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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 12, 9 juillet 2026 — n° 26/00473

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Synthèse de la décision

Question juridique

La procédure d'admission en hospitalisation complète pour péril imminent est-elle régulière en l'absence d'information de la famille dans les 24 heures et en cas de rétroactivité de la décision d'admission ?

Principe retenu

En cas de péril imminent, la décision d'admission doit être prise sans rétroactivité et la famille doit être informée dans les 24 heures. Le non-respect de ces formalités substantielles entraîne la mainlevée de la mesure.

Faits clés

  • Mme [Z] [A] a été admise en hospitalisation complète le 18 juin 2026 à 16h47 sur la base d'un certificat médical établi à 08h03 le même jour.
  • La patiente est suivie pour un trouble psychotique chronique et a été conduite par les pompiers et la police pour agitation à domicile.
  • La famille n'a pas été informée de l'admission dans les 24 heures.
  • La notification de la décision d'admission et de maintien a été tardive et non justifiée.
  • L'appelante a sollicité la mainlevée de l'hospitalisation complète.

Articles cités

article L.3212-1 II 2° du code de la santé publique article L.3211-12-2 du code de la santé publique article L.3211-2-1 du code de la santé publique article R.3211-23 du code de la santé publique article 450 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS , Le magistrat délégué du premier président, statuant en dernier ressort, publiquement après débats en chambre du conseil, par décision réputée contradictoire mise à disposition au greffe, DÉCLARE l'appel recevable, INFIRME l'ordonnance du juge chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés prévues par le Code de la santé publique de [Localité 3] en date du 29 juin 2026 ; et statuant à nouveau, ORDONNE la mainlevée de l'hospitalisation complète de Mme [Z] [A] ; DIT que la mainlevée prendra effet dans un délai maximal de vingt-quatre heures à compter de la présente décision, afin qu'un programme de soins puisse, le cas échéant, être établi en application du II de l'article L. 3211-2-1 du Code de la santé publique ; RAPPELLE que dès l'établissement de ce programme ou à l'issue du délai de vingt- quatre heures précité, la mesure d'hospitalisation complète prendra fin ; LAISSE les dépens à la charge de l'État. Ordonnance rendue le 09 JUILLET 2026 par mise à disposition au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile. LE GREFFIER LE MAGISTRAT DÉLÉGUÉ Notification ou avis fait à : X patient à l'hôpital ou/et ' par LRAR à son domicile X avocat du patient X directeur de l'hôpital ' tiers par LS ' préfet de police ' avocat du préfet ' tuteur / curateur par LRAR X Parquet près la cour d'appel de Paris AVIS IMPORTANTS : Je vous informe qu'en application de l'article R.3211-23 du code de la santé publique, cette ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. La seule voie de recours ouverte aux parties est le pourvoi en cassation . Il doit être introduit dans le délai de 2 mois à compter de la présente notification, par l'intermédiaire d'un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation. Le pourvoi en cassation est une voie extraordinaire de recours qui exclut un nouvel examen des faits ; il a seulement pour objet de faire vérifier par la Cour de Cassation si la décision rendue est conforme aux textes législatifs en vigueur. Ce délai est augmenté d'un mois pour les personnes qui demeurent dans un département ou territoire d'outre-mer et de deux mois pour celles qui demeurent à l'étranger. RE'U NOTIFICATION LE : SIGNATURE DU PATIENT :

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Mme [Z] [A], née le 30 mai 1984 à [Localité 1], a été admise en hospitalisation complète sans son consentement sur décision du directeur de l'établissement de santé selon la procédure prévue à l'article [Etablissement 1] 3212-1 II 2° du code de la santé publique en cas de péril imminent pour la santé de la personne à compter du 18 juin 2026. Le certificat médical initial en date du 18 juin 2026 fait état d'une patiente connue et suivie pour un trouble psychotique chronique, conduite par les pompiers et la police dans un contexte d'agitation au domicile. Dans le service elle est méfiante, le discours est incohérent et décousu. Il existe de possibles hallucinations (elle dit que ce sont des personnes qui lui ont dit d'allumer le feu), et un déni complet des troubles. Par requête du 22 juin 2026, le directeur de l'établissement a saisi le juge du tribunal judiciaire de Paris aux fins de poursuite de la mesure d'hospitalisation complète à l'égard de Mme [Z] [A]. Par ordonnance du 29 juin 2026, le juge précité a autorisé la poursuite de l'hospitalisation complète. Le 1er juillet 2026, Mme [Z] [A] a interjeté appel de cette ordonnance, notifiée à l'intéressée le 1er juillet 2026, sollicitant l'infirmation de l'ordonnance du 29 juin 2026 et la mainlevée de la mesure d'hospitalisation complète. Les parties ont été convoquées à l'audience du 6 juillet 2026 qui s'est tenue en chambre du conseil à la demande de Mme [Z] [A] conformément aux dispositions de l'article L.3211-12-2 du code de la santé publique. Par avis écrit reçu le 06 juillet 2026, le ministère public a conclu à la recevabilité de l'appel et à la confirmation de l'ordonnance précitée, au vu notamment du certificat de situation du 03 juillet 2026. A l'audience, le directeur de l'établissement ne comparaît pas. L'avocat de Mme [Z] [A], développant oralement ses conclusions écrites reçues le 02 juillet 2026, sollicite l'infirmation de l'ordonnance du 29 juin 2026 et la mainlevée de la mesure d'hospitalisation complète pour les motifs pouvant se résumer ainsi qu'il suit : Le caractère rétroactif prohibé de la décision d'admission prise le 18 juin 2026 à 16h47, sur la base d'un certificat médical établi à 08h03 L'absence d'information de la famille de l'admission en soins sans consentement dans le délai de 24 heures s'agissant d'une procédure de péril imminent Le caractère tardif et non justifié de la notification de la décision d'admission et de maintien en hospitalisation complète en soins sans consentement Mme [Z] [A] demande la levée de la mesure et expose qu'elle souhaite continuer son traitement et le suivi au CMP, come précédemment, indiquant n'avoir jamais interrompu ni l'un ni l'autre. La décision a été mise en délibéré pour être rendue par mise à disposition au greffe le 09 juillet 2026.

