence ?
L'assignation à résidence nécessite notamment la possession d'un document de voyage en cours de validité et des garanties de représentation suffisantes. En l'absence de passeport, la demande est rejetée.
Que faire si je suis menacé dans mon pays d'origine ?
Vous pouvez invoquer des craintes de persécution, mais cela relève de la demande d'asile. Dans cette affaire, M. [L] a évoqué des menaces en Transnistrie, mais cela n'a pas empêché son maintien en rétention faute de document de voyage.
Comment contester une ordonnance de maintien en rétention ?
Vous pouvez interjeter appel dans un délai de 24 heures devant la cour d'appel. M. [L] a fait appel le 17 juin 2026, mais l'ordonnance a été confirmée.
Qu'est-ce qu'une interdiction judiciaire du territoire ?
C'est une peine complémentaire prononcée par un tribunal pénal interdisant à un étranger de séjourner en France pour une durée déterminée. M. [L] a été condamné à une interdiction de dix ans.

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