Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, rétention administrative, 14 juillet 2026 — n° 26/01168

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le maintien en rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est-il justifié en l'absence de garanties de représentation et de perspectives d'éloignement ?

Principe retenu

Le maintien en rétention est justifié lorsque l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment en l'absence de passeport et de volonté de quitter le territoire, et que les diligences pour obtenir un laissez-passer consulaire ont été accomplies.

Faits clés

  • Monsieur [B] [W] est de nationalité algérienne, né le 11 juillet 1999 au Maroc.
  • Il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 14 juin 2026.
  • Il ne dispose pas de passeport et déclare ne pas vouloir quitter le territoire.
  • Il a fourni une attestation d'hébergement sur [Localité 3] mais a indiqué en audience habiter à [Localité 1] depuis 4 ans.
  • La préfecture a accompli des diligences pour obtenir un laissez-passer consulaire, sans succès en raison des tensions avec l'Algérie.

Articles cités

article L743-7 du CESEDA articles L 740-1 et suivants du CESEDA

Exposé du litige

PROCÉDURE ET MOYENS Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA); Vu l'arrêté portant obligation de quitter le territoire national pris le 14 juin 2026 par la PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE, notifié le même jour à 16 heures 20 ; Vu la décision de placement en rétention prise le 14 juin 2026 par la PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE notifiée le même jour à 16 heures 20; Vu l'ordonnance du 13 Juillet 2026 rendue par le magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention décidant le maintien de Monsieur [B] [W] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ; Vu l'appel interjeté le 13 Juillet 2026 à 11 heures 51 par Monsieur [B] [W] ; Son avocat a été régulièrement entendu ; il conclut : il a été soulevé une fin de non-revevoir dans la déclaration d'appel car le registre n'est pas actualisé. La situation personnelle de M. [W] n'a pas été prise en compte ni le fait qu'il justifie d'une possibilité d'hébergement sur [Localité 3] pour laquelle il a fourni une attestation. Sa présence sur le territoire français n'est aucunement constitutive d'une menace pour l'ordre public. Il n'exite pas non plus de perspectives d'éloignement au regard des tensions actuelles avec l'Algérie. Pour toutes ces raisons je vous demande de l'assigner à résidence et d'infirmer l'ordonnance rendue par le premier juge. Le représentant de la préfecture sollicite : deux observations s'imposent concernant la recevabilité de la requête préfectorale : la fin de non recevoir n'avait pas été soulevé en première instance et les diligences ont bien été faites. Sur le fond, M. [W] ne dispose pas de passeport et dit ne pas vouloir quitter le territoire. Il ne justifie donc d'aucune garantie de représentation et pour ces raisons, je vous demande de confirmer l'ordonnance rendue par le premier juge. Monsieur [W] a comparu et a eu la parole en dernier : vous avez l'adresse exact à laquelle j'habite, cela fait 4 ans que j'ai quitté [Localité 3]. Je n'ai pas de passeport et je vais faire mes papiers pour rester ici. Cela fait 3 ans que je suis en France. Je n'ai jamais fait de problème.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité. 1) - Sur la régularité de la saisine du magistrat du siège du tribunal judiciaire L'article R.743-2 du CESEDA dispose que la requête est motivée, datée et signée, selon le cas, par l'étranger ou son représentant ou par l'autorité administrative qui a ordonné le placement en rétentionet que lorsque la requête est formée par l'autorité administrative, elle est accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment une copie du registre prévue àl'article L744-2. En l'espèce, et contrairement aux allégations de M [W], l'autorité adminstrative a joint à sa requête les documents relatifs aux diligences consulaires, à savoir la demande de laissez-passer consulaire adressée au consulat d'Algérie les 14 et 24 juin 2026 et à laquelle étaient joints les documents nécessaires à l'identification de ce dernier et la relance adressée le 9 juillet suivant. Par ailleurs, la copie du registre actualisé est produite aux débats et M. [W] n'indique pas les mentions qui feraient défaut selon lui. Il conviendra en conséquence de rejeter cette fin de non-recevoir. 2) - Sur la demande d'assignation à résidence Selon l'article L743-13 du CESEDA le magistrat du siège du tribunal judiciaire ne peut ordonner l'assignation à résidence de l'étranger que lorsque celui-ci dispose de garanties de représentation effectives et qu'après remise a un service de police ou à une unité de gendarmerie de l'original du passeport et de tout document justificatif de son identité, en échange d'un récépissé valant justification de l'identité et sur lequel est portée la mention de la décision d'éloignement en instance d'exécution. Lorsque l'étranger s'est préalablement soustrait à l'exécution d'une décision mentionnée à l'article L. 700-1, à l'exception de son 4°, l'assignation à résidence fait l'objet d'une motivation spéciale. En l'espèce la demande d'assignation à résidence ne pourra qu'être rejetée en l'absence de remise préalable d'un passeport en cours de validité aux autorités administratives, étant rappelé que le juge judiciaire ne dispose pas, dans le cadre de sa saisine en prolongation de la rétention administrative, de la marge d'appréciation dont dispose l'autorité administrative préalablement à celle-ci. Le moyen n'est donc pas fondé. 3 / Sur le moyen tiré de l'absence de perspectives d'éloignement : L'article 15§4 de la directive " retour " précise que " lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté'. Il appartient au juge judiciaire d'apprécier, à chaque stade de la procédure, l'existence ou non d'une perspective raisonnable d'éloignement. En l'espèce, les relations diplomatiques entre l'Algérie et la France étant fluctuantes et évolutives, il ne peut être conclu après 30 jours de rétention qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement alors que la durée légale maximum de la mesure est de trois mois. Il s'ensuit que le moyen n'est pas fondé Par ailleurs, les conditions d'une deuxième prolongation de la rétention administrative édictées par l'article L 742-4 du CESEDA sont remplies s'agissant de M. [W], l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résultant de la perte ou de la destruction de ses documents de voyage et la décision d'éloignement n'ayant pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont il relève. Pour l'ensemble des motifs précédemment exposés il conviendra de confirmer l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement par décision contradictoire en dernier ressort, après débats en audience publique, Confirmons l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention en date du 13 Juillet 2026. Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation. La greffière Le président Reçu et pris connaissance le : Monsieur [B] [W] Assisté d'un interprète COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE Chambre 1-11, Rétentions Administratives Palais Verdun , bureau 443 Téléphone : [XXXXXXXX01] - [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03] Courriel : [Courriel 1] Aix-en-Provence, le 14 Juillet 2026 À - PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE - Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 1] - Monsieur le procureur général - Monsieur le greffier du Juge des libertés et de la détention de [Localité 1] - Maître Gaëlle LABBE NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 14 Juillet 2026, suite à l'appel interjeté par : Monsieur [B] [W] né le 11 Juillet 1999 à [Localité 2] (MAROC), de nationalité Algérienne Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi. La greffière, VOIE DE RECOURS Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation. [Adresse 1]

