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Cour d'appel, etrangers, 10 juillet 2026 — n° 26/01043

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le défaut de prise d'empreintes dû à une panne de la borne Eurodac constitue-t-il un défaut de diligences de l'administration justifiant la mainlevée de la rétention administrative ?

Principe retenu

L'administration doit justifier avoir effectué toutes les diligences utiles pour réduire au maximum la période de rétention. Une panne technique de la borne Eurodac, survenue le 22 juin 2026, ne constitue pas un défaut de diligences de l'administration dès lors que celle-ci a accompli les démarches nécessaires et que l'empêchement est indépendant de sa volonté.

Faits clés

  • M. [Y] [S] a fait l'objet d'un placement en rétention administrative le 9 juin 2026 pour exécution d'une interdiction du territoire français de 5 ans.
  • Le 22 juin 2026, une prise d'empreintes n'a pu être effectuée en raison d'une panne de la borne Eurodac.
  • L'administration a sollicité une deuxième prolongation de la rétention pour 30 jours, accordée par ordonnance du 8 juillet 2026.
  • L'appelant conteste cette prolongation en invoquant un défaut de diligences de l'administration.
  • La cour d'appel confirme l'ordonnance de prolongation, estimant que la panne technique ne constitue pas un défaut de diligences.

Articles cités

article L.741-3 du CESEDA article L.742-4 du CESEDA article L.740-1 à L.744-17 du CESEDA article R.740-1 à R.744-47 du CESEDA article R.743-18 du CESEDA article R.743-19 du CESEDA article 455 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE M. [Y] [S] a fait l'objet d'un placement en rétention administrative ordonné par M le préfet de l' Oise le 9 juin 2026 notifié à cette date à 17h20 pour l'exécution d'une interdiction du territoire français d'une durée de 5 ans prononcée par le tribunal correctionnel de Digne les Bains le 24 septembre 2024. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 8 juillet 2026 à 19h40 déclarant recevable la requête en prolongation et ordonnant une deuxième prolongation du placement en rétention administrative de M. [Y] [S] pour une durée de 30 jours. Vu la déclaration d'appel de M. [Y] [S] du 9 juillet 2026 à 15h08 sollicitant à titre principal l'infirmation de l'ordonnance dont appel ainsi que la mainlevée du placement en rétention administrative. Au soutien de sa déclaration d'appel, l'appelant reprend le moyen de fond tiré du défaut de diligences de l'administration en ce qu'elle n'a pu procéder à une prise d'empreintes le 22 juin 2026 en raison d'une panne de la borne Eurodac ainsi que le moyen tiré des considérations d'ordre juridique qui s'opposent à son éloignement au regard de l'arrêt CJUE du 4 septembre 2025, affaire. n° C-313/25 PPU, Adrar.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur le défaut de diligences de l'administration Il ressort de l'article L 741-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'administration doit justifier avoir effectué toutes les 'diligences utiles' suffisantes pour réduire au maximum la période de rétention de l'étranger. L'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile modifié par la loi n°2025-796 du 11 août 2025 art 4 (V) dispose que : "Le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours." Il convient de rappeler que lorsque la procédure se situe dans le cadre de l'article L.742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et concerne une demande de deuxième prolongation du placement en rétention administrative, il n'existe aucune obligation de bref délai concernant la levée des obstacles. Ainsi, il suffit qu'il ait été décidé par la première décision judiciaire de prolongation de la rétention administrative, que l'administration avait effectué toutes les diligences nécessaires à l'exécution de la mesure d'éloignement, et qu'il soit démontré que ces diligences n'avaient pas encore reçu satisfaction de la part des autorités étrangères requises, et ce sans faute ou négligence de la part de l'état requérant, pour que l'autorité judiciaire autorise la deuxième prolongation du placement en rétention administrative. C'est par une analyse circonstanciée et des motifs pertinents qu'il convient d'adopter que le premier juge a ordonné la deuxième prolongation de la rétention après avoir observé que les autorités consulaires avaient valablement été saisies, que l'intéressé avait refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes le 22 juin 2026 selon procès-verbal établi le même jour à 15h20 et avait refusé de se présenter à son audition consulaire du 26 juin 2026, de sorte que tout retard éventuel d'identification ne résulterait que de son obstruction. L'administration demeure ainsi dans l'attente de réponse des autorités algériennes, étant relevé qu'il n'y a pas lieu d'imposer la réalisation d'actes sans véritable effectivité, tels que des relances auprès des consulats, dès lors que l'administration française ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires (1re Civ., 9 juin 2010, pourvoi n° 09-12.165) Le moyen sera donc rejeté. Sur le moyen tiré des conséquences d'ordre juridique qui s'opposent à l'éloignement au regard de l'arrêt CJUE Adrar L'article 88-1 de la Constitution, le Traité sur l'Union européenne et le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, imposent au juge national, chargé d'appliquer les dispositions du droit de l'Union, l'obligation d'en assurer le plein effet en laissant au besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute disposition contraire. L'autorité judiciaire peut interrompre à tout moment la prolongation du maintien en rétention, de sa propre initiative ou à la demande de l'étranger, lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient (décision Conseil constitutionnel n° 2003-484 DC du 20 novembre 2003). Ainsi, le juge doit procéder aux recherches nécessaires lorsque l'étranger invoque une situation personnelle ou familiale présentée comme incompatible avec son départ au regard des dispositions de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou contraire aux dispositions de la directive n° 2004/38 du 29 avril 2004 relative aux droits des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres. ( 1re Cas Civ., 9 novembre 2016, pourvoi n° 15-27.357, Bull. 2016, I, n° 215.) Dans son arrêt rendu le 4 septembre 2025 n° C-313/25 PPU, §60 à 65, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'une juridiction nationale, appelée à contrôler la légalité du placement en rétention d'un ressortissant d'un pays tiers en séjour irrégulier en vue de son éloignement en exécution d'une décision de retour définitive, est tenue d'examiner, le cas échéant d'office, si le principe de non-refoulement visé à l'article 5 de la directive 2008/115 ne s'oppose pas à cet éloignement. Il ressort du principe de séparation des ordres juridictionnels judiciaire et administratif posé par la Loi des 16 et 24 août 1790 que les juges judiciaires français ne peuvent pas, intervenir dans les matières propres à l'action de l'administration. Ce principe a été érigé en " principe fondamental des Lois de la République " par la décision du Conseil constitutionnel du 23 janvier 1987 n° 86-224. En imposant au juge judiciaire d'examiner si le principe de non refoulement s'oppose à l'éloignement dont fait l'objet l'étranger, l'arrêt CJUE du 4 septembre 2025, affaire. n° C-313/25 PPU, Adrar, demande au juge judiciaire d'apprécier la légalité et l'opportunité de l'acte d'éloignement, dont la compétence exclusive en droit français appartient au juge administratif, ce qui contrevient au principe de séparation des ordres juridictionnels judiciaire et administratif spécifique au droit français. L'étranger peut contester l'acte d'éloignement en saisissant la juridiction administrative par la procédure de référé suspension, de référé liberté, et peut déposer une demande d'asile à tout moment. En conséquence, le juge judiciaire n'a pas à apprécier si la décision d'éloignement de M. [Y] [S] est susceptible de l'exposer à un traitement inhumain et dégradant et si le principe ci-dessus rappelé est prioritaire sur les dispositions de l'arrêt Adrar. Il convient de renvoyer à la compétence du juge administratif l'examen de la légalité interne et externe de l'acte d'éloignement. Ce moyen sera rejeté. Conformément au droit communautaire, aucun moyen soulevé par les parties ou susceptible d'être relevé d'office ne paraît contraire à la prolongation de la rétention administrative. L'ordonnance dont appel sera confirmée. PAR CES MOTIFS DÉCLARONS l'appel recevable ; CONFIRMONS l'ordonnance entreprise. DISONS que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ; DISONS que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à l'appelant, à son conseil et à l'autorité administrative ;

