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Cour d'appel, etrangers, 10 juillet 2026 — n° 26/01047

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'appel du procureur de la République contre une ordonnance rejetant la prolongation de la rétention administrative est-il recevable et suspensif ?

Principe retenu

L'appel du procureur de la République formé dans les délais légaux contre une ordonnance du juge des libertés et de la détention rejetant la prolongation de la rétention administrative est recevable et a un effet suspensif, conformément aux articles L.743-22 et R.743-12 du CESEDA et à la décision du Conseil constitutionnel du 12 septembre 2025.

Faits clés

  • M. [R] [T] a fait l'objet d'un arrêté de placement en rétention administrative le 6 juillet 2026.
  • Le juge du tribunal judiciaire de Lille a rejeté la demande de prolongation de la rétention le 9 juillet 2026.
  • Le procureur de la République de Lille a interjeté appel le 9 juillet 2026 à 18h45, avec demande d'effet suspensif.
  • L'appel a été reçu au greffe de la cour d'appel le même jour à 18h53.
  • La notification de la requête suspensive a été faite à l'intéressé et à son avocat dans les délais.

Articles cités

article L.740-1 du CESEDA article L.744-17 du CESEDA article R.740-1 du CESEDA article R.744-47 du CESEDA article L.743-22 du CESEDA article L.743-19 du CESEDA article R.743-10 du CESEDA article R.743-12 du CESEDA article R.743-13 du CESEDA article L.741-10 du CESEDA article 455 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Suite à sa levée d'écrou de la maison d'arrêt de [Localité 5] , M. [Q] [A] en réalité [R] [T] né le 7 mai 1993 à [Localité 6]) a fait l'objet d'un arrêté portant placement en rétention administrative ordonné par le préfet du Nord le 6 juillet 2026 notifié le 7 juillet 2026 à 5h pour une durée de 96 heures en exécution d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et avec interdiction de retour, prononcée le 27 novembre 2023 par M le Préfet de police de [Localité 7] et qui lui été notifiée le 28 novembre 2023. Un recours en annulation de l'arrêté de placement en rétention administrative a été déposé au visa de l'article L 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 9 juillet 2026 à 16h39 ayant ordonné la jonction des dossiers, déclaré recevable la demande d'annulation du placement en rétention et recevable la requête en prolongation de la rétention, déclaré irrégulier le placement en rétention administrative de M. [R] [T] et dit n'y avoir lieu à la prolongation du maintien en rétention administrative de M. [R] [T]. Vu la déclaration d'appel du Conseil de M. le préfet du Nord du 9 juillet 2026 à 18h52 sollicitant le rejet des moyens de contestation de l'arrêté de placement en rétention et la prolongation de la rétention pour une durée de 26 jours. Vu la déclaration d'appel du procureur de la République de [Localité 1] du 9 juillet 2026 à 18h45 reçue au greffe de la cour à 18h53 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance et l'effet suspensif de son appel, en application des articles L 743-21, L 743-22, R 743-10 et R 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la recevabilité de l'appel Il résulte des dispositions des articles L 743-22 et R 743-12 du CESEDA et de la décision du Conseil constitutionnel du 12 septembre 2025 n° 2025-1158 QPC que le procureur de la République doit former appel dans le délai de 6 heures s'il entend solliciter du premier président, ou de son délégué, qu'il déclare l'appel suspensif et que ce dernier est saisi par une déclaration d'appel motivée transmise par tous moyens au greffe de la cour d'appel. Le ministère public fait notifier la déclaration d'appel, immédiatement et par tout moyen, à l'autorité administrative, à l'étranger et, le cas échéant, à son avocat, qui en accusent réception. La notification mentionne que des observations en réponse à la demande de déclaration d'appel suspensif peuvent être transmises par tout moyen au secrétariat du premier président ou de son délégué dans un délai de deux heures. Celui-ci décide s'il y a lieu de donner à cet appel un effet suspensif, en fonction des garanties de représentation dont dispose l'étranger ou de la menace grave pour l'ordre public. En l'espèce, l'appel motivé a été régulièrement interjeté par le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille, dans le délai requis, et a été notifié à l'étranger le 9 juillet 2026 à 20h00, à son conseil et à la préfecture le 9 juillet 2026 à 18H53. Ainsi, cet appel est recevable. Sur l'effet suspensif de l'appel Aux termes de l'article L 743-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque le procureur de la République demande que son recours soit déclaré suspensif, le premier président de la cour d'appel ou son délégué décide, sans délai, s'il y a lieu de donner à cet appel un effet suspensif, en fonction des garanties de représentation dont dispose l'étranger ou de la menace grave pour l'ordre public. La partie appelante fait valoir notamment, outre des considérations de fond qui seront examinées dans le cadre de l'audience au fond, que M. [Q] [A] en réalité [R] [T] ne présente aucune garantie de représentation effective, en ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni avoir accompli de démarches pour se voir livrer un titre de séjour, fait usage d'alias et s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement du 25 janvier 2021 et 25 octobre 2022. Il résulte des pièces du dossier que M. [Q] [A] en réalité [R] [T] a déclaré à plusieurs reprises vouloir se maintenir sur le territoire national et a refusé d'embarquer sur le vol prévu le 7 juillet 2026 à 8h, caractérisant ainsi une obstruction à la mesure d'éloignement. Par ailleurs, son casier judiciaire porte mention de deux condamnations prononcées par le tribunal judiciaire de Nanterre le 27 septembre 2023 à une peine d'un an d'emprisonnement pour des faits de menace de mort réitérée par conjoint en récidive, violence par conjoint sans incapacité et en présence d'un mineur en récidive, menace de mort réitérée et fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire et par le président du tribunal judiciaire de Paris le 9 décembre 2025 à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de rébellion en récidive et d'outrage par personne dépositaire de l'autorité publique en récidive. Enfin l'intéressé ne justifie d'aucune résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale sur le territoire national. Il se déduit des circonstances que l'intimé ne présente pas de garanties suffisantes et risque de se soustraire, si la décision d'appel lui est dévorable, à la mesure d'éloignement de sorte qu'il y a lieu de suspendre les effets de l'ordonnance déférée. Il convient dès lors, de faire droit à la demande du procureur de la République de Lille tendant à conférer à l'appel qu'il a formé contre l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 9 juillet 2026, un caractère suspensif, de telle manière que M. [Q] [A] en réalité [R] [T] se trouve maintenu en rétention administrative. PAR CES MOTIFS DÉCLARE l'appel de M. le procureur de la République de [Localité 1] recevable et suspensif ;

