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Cour d'appel, etrangers, 9 juillet 2026 — n° 26/01039

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Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle valable malgré l'absence de perspectives d'éloignement et l'irrégularité de la requête ?

Principe retenu

La requête en prolongation de la rétention administrative doit être motivée de manière circonstanciée ; le seul rappel des textes légaux ne suffit pas. Toutefois, en l'espèce, l'absence de perspectives d'éloignement n'est pas établie et la requête est régulière.

Faits clés

  • M. [P] [Y], ressortissant algérien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 7 avril 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le 9 mai 2025.
  • Une première prolongation de 26 jours a été ordonnée le 13 mai 2026.
  • Une deuxième prolongation de 30 jours a été ordonnée le 7 juin 2026, confirmée en appel le 9 juin 2026.
  • Une troisième prolongation de 30 jours a été ordonnée le 7 juillet 2026.

Articles cités

article L.740-1 du CESEDA article L.744-17 du CESEDA article R.740-1 du CESEDA article R.744-47 du CESEDA article R.743-18 du CESEDA article R.743-19 du CESEDA article 455 du code de procédure civile article 612 du code de procédure civile article R.743-20 du CESEDA

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'Etat. La greffière La conseillère N° RG 26/01039 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W275 A l'attention du centre de rétention, le jeudi 09 juillet 2026 Bien vouloir procéder à la notification de l'ordonnance en sollicitant, en tant que de besoin,un interprète. Le greffier REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE DU 09 Juillet 2026 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 1]) : Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Reçu copie et pris connaissance le à (heure) : - M. [P] [Y] - par truchement téléphonique d'un interprète en tant que de besoin - nom de l'interprète (à renseigner) : - décision transmise par courriel au centre de rétention de pour notification à M. [P] [Y] le jeudi 09 juillet 2026 - décision transmise par courriel pour notification à M. [K] [I] et à Maître [Z] [C] le jeudi 09 juillet 2026 - décision communiquée au tribunal administratif de Lille - décision communiquée à M. le procureur général - copie au tribunal judiciaire Le greffier, le jeudi 09 juillet 2026 '