Questions fréquentes

Puis-je être maintenu en rétention si je n'ai pas de passeport ?
Oui, l'absence de passeport est un facteur important car elle montre que vous ne disposez pas de garanties de représentation suffisantes pour quitter le territoire. Dans cette affaire, M. [W] n'avait pas de passeport et a déclaré ne pas vouloir quitter la France, ce qui a justifié son maintien en rétention.
La préfecture doit-elle prouver qu'elle a fait des démarches pour mon éloignement ?
Oui, la préfecture doit démontrer qu'elle a accompli des diligences pour obtenir un laissez-passer consulaire. En l'espèce, elle a justifié de démarches auprès du consulat d'Algérie, mais celles-ci n'ont pas abouti en raison des tensions diplomatiques. Cela n'a pas empêché le maintien en rétention.
Que faire si mon pays d'origine ne délivre pas de laissez-passer ?
Si le consulat ne délivre pas de laissez-passer, la rétention peut être prolongée tant que les diligences sont en cours. Dans cette décision, les tensions avec l'Algérie ont été évoquées, mais la cour a confirmé la rétention car les démarches avaient été faites et l'éloignement restait possible.
Puis-je être libéré si je justifie d'un hébergement ?
Un hébergement seul ne suffit pas à obtenir une assignation à résidence. Il faut également des garanties de représentation, comme un passeport valide. M. [W] avait fourni une attestation d'hébergement, mais il a indiqué en audience ne plus y résider, et surtout il n'avait pas de passeport, ce qui a conduit au rejet de sa demande.
L'absence de menace pour l'ordre public suffit-elle à éviter la rétention ?
Non, l'absence de menace pour l'ordre public n'est pas un critère déterminant pour la rétention. Le critère principal est l'existence de garanties de représentation. M. [W] n'avait pas de casier judiciaire, mais cela n'a pas empêché son maintien en rétention faute de documents de voyage.
Quel est le délai pour faire appel d'une décision de rétention ?
L'appel doit être interjeté dans un délai très court, généralement 24 heures. Dans cette affaire, l'appel a été formé le 13 juillet 2026 à 11h51, soit le lendemain de l'ordonnance du 13 juillet à 10h12, ce qui était recevable.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.