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Cour d'appel, chambre des étrangers, 12 juillet 2026 — n° 26/00176

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le délai d'intégration au centre de rétention administrative (CRA) après la notification de la mesure d'éloignement est-il excessif et justifie-t-il la mainlevée de la rétention ?

Principe retenu

Le délai entre la notification des arrêtés et l'intégration au CRA doit être apprécié en tenant compte des circonstances particulières, notamment des distances géographiques et des contraintes de transport. Un délai de 3h30 pour un parcours incluant un transport maritime n'est pas excessif. L'exercice effectif des droits débute à l'arrivée au CRA, et non à la notification, sauf atteinte concrète non démontrée.

Faits clés

  • Contrôle à [Localité 4] à 8h30 le 7 juillet 2026
  • Notification des arrêtés à [Localité 5] jusqu'à 10h30
  • Transport de [Localité 5] au port de [Localité 1], traversée maritime, puis trajet jusqu'au CRA de [Localité 3]
  • Intégration au CRA à 15h00 (délai total de 6h30, mais 3h30 après notification)
  • L'intéressée a déclaré ne pas vouloir exercer ses droits immédiatement

Articles cités

article L. 743-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

GREFFIER : Catherine SAYOUS DEBATS : à l'audience publique du douze Juillet deux mille vingt six * * * Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Mamoudzou du 11 juillet 2026 ordonnant la mainlevée de la rétention administrative de Mme [I] [S] OQTF 16677 ; Vu la déclaration d'appel du ministère public avec demande d'effet suspensif reçue au greffe le 11 juillet 2026 à 17h37 ; Vu la notification de la déclaration d'appel avec effet suspensif à l'autorité administrative, à l'étranger, à l'avocat de l'étranger, à l'avocat général effectuée par le même courriel ; Vu l'absence d'observation des parties ; Vu la déclaration d'appel du préfet de Mayotte reçue au greffe le 12 juillet 2026 à 12h16 ; Vu l'ordonnance du 12 juillet 2026 donnant à l'appel formé par le procureur de la République un effet suspensif ; Vu l'audience sur le fond du 12 juillet 2026 ; Vu l'absence du parquet général ; Vu les observations du conseil de M. le préfet de Mayotte ; Vu les observations du conseil de l'intéressé ; Vu la comparution de Mme [I] [S] ;

