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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 8 juillet 2026 — n° 26/03858

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'absence de proposition d'alimentation pendant plus de 18 heures en garde à vue constitue-t-elle une atteinte à la dignité justifiant l'irrégularité de la procédure et le rejet de la prolongation de la rétention ?

Principe retenu

La garde à vue doit se dérouler dans des conditions respectant la dignité de la personne. Les procès-verbaux doivent mentionner les heures auxquelles la personne a pu s'alimenter, ainsi que les demandes et les suites qui y ont été réservées. L'absence de proposition d'alimentation pendant une durée excessive, sans circonstance l'expliquant, est constitutive d'une atteinte à la dignité, entraînant l'irrégularité de la procédure.

Faits clés

  • Monsieur X, de nationalité algérienne, placé en rétention le 29 juin 2026 sur la base d'une OQTF du 13 janvier 2026.
  • Garde à vue du 28 juin 2026 à 13h20 au 30 juin 2026 à 12h15.
  • Alimentations proposées le 28 juin à 20h00, le 29 juin à 07h00 et 11h59, et le 30 juin à 6h37.
  • Aucune proposition d'alimentation entre le 29 juin à 11h59 et le 30 juin à 6h37, soit plus de 18 heures.
  • Le juge de première instance a déclaré la procédure irrégulière et rejeté la requête de prolongation.

Articles cités

article 63-5 du code de procédure pénale article 64 du code de procédure pénale article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à Paris le 08 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS: Pour information: L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'avocat de l'intéressé

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE Monsieur [U] [Y], né le 7 février 1993 à [Localité 1], de nationalité algérienne, a été placé en rétention par arrêté préfectoral en date du 29 juin 2026, sur la base d'un arrêté préfectoral portant OQTF en date du 13 janvier 2026. Par ordonnance en date du 5 juillet 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de Meaux a rejeté la requête de la préfecture aux fins de prolongation de la mesure de rétention, déclarant la procédure de garde à vue irrégulière en raison d'un défaut d'alimentation. La préfecture de Seine-Saint-Denis a interjeté appel estimant qu'une privation de repas ne suffit pas à caractériser une atteinte à la dignité.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur l'alimentation en garde à vue Il appartient au juge judiciaire, en sa qualité de gardien de la liberté individuelle, de se prononcer sur les irrégularités, invoquées par l'étranger, affectant les procédures préalables à la notification de la décision de placement en rétention. (2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.002, 2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.006, 2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.005). Il résulte des articles 63-5 et 64 du code de procédure pénale que la garde à vue doit s'exécuter dans des conditions assurant le respect de la dignité de la personne et que des procès-verbaux mentionnent les heures auxquelles la personne placée en garde à vue a pu s'alimenter. L'OPJ doit mentionner les demandes faites et les suites qui y ont été réservées. Ces procès-verbaux font foi jusqu'à preuve contraire. En l'espèce, Monsieur [U] [Y] a été placé en garde à vue le 28 juin 2026 à 13 h 20 et a pu s'alimenter le 28 juin à 20 h 00, le 29 juin à 07 h 00 et 11 h 59, et enfin le 30 juin à 6 h 37, la garde à vue étant levée le même jour à 12 h 15. Cependant, aucun élément produit ne permet d'établir qu'il lui a été proposé de s'alimenter entre le 29 juin à 11 h 59 et le 30 juin à 6 h 37, soit durant plus de 18 h 00. Aucune circonstance ne permet d'expliquer ce délai et, au regard des pièces de la procédure, les conditions de la garde à vue ne faisaient pas obstacle à ce que des propositions d'alimentation soient adressées à la personne en garde à vue, ce qui aurait permis d'établir qu'elle 'a pu' s'alimenter, même si elle a refusé de le faire. Dans ce contexte, l'absence de proposition d'alimentation durant un tel laps de temps est de nature à porter atteinte à la dignité de la personne. La décision sera confirmée. PAR CES MOTIFS CONFIRMONS l'ordonnance,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une atteinte à la dignité en garde à vue ?
Une atteinte à la dignité peut résulter de conditions de détention dégradantes, comme l'absence de proposition d'alimentation pendant une période excessive. Dans cette affaire, l'absence de proposition de nourriture pendant plus de 18 heures a été jugée contraire à la dignité.
Que doit faire l'officier de police judiciaire concernant l'alimentation en garde à vue ?
L'OPJ doit mentionner dans les procès-verbaux les heures auxquelles la personne a pu s'alimenter, ainsi que les demandes faites et les suites qui y ont été réservées. Il doit proposer des repas à intervalles raisonnables, même si la personne refuse.
Quelle est la conséquence d'une procédure de garde à vue irrégulière sur la rétention administrative ?
Si la garde à vue est jugée irrégulière, la procédure de placement en rétention peut être annulée, entraînant le rejet de la demande de prolongation et la libération de l'étranger, comme dans cette affaire.
Le préfet peut-il contester une décision de mainlevée de rétention ?
Oui, le préfet peut interjeter appel de l'ordonnance du juge qui refuse de prolonger la rétention. Dans cette affaire, le préfet a fait appel, mais la cour d'appel a confirmé la décision initiale.
Quels sont les droits d'un étranger placé en rétention administrative ?
L'étranger a droit à un recours effectif, à l'assistance d'un avocat, et à des conditions de rétention respectant sa dignité. Il peut contester la régularité de la procédure, y compris les conditions de la garde à vue préalable.
Comment prouver que je n'ai pas reçu de nourriture en garde à vue ?
Les procès-verbaux de garde à vue font foi jusqu'à preuve contraire. Vous pouvez apporter des éléments contraires, comme des témoignages ou des documents, pour démontrer l'absence de proposition d'alimentation.
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