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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 9 juillet 2026 — n° 26/03888

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le délai de transfert entre la fin de la garde à vue et l'arrivée au centre de rétention administrative est-il excessif et constitue-t-il une violation des droits de l'étranger justifiant la mainlevée de la rétention ?

Principe retenu

En application de l'article L. 741-6 du CESEDA, la décision de placement en rétention prend effet à compter de sa signification. Un délai de transfert excessif, non justifié par l'administration, constitue une atteinte substantielle aux droits de l'étranger (notamment l'accès aux associations, au service médical et au téléphone) et entraîne l'irrégularité de la procédure de rétention.

Faits clés

  • M. [S] [K], ressortissant marocain, a fait l'objet d'une OQTF le 3 juillet 2026
  • La garde à vue s'est terminée le 3 juillet 2026 à 16h50
  • La décision de placement en rétention a été notifiée le même jour à 16h56
  • L'arrivée au centre de rétention a eu lieu à 21h10, soit plus de 4 heures après la notification
  • Le délai de transfert n'a été ni expliqué ni justifié par l'administration

Articles cités

article L. 741-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 3] le 09 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'intéressé L'avocat de l'intéressé

Exposé du litige

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE PARIS L. 742-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ORDONNANCE DU 09 JUILLET 2026 (1 pages) Numéro d'inscription au répertoire général et de décision : B N° RG 26/03888 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNQER Décision déférée : ordonnance rendue le 07 juillet 2026, à 16h37, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris Nous, Elise Thevenin-Scott, conseillère à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Roxanne Therasse, greffière aux débats et au prononcé de l'ordonnance, APPELANT : M. [S] [K] né le 26 janvier 1987 à [Localité 1], de nationalité marocaine RETENU au centre de rétention : [Localité 2] assisté de Me Juliette Thibaud avocat de permanence, avocat au barreau de Paris, INTIMÉ : LE PREFET DE POLICE représenté par Me Hedi Rahmouni, du cabinet Tomasi, avocat au barreau de Lyon MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l'heure de l'audience ORDONNANCE : - contradictoire - prononcée en audience publique - Vu l'ordonnance du 07 juillet 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris rejetant les exceptions de nullité soulevées, rejetant la demande d'assignation à résidence et ordonnant la prolongation du maintien de M. [S] [K], dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, pour une durée maximale de vingt six jours, soit jusqu'au 02 août 2026 ; - Vu l'appel motivé interjeté le 08 juillet 2026, à 10h42, par M. [S] [K] ; - Après avoir entendu les observations : - de M. [S] [K], assisté de son avocat, qui demande l'infirmation de l'ordonnance ; - du conseil du préfet de police tendant à la confirmation de l'ordonnance ;

Motivations de la décision

SUR QUOI, Monsieur [S] [K], né le 26 janvier 1987 à [Localité 1], de nationalité marocaine, a été placé en rétention par arrêté préfectoral en date du 03 juillet 2026, sur la base d'un arrêté préfectoral portant OQTF en date du même jour. Par ordonnance en date du 07 juillet 2026, le magistrat du siège en charge du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 3] a fait droit à la requête de la préfecture aux fins de prolongation de la mesure de rétention. Monsieur [S] [K] a interjeté appel, il sollicite l'infirmation de la décision en soulevant l'illégalité de la garde à vue dès lors qu'il y a eu une erreur d'identité, et le caractère excessif du délai de transfert vers le centre de rétention administrative. Sur ce, Sur le contrôle de régularité des actes antérieurs au placement en rétention et le délai entre la notification du placement en rétention et l'arrivée au local de rétention Il appartient au juge judiciaire, en sa qualité de gardien de la liberté individuelle, de se prononcer sur les irrégularités, invoquées par l'étranger, affectant les procédures préalables à la notification de la décision de placement en rétention. (2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.002, 2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.006,, 2e Civ., 28 juin 1995, pourvoi n° 94-50.005). Aux termes de l'article L. 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, toute juridiction, y compris la Cour de cassation, qui est saisie d'une demande d'annulation ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée de la mesure de placement en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter une atteinte substantielle aux droits de l'étranger. Enfin, il résulte de l'article L. 741-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de placement en rétention, prise notamment à l'issue d'une garde à vue, prend effet à compter de sa signification. En l'espèce, il résulte des pièces de la procédure que la fin de la garde à vue est intervenue le 03 juillet 2026 à 16h50 ; que la décision de placement en rétention a été notifiée le même jour à 16h56, et que Monsieur [S] [K] est arrivé au centre de rétention à 21h10. Eu égard aux conditions de transport sous escorte et à la circulation sur le trajet considéré réalisé après les heures de pointe, le délai, supérieur à 4 heures, apparaît excessif alors même qu'il n'est ni expliqué ni justifié par aucune pièce de procédure. Il résulte de ce délai de transfert excessif un grief pour Monsieur [S] [K] qui n'a pas été en mesure d'exercer concrètement ses droits entre la fin de la garde à vue et l'arrivée au centre de rétention administrative (absence d'accès aux associations, au service médical, et à un téléphone). En conséquence, la décision sera infirmée. PAR CES MOTIFS INFIRMONS la décision, Statuant à nouveau, DECLARONS irrégulière la procédure, REJETONS la requête de la préfecture de police de [Localité 3], DISONS n'y avoir lieu à maintien en rétention de Monsieur [S] [K], LUI RAPPELONS qu'il a l'obligation de quitter le territoire national,

Questions fréquentes

Le délai de transfert vers le centre de rétention était trop long, puis-je contester ?
Oui, vous pouvez contester la régularité de la rétention si le délai de transfert est excessif et non justifié. Dans cette affaire, un délai de plus de 4 heures entre la notification du placement et l'arrivée au centre, sans explication, a été jugé excessif et a entraîné la mainlevée.
Quels sont mes droits pendant le transfert après la garde à vue ?
Pendant le transfert, vous devez pouvoir exercer vos droits, notamment l'accès aux associations, au service médical et à un téléphone. Si ces droits sont compromis en raison d'un délai excessif, la rétention peut être annulée.
Comment prouver que le délai de transfert était excessif ?
Il faut démontrer que le délai entre la notification du placement et l'arrivée au centre est anormalement long au regard des circonstances (distance, circulation, etc.) et que l'administration n'a fourni aucune justification. Dans cette affaire, le délai de 4h14 sans explication a suffi.
Qu'est-ce qu'un délai de transfert excessif en rétention administrative ?
Un délai excessif est un délai qui, sans justification, prive l'étranger de la possibilité d'exercer ses droits. En l'espèce, un délai de plus de 4 heures après les heures de pointe a été jugé excessif.
Puis-je obtenir la mainlevée de la rétention si le transfert a duré plus de 4 heures ?
Pas automatiquement, mais si le délai est excessif et non justifié, et qu'il a porté une atteinte substantielle à vos droits, le juge peut ordonner la mainlevée. C'est ce qui s'est produit dans cette décision.
L'administration doit-elle justifier le temps de trajet vers le centre de rétention ?
Oui, l'administration doit fournir des explications sur le délai de transfert. À défaut, le juge peut considérer le délai comme excessif et annuler la rétention.
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