Motivations de la décision

SUR CE, Sur le délai d'intégration au CRA Mme [I] [S] a fait l'objet, par arrêté préfectoral du 7 juillet 2026, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour et fixant le pays de destination. Le même jour, l'intéressée a été placé en rétention administrative par arrêté distinct, afin de permettre l'exécution effective de la mesure d'éloignement. Ces arrêtés ont été pris à la suite d'un contrôle intervenu à [Localité 4] à 8 heures 30 le 7 juillet par la gendarmerie, la BTA de [Localité 5]. Madame a ensuite été transportée d'[Localité 4] à [Localité 5] pour arriver devant l'OPJ à 10 heures 11. Les arretes et ses droits lui ont été notifies jusqu'à 10 heures 30. Il a fallu ensuite effectuer le transport de [Localité 5] au port de [Localité 1], effectuer la traversee, aller jusqu'à [Localité 3] pour ensuite être intégrée au centre de retention en l'occurrence à 15 heures. En l'espèce, si le délai entre le contrôle à [Localité 4], au nord ouest de l'ile, la notification des arrêtés à [Localité 5] au centre de l'ile et l'intégration au CRA sur petite terre n'est pas excessif et est d'une durée totale de 6 heures 30. Le premier juge n'avait pas connaissance de l'intégration antérieure au LRA, le délai n'est donc en réalité pas de 6 heures 30 en totalité mais de 3 heures 30 ce qui est particulièrement rapide. Il convient de rappeler que selon l'article L. 743-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile "Le juge tient compte des circonstances particulières liées notamment au placement en rétention simultané d'un nombre important d'étrangers pour l'appréciation des délais relatifs à la notification de la décision, à l'information des droits et à leur prise d'effet. Les réalités opérationnelles inhérentes aux procédures de retention administrative a Mayotte sont liées à la mise à disposition auprès d'un officier de police judiciaire, la notification complète et contradictoire des droits, la coordination entre services de police et centre de retention. Comme indiqué et démontré ci-dessus, ces délais ne présentent aucun caractère excessif et s'inscrivent dans le cadre normal de la procédure qui nécessite, d'une part, plusieurs actes dont le respect interdit de procéder à un envoi sur le champ au centre de la personne étrangère contrôlée, et du délai d'intégration dans un centre qui doit gérer les flux d'entrées et de sorties de retenues compte-tenu de contingences locales. Ainsi c'est à tort que le premier juge a considéré comme délai d'acheminement le temps compris entre l'interpellation de l'intéressée et l'intégration au CRA sans prendre en compte des étapes intermédiaires. Enfin, l'intéressée ne justifie pas, par ailleurs, d'une atteinte à ses droits dont l'exercice effectif débute à compter de son arrivée au centre de rétention, et non à compter de leur notification et ce d'autant plus qu'il résulte du procès-verbal de notification, d'exercice des droits et de déroulement de la retenue dans sa partie « notification arrêté » qu'il est mis à la disposition de la personne si elle en est détentrice, son téléphone portable ; que l'intéressée a clairement indiqué avoir « reçu notification des droits qu'elle peut exercer durant la rétention administrative , soit dès à présent dans vos locaux soit à mon arrivée au centre de rétention administrative, et qu'elle n'entendait pas faire usage de ces droits pour l'instant. ». A défaut de justifier de l'atteinte éventuelle aux droits devant être circonstanciée par des éléments concrets de la cause, et au vu de ce qui précède, ce moyen sera écarté. Il convient de les laisser à la charge des finances publiques. Ainsi, la décision sera infirmée et Mme [I] [S] sera maintenu en retention. PAR CES MOTIFS Nous, Nathalie BRUN, présidente de chambre déléguée par le premier président, assistée de Catherine SAYOUS, greffière, statuant publiquement, Infirmons la décision querellée, Et statuant à nouveau, Rejetons la demande de mainlevée de Mme [I] [S] OQTF 16677 ;

Dispositif

Laissons les dépens à la charge des finances publiques. Fait à Mayotte le douze juillet 2026 à Le greffier Le magistrat délégué Catherine SAYOUS Nathalie BRUN Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation. Décision notifiée le douze Juillet deux mille vingt six à : - Monsieur le Préfet de Mayotte - Monsieur le procureur de la République - Madame l'avocate générale - Greffe du juge de la rétention du tribunal judiciaire de Mamoudzou - Monsieur le Commissaire de la Direction Départementale de la PAF - Avocats - L'intéressée :[S] [I] - OQTF 16677

Questions fréquentes

Quel est le délai maximum pour être intégré au CRA après notification ?
Il n'y a pas de délai fixe ; le juge apprécie au cas par cas en tenant compte des circonstances (distance, transport, nombre de personnes). Dans cette affaire, un délai de 3h30 après notification a été jugé non excessif.
Puis-je contester ma rétention si le transfert a duré trop longtemps ?
Oui, vous pouvez demander la mainlevée si le délai est excessif. Mais vous devez démontrer une atteinte concrète à vos droits. Ici, la cour a estimé que le délai de 6h30 (dont 3h30 après notification) n'était pas excessif compte tenu du transport maritime.
Quels sont mes droits pendant le transport vers le CRA ?
Vous avez droit à l'information sur vos droits dès la notification, mais l'exercice effectif (comme téléphoner) commence à l'arrivée au CRA. Si vous ne demandez pas à exercer vos droits immédiatement, cela ne constitue pas une atteinte.
Le transport maritime justifie-t-il un délai plus long ?
Oui, les contraintes géographiques (traversée maritime, distances) sont des circonstances particulières que le juge prend en compte. Dans cette affaire, le délai de 3h30 après notification a été jugé rapide.
Que faire si je n'ai pas pu exercer mes droits avant d'arriver au CRA ?
Vous devez démontrer une atteinte concrète et circonstanciée. Si vous avez simplement déclaré ne pas vouloir exercer vos droits immédiatement, cela ne suffit pas à obtenir la mainlevée.
Quel recours contre une décision de maintien en rétention ?
Vous pouvez former un pourvoi en cassation dans un délai de 2 mois à compter de la notification de l'ordonnance, par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signée par un avocat au Conseil d'État ou à la Cour de cassation.
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