Motivations de la décision

MOTIVATION Selon l'article L. 3212-1 du code de la santé publique, une personne atteinte de troubles psychiques ne peut faire l'objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d'un établissement de santé que lorsque deux conditions sont réunies : ses troubles psychiques rendent impossible son consentement, son état mental impose des soins immédiats assortis soit d'une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d'une surveillance régulière justifiant une prise en charge en hospitalisation à temps partiel, ou sous la forme d'un programme de soins ambulatoires ou à domicile. Les dispositions de l'article L. 3211-12-1 du même code exigent que la poursuite au-delà de douze jours de l'hospitalisation sans son consentement d'un patient fasse l'objet d'un examen par le juge saisi par le directeur de l'établissement, s'agissant d'une hospitalisation en raison d'un péril imminent pour sa santé. Le juge contrôle la régularité formelle de l'ensemble de la procédure de soins psychiatriques sans consentement sous la forme de l'hospitalisation complète et la réunion des conditions de fond de cette dernière au regard de son caractère nécessaire, adapté et proportionné à la privation de liberté ainsi imposée à la personne hospitalisée. Dans l'exercice de son office, le juge ne saurait se substituer au médecin dans l'appréciation de l'état mental du patient et de son consentement aux soins (1re Civ., 27 septembre 2017, n°16-22.544). L'article R. 3211-24 dispose que l'avis médical joint à la saisine du juge doit décrire avec précision les manifestations des troubles mentaux dont est atteinte la personne qui bénéficie de soins psychiatriques et les circonstances particulières qui, toutes deux, rendent nécessaire la poursuite de l'hospitalisation complète au regard des conditions posées par l'article L. 3212-1 précité, tandis que l'article L. 3211-12-4 prévoit qu'un avis rendu par un psychiatre de l'établissement se prononçant sur la nécessité de poursuivre l'hospitalisation complète est adressé au greffe de la cour d'appel au plus tard 48 heures avant l'audience (délai sans sanction). Il résulte enfin de l'article L. 3216-1 que l'irrégularité affectant une décision administrative de soins psychiatriques sans consentement n'entraîne la mainlevée de la mesure que s'il en est résulté une atteinte aux droits de la personne qui en fait l'objet. Il appartient donc au juge de rechercher, d'abord, si l'irrégularité affectant la procédure est établie, puis, dans un second temps, si de cette irrégularité résulte une atteinte concrète aux droits de l'intéressé. Au surplus, si cette disposition donne compétence exclusive au juge judiciaire pour connaître des contestations relatives à la régularité des décisions administratives prises en matière de soins psychiatriques sans consentement, celui-ci n'est jamais tenu de relever d'office le moyen pris de l'irrégularité de la procédure au regard des dispositions du Code de la santé publique (1re Civ., 5 mars 2020, pourvoi n° 19-24.080, publié, 1re Civ., 5 mars 2020, pourvoi n°19-23.287, publié). 1. Sur la régularité de la procédure : La recevabilité de l'appel n'est ici ni discutée ni discutable, ce dernier ayant été formé dans le délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance en cause. L'article L3211-3 du Code de la santé publique dispose que : ' Lorsqu'une personne atteinte de troubles mentaux fait l'objet de soins psychiatriques en application des dispositions des chapitres II et III du présent titre ou est transportée en vue de ces soins, les restrictions à l'exercice de ses libertés individuelles doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées à son état mental et à la mise en 'uvre du traitement requis. En toutes circonstances, la dignité de la personne doit être respectée et sa réinsertion recherchée. Avant chaque décision prononçant le maintien des soins en application des articles L. 3212-4, L. 3212-7 et L. 3213-4 ou définissant la forme de la prise en charge en application des articles L. 3211-12-5, L. 3212-4, L. 3213-1 et L. 3213-3, la personne faisant l'objet de soins psychiatriques est, dans la mesure où son état le permet, informée de ce projet de décision et mise à même de faire valoir ses observations, par tout moyen et de manière appropriée à cet état. En outre, toute personne faisant l'objet de soins psychiatriques en application des chapitres II et III du présent titre ou de l'article 706-135 du code de procédure pénale est informée : a) Le plus rapidement possible et d'une manière appropriée à son état, de la décision d'admission et de chacune des décisions mentionnées au deuxième alinéa du présent