Dispositif

En conséquence, DIT que M. [Q] [A] en réalité [R] [T] sera maintenu à disposition de la justice; DIT que M. [Q] [A] en réalité [R] [T] devra être extrait pour comparaître à la cour d'appel de Douai (chambre des libertés individuelles - salle d'audience [Adresse 1]) à l'audience du 10 juillet 2026 à 13h30 afin qu'il soit statué sur l'appel relevé par M. le procureur de la République de Lille de la décision du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille du 9 juillet 2026 à 16h39 ; DIT que la notification de la présente décision vaut convocation à l'audience ; DIT que la présente ordonnance sera signifiée à M. [R] [T] par l'intermédiaire du greffe du centre de rétention de [Localité 3] en présence d'un interprète en tant que de besoin. Laure DANG, conseillère COUR D' APPEL DE [Localité 4] * * * * * * * * * Chambre des Libertés Individuelles N° RG 26/01047 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W3CE Ordonnance du 10/07/2026 à M. [R] [T] NOTIFICATION Le greffier vous notifie l'ordonnance susvisée dont copie jointe. Cette décision n'est susceptible d'aucun recours Fait à [Localité 4], le 10/07/2026 Annabelle AUDOUX, greffière Reçu copie et notification le par le truchement téléphonique d'un interprète en langue nom de l'interprète : ' reconnaît avoir pris connaissance de la date d'audience : 18h12 ' souhaite comparaître en personne à l'audience du 18h12 à ' souhaite être assisté d'un interprète en langue ' souhaite être assisté (e) par - ' Maître - ' un avocat commis d'office signature de M. [R] [T] COUR D' APPEL DE [Localité 4] * * * * * * * * * Chambre des Libertés Individuelles N° RG 26/01047 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W3CE Ordonnance du 10/07/2026 ' ' M. le préfet ' M. le proureur général ' m. le procureur de la republique de lille NOTIFICATION Le greffier vous notifie l'ordonnance susvisée dont copie jointe. Cette décision n'est susceptible d'aucun recours. Fait à [Localité 4], le 10/07/2026 Annabelle AUDOUX, greffière

Questions fréquentes

Le procureur peut-il faire appel d'une décision qui refuse la prolongation de la rétention ?
Oui, le procureur de la République peut interjeter appel contre une ordonnance du juge des libertés et de la détention rejetant la prolongation de la rétention administrative, et cet appel est suspensif s'il est formé dans les délais légaux.
Qu'est-ce qu'un appel suspensif en matière de rétention administrative ?
Un appel suspensif signifie que la décision de première instance (ici, le rejet de la prolongation) est suspendue pendant l'appel. Ainsi, l'étranger reste en rétention jusqu'à ce que la cour d'appel statue.
Mon avocat a-t-il été informé de l'appel du procureur ?
Oui, dans cette affaire, la notification de la requête suspensive a été faite à l'avocat de M. [R] [T] le 9 juillet 2026 à 18h53, en même temps qu'au préfet.
Combien de temps dure l'effet suspensif de l'appel du procureur ?
L'effet suspensif dure jusqu'à ce que la cour d'appel statue sur le fond de l'appel. Dans cette affaire, l'audience était fixée au 10 juillet 2026 à 13h30, soit le lendemain de l'appel.
Puis-je être libéré si le juge refuse la prolongation de ma rétention ?
En principe, oui, mais si le procureur fait appel avec effet suspensif, vous restez en rétention jusqu'à ce que la cour d'appel se prononce. Dans cette affaire, l'appel suspensif a été déclaré recevable, donc M. [R] [T] est maintenu en rétention.
Quels sont les délais pour que le procureur fasse appel ?
Selon l'article R.743-10 du CESEDA, l'appel doit être formé dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance. Dans cette affaire, l'ordonnance a été notifiée le 9 juillet 2026 à 16h42 et l'appel a été interjeté à 18h45, soit dans les délais.
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