Cour d'appel, 1ere chambre section 1, 8 juillet 2026 — n° 18/04686
Synthèse de la décision
Question juridique
Le sursis à statuer doit-il être ordonné dans l'attente de l'issue d'une procédure pénale en cours ?
Principe retenu
Le conseiller de la mise en état peut ordonner un sursis à statuer dans l'attente de l'issue d'une procédure pénale lorsque cela relève d'une bonne administration de la justice.
Faits clés
- M. [K] a déposé plainte pour escroquerie contre M. [P] en 2019
- Le juge d'instruction a rendu une ordonnance de non-lieu le 22 décembre 2025
- M. [K] a interjeté appel de cette ordonnance le 5 janvier 2026
- L'affaire pénale est en cours d'audiencement devant la chambre de l'instruction
- La demande de sursis à statuer a été présentée dans le cadre d'un appel d'un jugement du tribunal de grande instance de Toulouse du 23 octobre 2018
Articles cités
article 789 du code de procédure civile
article 907 du code de procédure civile
Dispositif
Ordonnons le sursis à statuer jusqu'à l'issue de l'information suivie du chef d'escroquerie commise courant 2006 à [Localité 1] au préjudice de [X] [K] contre M. [P].
Disons que les dépens de l'incident seront joints à ceux de l'instance au fond.
Renvoyons l'affaire à l'audience de mise en état dématérialisée du jeudi 10 juin 2027.
La greffière La magistrate chargée de la mise en état
La République Française mande et ordonne à tous les commissaires de justice, sur ce requis, de mettre la présente décision à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République, près les tribunaux judiciaires d'y tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu'ils en seront légalement requis.
La présente grosse certifiée conforme a été signée par la greffière de la cour d'appel de Toulouse..
Exposé du litige
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FAITS-PROC'DURE-PRÉTENTIONS
Par jugement du 10 avril 2006 confirmé en appel le 22 mars 2007, le tribunal de grande instance de Toulouse a condamné M. [X] [K] à payer à M. [L] [P] la somme de 38.112,25 euros avec intérêts au taux légal à compter de l'assignation, et 1.500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile.
Soutenant que l'acte de cession de créance, cause de ce jugement constatant la créance, était un faux, M. [K] a déposé plainte devant le procureur dela République de [Localité 1] le 29 juillet 2009 contre M. [L] [P], plainte relancée par lettre le 14 juin 2011.
M. [L] [P] a tenté de faire exécuter le jugement, saisissant le juge de l'exécution.
Vu le jugement du tribunal de grande instance de Toulouse du 23 octobre 2018 ayant déclaré inopposable à M. [L] [P] l'acte par lequel M. [K] a apporté un immeuble à la société BAT TP CASTEL SL, condamné M. [K] à payer à M. [L] [P] la somme de 5.000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile et ordonné l'exécution provisoire.
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Par déclaration d'appel du 12 novembre 2018, M. [X] [K] a interjeté appel de cette décision, intimant M. [L] [P].
Par déclaration en date du 18 janvier 2019, la société BAT TP CASTEL SL a interjeté appel de cette décision, intimant M. [L] [P] et M. [X] [K].
Par déclaration d'appel du 18 septembre 2019, M. [X] [K] a interjeté appel de cette décision, intimant la société BET TP CASTEL SL.
Ces appels ont été joints, étant précisé que par ordonnance du 2 juillet 2020, le magistrat chargé de la mise en état de la cour d'appel de Toulouse a prononcé la caducité de la déclaration d'appel de la société de droit espagnol BAT TP CASTEL SL en date du 18 janvier 2019 intimant M. [P], l'a condamnnée à payer à M. [P] la somme de 800 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile et aux dépens de l'incident.
Par lettre du 7 août 2019, M. [K] a déposé plainte entre les mains du procureur de la République contre M. [P] pour des faits d'escroquerie, visant l'acte ayant fondé le jugement de 2006 puis, à défaut de réponse dans le délai de 3 mois, a saisi le doyen des juges d'instruction de [Localité 1] par courrier du 13 mai 2021.
I. Le 3 janvier 2023, M. [K] a déposé des conclusions d'incident devant le magistrat chargé de la mise en état afin de voir ordonner le sursis à statuer jusqu'à ce que l'instance pénale soit définitivement jugée.
Suivant ses dernières conclusions d'incident déposées le 5 avril 2023, M. [K] a maintenu sa demande.
II. Le 9 janvier 2023, la société BAT TP CASTEL SL a déposé des conclusions d'incident devant le magistrat chargé de la mise en état tendant aux mêmes fins.