article, ainsi que des raisons qui les motivent ; b) Dès l'admission ou aussitôt que son état le permet et, par la suite, à sa demande et après chacune des décisions mentionnées au même deuxième alinéa, de sa situation juridique, de ses droits, des voies de recours qui lui sont ouvertes et des garanties qui lui sont offertes en application de l'article L. 3211-12-1. L'avis de cette personne sur les modalités des soins doit être recherché et pris en considération dans toute la mesure du possible. (...)' Il en résulte : - d'une part, qu'une information est délivrée par le psychiatre avec possibilité d'observations de la part de la personne en soins sans consentement, avant la décision prise à l'issue de la période d'observation des 72 heures puis aux échéances mensuelles de renouvellement ; - d'autre part - et sans confusion avec l'information d'une autre nature ci-dessus évoquée, que tout délai pris pour l'information de la personne hospitalisée sans son consentement concernant tant la décision administrative d'admission, de maintien ou de réadmission que les droits ouverts ou maintenus doit être justifié au regard de son état, soit par mention sur l'imprimé de notification corroborée par les certificats médicaux si elle n'émane pas d'un psychiatre, soit au regard des certificats médicaux figurant au dossier ; - enfin, que l'irrégularité tirée du retard pris dans cette information non justifié porte concrètement atteinte aux droits de la personne hospitalisée sans son consentement puisque celle-ci, non informée de la décision et par là même des éventuels recours possibles comme de ses droits, se retrouve de fait placée dans l'impossibilité de les faire utilement valoir ; il ne saurait être tiré de conséquence de la convocation à l'audience de la personne hospitalisée dans le cadre du contrôle systématique par le juge judiciaire puisque d'une part, une telle conséquence qui permettrait d'écarter tout aussi systématiquement une atteinte aux droits reviendrait à dispenser l'auteur de la décision administrative de sa notification et d'autre part, les informations contenues dans la notification ne portent pas que sur la possibilité de saisine du juge judiciaire. Une telle atteinte aux droits de la personne hospitalisée sans son consentement entache alors la procédure d'irrégularité et impose la mainlevée de la mesure, nonobstant les certificats médicaux précis et circonstanciés qui auraient pu, sous réserve d'analyse, en justifier la poursuite. En l'espèce les décisions d'admission et de maintien ont été prises respectivement les 18 et 20 juin 2026 et notifiées les 19 et 22 juin 2026 à Mme [Z] [A]. Il n'existe pas d'élément permettant d'affirmer que le délai entre la décision et sa notification est justifié par son état de santé, alors même que dès le 18 juin 2026 à 10h31 le certificat médical dit des 24 heures indique qu'elle a été informé de manière adaptée à la décision d'admission et mise à même de faire valoir ses observations, la cour observant que cette information ne peut suppléer une notification de l'ensemble des droits attachés à la mesure et de prise de connaissance de celle-ci.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une hospitalisation complète sans consentement pour péril imminent ?
C'est une mesure d'urgence permettant d'hospitaliser une personne sans son accord lorsque son état présente un danger immédiat pour sa santé, sur décision du directeur de l'établissement.
Quelles sont les formalités obligatoires dans cette procédure ?
La décision d'admission doit être prise après un certificat médical et sans rétroactivité. La famille doit être informée dans les 24 heures. La notification de la décision doit être faite sans tarder.
Que se passe-t-il si la famille n'est pas informée dans les 24 heures ?
L'absence d'information de la famille dans ce délai constitue une irrégularité substantielle pouvant entraîner la mainlevée de l'hospitalisation, comme dans cette affaire.
La décision d'admission peut-elle être rétroactive ?
Non, la décision d'admission ne peut pas être rétroactive. Dans cette affaire, la cour a jugé que le caractère rétroactif était prohibé et a ordonné la mainlevée.
Comment contester une hospitalisation sans consentement ?
Vous pouvez interjeter appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans un délai de 10 jours. L'appel est examiné par le premier président de la cour d'appel.
Quels sont les recours après une mainlevée ?
Après la mainlevée, un programme de soins peut être établi dans les 24 heures. La décision de mainlevée peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation dans les 2 mois.
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