Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 8 juillet 2026 — n° 26/03859

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le report de la notification des droits en garde à vue d'un étranger en état d'ébriété présumée est-il justifié en l'absence de preuve certaine d'un taux d'alcoolémie élevé ?

Principe retenu

Le report de la notification des droits en garde à vue n'est justifié que si l'état de la personne ne permet pas une notification immédiate, ce qui doit être démontré avec certitude. En l'espèce, le faible taux d'alcoolémie mesuré peu après contredit l'état d'ébriété allégué, rendant le report injustifié.

Faits clés

  • M. [A] [H], de nationalité algérienne, a été placé en rétention administrative le 2 juillet 2026.
  • L'arrêté de placement en rétention est fondé sur une OQTF du 11 mai 2026.
  • Lors de son interpellation, les policiers ont estimé que M. [H] était en état d'ébriété et ont différé la notification de ses droits en garde à vue.
  • Un test d'alcoolémie effectué à 00h35 le 2 juillet a révélé un taux de 0,05 mg/l d'air expiré, soit un taux très faible.
  • Les droits de garde à vue ont été notifiés à 00h40, soit 1h35 après le dernier procès-verbal.

Articles cités

article L. 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 2] le 08 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS: Pour information: L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'avocat de l'intéressé

Exposé du litige

FAITS ET PROCEDURE Monsieur [A] [H], né le 6 janvier 1992 à [Localité 1], de nationalité algérienne, a été placé en rétention par arrêté préfectoral en date du 2 juillet 2026, sur la base d'un arrêté préfectoral portant OQTF en date du 11 mai 2026. Par ordonnance en date du 6 juillet 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2] a déclaré la procédure irrégulière et rejeté la requête de la préfecture de police de [Localité 2] aux fins de prolongation de la rétention administrative au motif d'une notification tardive des droits en garde à vue en dehors de toute justification. La préfecture de police de [Localité 2] a interjeté appel, considérant qu'il ressortait suffisamment du procès-verbal d'interpellation puis de présentation à l'officier de police judiciaire que l'état de Monsieur [A] [H] ne permettait pas une notification immédiate de ses droits de garde à vue sans que ceci ait à être confirmé par un test à l'éthylomètre.

Motivations de la décision

MOTIVATION Aux termes de l'article L. 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, toute juridiction, y compris la Cour de cassation, qui est saisie d'une demande d'annulation ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée de la mesure de placement en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter substantiellement atteinte aux droits de l'étranger. Il résulte des dispositions de l'article 63-1 du code de procédure pénale que la personne placée en garde à vue est immédiatement informée par un officier de police judiciaire des droits attachés à cette mesure, tout retard dans la mise en 'uvre de cette obligation, non justifié par des circonstances insurmontables, portant nécessairement atteinte aux intérêts de la personne concernée. Il doit être établi des motifs concrets sur l'état et le comportement de la personne ne lui permettant pas de comprendre la portée de la notification des droits, et justifiant un report (pour des exemples en matière d'alcoolémie : Crim., 4 janvier 1996, pourvoi n°95-84.330, Bull. crim 96, n°5 ; Crim., 5 juin 2019, pourvoi n° 18-83.590 ; Crim.16 février 2021, pourvoi n° 20-83.233). Il a été jugé que « la seule référence à des taux d'alcoolémie est suffisante à caractériser l'incapacité de la personne en garde à vue à comprendre la portée de la notification de ses droits, constitutive d'une circonstance insurmontable ayant pu retarder leur notification, lorsque ces taux caractérisent l'imprégnation alcoolique de l'intéressé au sens de l'article R. 234-1 du code de la route. » (Crim. 17 septembre 2025, n°25-8055) (soit a minima une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,10 milligramme par litre) En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'interpellation du 1er juillet 2026 à 22 h 15 que Monsieur [A] [H] « sent fortement l'alcool, a les yeux brillants et est très agité ». Le procès-verbal de présentation à l'officier de police judiciaire établi le 1er juillet 2026 à 23 h 00 mentionne : « Constatons que cette personne est en état d'ébriété rendant impossible pour le moment la notification de sa garde à vue. ». Enfin, le 2 juillet à 00 h 35, un procès-verbal de vérification de l'état d'avancement du dégrisement sera dressé mentionnant un taux d'alcoolémie de 0,05 mg/l d'air expiré. Ses droits de garde à vue lui seront notifiés à 00 h 40. Si les premiers procès-verbaux font état d'un comportement pouvant conduire à considérer que Monsieur [A] [H] est en état d'ébriété et dans l'impossibilité de comprendre immédiatement la notification de ses droits de garde à vue, cet état apparaît en complet décalage avec la mesure de son taux d'alcoolémie intervenu relativement rapidement après le dernier procès-verbal (1 h 35) et faisant apparaît un taux très faible. Il convient de préciser qu'en moyenne, le corps élimine entre 0,10 et 0,15'g/L d'alcool par heure dans le sang, ce qui correspond à environ 0,05 à 0,075'mg/L d'air expiré par heure. Il s'en déduit que faute de démontrer avec certitude que l'imprégnation alcoolique de Monsieur [A] [H] était supérieure à un taux contraventionnel à 23 h 00, le report de la notification de ses droits de garde à vue n'est en l'espèce pas justifiée. En conséquence, sans qu'il y ait lieu d'examiner les autres moyens du défendeur, la décision ayant déclaré la procédure irrégulière et rejeté la requête de la préfecture sera confirmée. PAR CES MOTIFS CONFIRMONS l'ordonnance,

Questions fréquentes

Quels sont les droits d'un étranger en garde à vue ?
L'étranger en garde à vue a droit à l'information de ses droits (silence, avocat, médecin, consulats, etc.) dès le début de la mesure, sauf si son état ne le permet pas.
Peut-on différer la notification des droits en garde à vue si la personne est ivre ?
Oui, mais uniquement si l'état d'ébriété est avéré et empêche la compréhension. En l'espèce, le faible taux d'alcoolémie (0,05 mg/l) a été jugé insuffisant pour justifier le report.
Quel taux d'alcoolémie justifie un report de notification des droits ?
La décision ne fixe pas de seuil précis, mais un taux très faible (0,05 mg/l) ne justifie pas le report. Il faut une imprégnation alcoolique certaine et significative.
Comment contester une rétention administrative pour vice de procédure ?
Il faut saisir le magistrat du siège du tribunal judiciaire d'une requête en contestation de la légalité du placement en rétention, en invoquant l'irrégularité (ex: notification tardive des droits).
Qu'est-ce qu'une OQTF ?
Une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) est une décision administrative ordonnant à un étranger de quitter la France. Elle peut servir de base à un placement en rétention.
Quels sont les recours contre une décision de placement en rétention ?
L'étranger peut contester la décision devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire dans les 48 heures suivant la notification. Un appel est possible devant le premier président de la cour d'appel.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.