M. [P] qui avait conclu au fond le 10 mai 2019 pour dire n'y avoir lieu de surseoir à statuer n'a pas conclu sur l'incident.
Par ordonnance du 15 juin 2023, le magistrat chargé de la mise en état de la cour d'appel de Toulouse a notamment :
- ordonné la jonction des incidents ;
- avant-dire-droit sur la demande de sursis à statuer, ordonné la communication du dossier au ministère public pour prendre tout avis qui lui appartiendra sur les mérites de la demande de sursis à statuer ;
- réservé les dépens de l'incident.
M. [X] [K] a conclu au fond le 28 juin 2023.
Le dossier a été communiqué au ministère public le 8 avril 2024.
Le 7 mai 2024, le procureur général a indiqué que la plainte pour escroquerie avait fait l'objet d'une information judiciaire au tribunal judiciaire de Toulouse (n° de parquet 21 221 000 138), et que dans cette affaire, la cour avait été saisie d'un appel le 23 janvier 2023 qui serait examiné par la chambre de l'instruction le 16 mai 2024. Il a indiqué que pour sa part, le ministère public avait conclu à un non-lieu pour cause de prescription dans son réquisitoire définitif du 26 juin 2023.
Le 16 septembre 2025 le procureur général a communiqué les réquisitions du ministère public dans la plainte avec constitution de partie civile de M.
Motivations de la décision
MOTIVATION DE LA DÉCISION
En application des dispositions combinées des articles 789 et 907 du code de procédure civile, le conseiller de la mise en état est compétent pour se prononcer sur les exceptions de procédure parmi lesquelles figure la demande de sursis à statuer qu'elle émane de l'appelant ou de l'intimé.
En l'espèce, il existe une procédure pénale en cours opposant M. [K] à M. [P].
Le 22 décembre 2025, le juge d'instruction a pris une ordonnance de non-lieu dans le cadre de l'information suivie du chef d'escroquerie commise courant 2006 à [Localité 1] au préjudice de [X] [K] contre M. [P].
Le 5 janvier 2026, M. [K] a interjeté appel de l'ordonnance de non-lieu du 22 décembre 2025. Cette affaire est en cours d'audiencement devant la chambre de l'instruction.
Il entre dans une bonne administration de la justice d'ordonner le sursis à statuer dans l'attente de l'issue de l'information suivie du chef d'escroquerie commise courant 2006 à [Localité 1] au préjudice de [X] [K] contre M. [P].
Les dépens de l'incident seront joints avec ceux de la présente instance d'appel au fond.
PAR CES MOTIFS
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un sursis à statuer ?
Le sursis à statuer est une décision par laquelle le juge suspend le cours d'une instance civile dans l'attente de la décision d'une autre juridiction, notamment pénale, afin d'éviter des décisions contradictoires et de favoriser une bonne administration de la justice.
Dans quelles conditions le juge ordonne-t-il un sursis à statuer ?
Le juge ordonne un sursis à statuer lorsque l'issue d'une procédure pénale en cours est susceptible d'influer sur la solution du litige civil. En l'espèce, le conseiller de la mise en état a ordonné le sursis car l'appel de l'ordonnance de non-lieu était pendant devant la chambre de l'instruction.
Qui peut demander un sursis à statuer ?
Toute partie à l'instance peut demander un sursis à statuer. Dans cette affaire, tant l'appelant M. [K] que la société BAT TP CASTEL SL ont déposé des conclusions d'incident en ce sens.
Quels sont les effets du sursis à statuer sur la procédure ?
Le sursis à statuer suspend le cours de l'instance civile jusqu'à l'issue de la procédure pénale. Les dépens de l'incident sont joints à ceux de l'instance au fond. L'affaire est renvoyée à une audience ultérieure pour permettre le suivi.
Le sursis à statuer est-il automatique en cas de plainte pénale ?
Non, le sursis à statuer n'est pas automatique. Il relève du pouvoir discrétionnaire du juge, qui l'accorde dans un souci de bonne administration de la justice. En l'espèce, le juge a estimé qu'il était opportun d'attendre l'issue de l'appel de l'ordonnance de non-lieu.
Que se passe-t-il après l'ordonnance de sursis à statuer ?
L'affaire est renvoyée à une audience de mise en état ultérieure (ici le 10 juin 2027) pour permettre aux parties de faire le point sur l'évolution de la procédure pénale. Une fois la décision pénale définitive, l'instance civile reprendra.
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