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'Etat. La greffière La présidente de chambre N° RG 26/01043 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W3BU A l'attention du centre de rétention, le vendredi 10 juillet 2026 Bien vouloir procéder à la notification de l'ordonnance en sollicitant, en tant que de besoin,un interprète. Le greffier REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE DU 10 Juillet 2026 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 1]) : Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Reçu copie et pris connaissance le à (heure) : - M. [Y] [S] - par truchement téléphonique d'un interprète en tant que de besoin - nom de l'interprète (à renseigner) : - décision transmise par courriel au centre de rétention de pour notification à M. [Y] [S] le vendredi 10 juillet 2026 - décision transmise par courriel pour notification à M. [P] et à Maître [T] [H] le vendredi 10 juillet 2026 - décision communiquée au tribunal administratif de Lille - décision communiquée à M. le procureur général - copie au tribunal judiciaire Le greffier, le vendredi 10 juillet 2026 '

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un défaut de diligences de l'administration en matière de rétention administrative ?
L'administration doit justifier avoir effectué toutes les diligences utiles pour réduire au maximum la durée de la rétention. En l'espèce, une panne de la borne Eurodac le 22 juin 2026 a empêché la prise d'empreintes, mais la cour a estimé que cela ne constituait pas un défaut de diligences car l'administration avait accompli les démarches nécessaires et l'empêchement était indépendant de sa volonté.
Une panne technique de la borne Eurodac peut-elle justifier la mainlevée de la rétention ?
Non, dans cette affaire, la cour d'appel a jugé qu'une panne technique de la borne Eurodac ne constitue pas un défaut de diligences de l'administration, car celle-ci a effectué les démarches nécessaires et l'empêchement était indépendant de sa volonté. La rétention a donc été maintenue.
Quels sont les recours contre une ordonnance de prolongation de rétention administrative ?
L'étranger peut interjeter appel de l'ordonnance de prolongation devant le premier président de la cour d'appel dans un délai de 24 heures. En l'espèce, M. [Y] [S] a fait appel le 9 juillet 2026, mais la cour a confirmé l'ordonnance de prolongation.
Qu'est-ce que l'arrêt Adrar de la CJUE du 4 septembre 2025 ?
L'arrêt Adrar (affaire C-313/25 PPU) est une décision de la Cour de justice de l'Union européenne invoquée par l'appelant comme un moyen juridique s'opposant à son éloignement. Cependant, la cour d'appel n'a pas retenu ce moyen dans sa décision de confirmation de la rétention.
L'administration doit-elle tout faire pour réduire la durée de ma rétention ?
Oui, selon l'article L 741-3 du CESEDA, l'administration doit justifier avoir effectué toutes les diligences utiles pour réduire au maximum la période de rétention. En l'espèce, la cour a estimé que l'administration avait agi avec diligence malgré la panne technique.
Puis-je obtenir la mainlevée si l'administration tarde à organiser mon éloignement ?
Oui, si l'administration ne justifie pas de diligences suffisantes, la mainlevée peut être demandée. Dans cette affaire, l'appelant a invoqué un défaut de diligences en raison d'une panne de borne Eurodac, mais la cour a rejeté ce moyen, confirmant la prolongation.
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