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE M. [P] [Y], né le 13 septembre 1998 à [Localité 1] (Algérie), de nationalité algérienne a fait l'objet d'un placement en rétention administrative ordonné par M. le préfet du Nord le 9 mai 2025 notifié à 12h00 pour l'exécution d'un éloignement au titre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai délivrée le 7 avril 2026 et notifiée à cette date. Par décision en date du 13 mai 2026 le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille a ordonné la prolongation du placement en rétention administrative de l'appelant pour une durée de 26 jours. Par décision en date du 7 juin 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille a ordonné une deuxième prolongation du placement en rétention administrative de l'appelant pour une durée de 30 jours, confirmée par la cour d'appel de Douai le 9 juin 2026. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 7 juillet 2026 à 15h37, déclarant recevable la requête en prolongation et ordonnant une troisième prolongation du placement en rétention administrative de l'intéressé pour une durée de 30 jours, Vu la déclaration d'appel de M. [P] [Y] du 8 juillet 2026 à 15h11 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance dont appel ainsi que la mainlevée du placement en rétention administrative. Au soutien de sa déclaration d'appel l'appelant soulève l'irrégularité de la requête et reprend le moyen développé devant le premier juge tiré de l'absence de perspectives d'éloignement.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur l'irrégularité de la requête Le premier moyen établi sur un document pré-imprimé stéréotypé tiré de l'irrégularité de la requête de la préfecture du Nord ne contient aucun élément circonstancié de nature à constituer une motivation, le seul rappel des textes légaux dans le recours ne pouvant pallier cette absence de motivation. Ce moyen est donc irrecevable. Sur l'absence de perspectives d'éloignement Selon l'article L. 741-3 du CESEDA, un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. Ces dispositions trouvent leur traduction en droit de l'Union au sein de l'article 15 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008, dites directive retour : Selon l'article 15.1, quatrième alinéa : «Toute rétention est aussi brève que possible et n'est maintenue qu'aussi longtemps que le dispositif d'éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise». Aux termes de l'article 15.4 : «Lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté». Ainsi, dans le cadre des règles édictées par le CESEDA et le droit de l'Union, l'objectif manifeste du législateur est d'empêcher le maintien d'un étranger en rétention si celui-ci n'est plus justifié par la mise en 'uvre de son éloignement. L'article 66 de la Constitution, qui confère au juge judiciaire le rôle de gardien de la liberté individuelle, implique que ce magistrat est seul compétent pour mettre fin à la rétention lorsqu'elle ne se justifie plus pour quelque motif que ce soit (Tribunal des conflits, 12 janvier 2015, n° 3986). Il est ainsi tenu, même d'office (CJUE, 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid), de vérifier qu'il existe une réelle perspective que l'éloignement puisse être mené à bien, eu égard aux délais légaux de la rétention administrative. La perspective raisonnable d'éloignement n'existe pas lorsqu'il paraît peu probable que l'intéressé soit accueilli dans un pays tiers avant l'expiration de ce délai (CJUE, grande chambre, 30 novembre 2009, affaire n° C-357/09), lequel peut, selon le droit français, être porté à quatre-vingt-dix jours sous réserve des dispositions spécifiques des articles L. 742-6 et L. 742-7 du CESEDA. Il appartient au juge judiciaire d'apprécier, à chaque stade de la procédure, l'existence ou non d'une perspective raisonnable d'éloignement. C'est par une analyse circonstanciée et des motifs particulièrement pertinents qu'il convient d'adopter au visa de l'article 955 du code de procédure civile que le premier juge a statué sur le moyen de fond soulevé devant lui et repris en appel, puis a ordonné la troisième prolongation de la rétention après avoir observé que l'administration avait effectué l'ensemble des diligences afin d'assurer l'exécution la plus rapide possible de l'éloignement de M. [P] [Y] et pour limiter le temps de privation de liberté que constitue la mesure de rétention, y ajoutant que l'étranger est placé en rétention administrative depuis 60 jours. Les relations diplomatiques étant fluctuantes, il sera considéré que rien ne laisse présumer qu'une prolongation de rétention administrative pour un dernier délai de trente jours ne pourrait pas aboutir à la mise en 'uvre de la mesure d'éloignement ; l'objectif du placement en rétention administrative étant de pouvoir mettre à exécution ladite mesure, étant précisé qu'à ce jour les autorités consulaires algériennes n'ont pas émis de refus de délivrance d'un laissez-passer consulaire. Dès lors, il n'est pas démontré et il ne peut être retenu qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement. Le moyen doit être rejeté. Conformément au droit communautaire, aucun moyen soulevé par les parties ou susceptible d'être relevé d'office ne paraît contraire à la prolongation de la rétention administrative. L'ordonnance sera confirmée. PAR CES MOTIFS DÉCLARONS l'appel recevable ; CONFIRMONS l'ordonnance entreprise. DISONS que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ; DISONS que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à l'appelant, à son conseil et à l'autorité administrative ;

Questions fréquentes

Quels sont les motifs pour contester une troisième prolongation de rétention administrative ?
Dans cette affaire, l'appelant a invoqué l'irrégularité de la requête (document pré-imprimé stéréotypé) et l'absence de perspectives d'éloignement. La cour a rejeté ces moyens, estimant que la requête était suffisamment motivée et que l'absence de perspectives d'éloignement n'était pas établie.
Une requête stéréotypée est-elle valable pour demander une prolongation de rétention ?
Non, une requête doit être motivée de manière circonstanciée. Le simple rappel des textes légaux ne suffit pas. En l'espèce, la cour a jugé que la requête de la préfecture était régulière car elle contenait des éléments circonstanciés, contrairement à ce que soutenait l'appelant.
L'absence de perspectives d'éloignement peut-elle entraîner la mainlevée de la rétention ?
Oui, si l'administration ne démontre pas de perspectives raisonnables d'éloignement, la rétention peut être levée. Dans ce cas, la cour a estimé que l'appelant n'apportait pas la preuve de l'absence de perspectives, et a donc confirmé la prolongation.
Quels sont les délais pour faire appel d'une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'appel doit être interjeté dans un délai très court, généralement 24 heures. En l'espèce, l'appel a été déclaré recevable car formé dans les délais.
Un étranger peut-il être placé en rétention plusieurs fois de suite ?
Oui, la rétention peut être prolongée plusieurs fois, dans la limite de la durée maximale légale. Ici, il s'agissait d'une troisième prolongation de 30 jours, après deux précédentes.
Que faire si je suis en rétention et que mon éloignement semble impossible ?
Vous pouvez contester la prolongation en invoquant l'absence de perspectives d'éloignement. Il est conseillé de se faire assister par un avocat et de fournir des éléments concrets démontrant que l'expulsion ne peut être exécutée.
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