SUR QUOI :
- Sur la recevabilité de l'exception de nullité de l'acte de signification du 3 décembre 2024 :
L'article 74 du code de procédure civile énonce :
« Les exceptions doivent, à peine d'irrecevabilité, être soulevées simultanément et avant toute défense au fond ou fin de non-recevoir. Il en est ainsi alors même que les règles invoquées au soutien de l'exception seraient d'ordre public.
La demande de communication de pièces ne constitue pas une cause d'irrecevabilité des exceptions.
Les dispositions de l'alinéa premier ne font pas non plus obstacle à l'application des articles 103, 111, 112 et 118. »
Si les exceptions de nullité d'actes de procédure doivent être soulevées avant toute défense au fond, elles peuvent en revanche être soulevées après une demande au fond, en réponse à un moyen de défense soulevé par le défendeur. Ainsi, l'appelant auquel est opposé la tardiveté de son appel, peut opposer l'irrégularité de la signification qui a fait courir le délai d'appel, quand bien même il aurait auparavant conclu sur le fond.
En l'espèce, il ne saurait être reproché à M. [O] d'avoir conclu au fond avant de saisir le conseiller de la mise en état d'une demande d'annulation de l'acte de signification, dès lors qu'il soutient ne pas avoir eu connaissance de l'acte de signification litigieux et qu'il n'est pas établi qu'il ait eu connaissance de cet acte avant la saisine, par la Société Générale, du conseiller de la mise en état pour statuer sur la tardiveté de l'appel.
Il en résulte que l'exception de nullité de l'acte de signification du 3 décembre 2024, soulevée devant le conseiller de la mise en état est recevable.
- Sur la nullité de l'acte de signification du 3 décembre 2024:
Selon l'article 654 du code de procédure civile, la signification doit être faite à personne et ce n'est que si celle-ci n'est pas possible que l'article 655 prévoit qu'elle soit faite à domicile ou à résidence, à défaut de domicile connu.
Selon l'article 656 du même code, il ne peut être recouru à la signification à domicile avec remise de l'acte à l'étude de l'huissier de justice que lorsque personne ne peut ou ne veut recevoir l'acte au domicile du destinataire et s'il résulte des vérifications faites par l'huissier que le destinataire demeure bien à l'adresse indiquée. Dans ce cas, l'huissier doit déposer à ce domicile un avis de passage et adresser à la personne une lettre simple l'avisant de la signification (article 658 du cpc).
L'article 655 du cpc exige de l'huissier de justice de 'relater dans l'acte les diligences qu'il a accomplies pour effectuer la signification à la personne de son destinataire et les circonstances caractérisant l'impossibilité d'une telle signification'.
L'impossibilité de remettre l'acte à personne doit ressortir de l'acte même et non d'un élément extrinsèque (2e Civ., 30 juin 1993, Bull. 1993, II, n 238, pourvoi n 91-21.216). A défaut, et à condition d'avoir causé un grief, la signification est nulle pour vice de forme.
En principe, la seule circonstance que l'huissier de justice a mentionné dans l'acte que la signification à personne s'est avérée impossible est insuffisante à caractériser une telle impossibilité. L'huissier de justice doit mentionner non seulement les investigations concrètes qu'il a effectuées pour retrouver le destinataire, mais également les raisons qui ont empêché la signification à personne
En l'espèce, la signification du jugement à M. [G] [O] rend compte des diligences suivantes :
« Au domicile du destinataire dont la certitude est caractérisée par les éléments suivants :
le nom du destinataire sur la boîte aux lettres
le nom du destinataire sur le parlophone.
La signification à la personne même du destinataire de l'acte s'avérant impossible pour les raisons : personne ne répondant à mes appels.
N'ayant trouvé au domicile du signifié aucune personne susceptible de recevoir la copie de l'acte ou de me renseigner, et n'ayant pu rencontrer le signifié sur son lieu de travail, cet acte a été déposé en notre Etude sous enveloppe fermée, ne comportant d'autres indications que d'un côté le nom et l'adresse du destinataire de l'acte (')
Un avis de passage daté de ce jour, mentionnant la nature de l'acte »
Or, la Cour de cassation juge de manière constante que la seule mention dans l'acte de l'huissier de justice que le nom du destinataire de l'acte figure sur la boîte aux lettres n'est pas de nature à établir, en l'absence de mention d'autres diligences, la réalité du domicile du destinataire de l'acte, et partant ne satisfait pas aux exigences de l'article 656 du code de procédure civile ( Civ. 2Ème, 8 septembre 2022/ pourvois n° 21-12.352 et 21 -16.183).
En indiquant qu'il n'a trouvé au domicile aucune personne susceptible de recevoir l'acte et qu'il n'a pu rencontrer le signifié sur son lieu de travail, le commissaire de justice n'a pas fait état de diligences précises.
Il ne justifie notamment d'aucune enquête de voisinage alors que suivant un procès-verbal de constat établi par la Selarl [T] et Associés, commissaires de justice à Cannes, M. [G] [O] a fait constater le 26 novembre 2025 que l'adresse à laquelle le jugement a été signifié, est celle d'un immeuble en copropriété dénommé « Palais gothique « , ce dont il résulte que plusieurs voisins étaient donc susceptibles de renseigner le commissaire de justice qui ne mentionne pourtant aucune tentative d'entrer en contact avec les occupants de l'immeuble.
En outre, et alors même qu'il invoque le lieu de travail du signifié, le commissaire de justice ne donne aucune indication permettant de confirmer que des recherches effectives ont été faites sur un lieu de travail qui n'est pas davantage désigné.
Enfin, le fait que l'adresse à laquelle cette signification a été faite soit la même que celle qui figure dans tous les actes de procédure délivrés à la requête de M. [O] tout au long de la procédure devant le tribunal de commerce d'Avignon, ne dispensait nullement le commissaire de justice de procéder aux vérifications imposées par les textes sus-visés.
De même, le fait que M. [O] ait manqué à son obligation contractuelle de signaler tout changement d'adresse, n'a d'effet que dans ses relations avec sa créancière, mais n'exonère pas le commissaire de justice chargé de la signification, de procéder aux diligences pour lesquelles il est mandaté.
Si la Société Générale met en doute la bonne foi de M. [G] [O] sur son changement d'adresse, il apparaît cependant que ce dernier justifie d'une réexpédition de son loyer du [Adresse 4] à [Localité 7] au [Adresse 6] à [Localité 7], pour la période du 29 novembre 2021 au 31 mai 2022, et d'un contrat de location pour un bail d'habitation à son nom, en date du 15 novembre 2021, à cette deuxième adresse.
En jugeant que le jugement dont appel n'avait pas été signifié régulièrement à M. [G] [O], que ce dernier avait ainsi été privé de son droit de faire appel dans le respect des délais légaux, le conseiller de la mise en état a fait une juste appréciation des éléments de la cause et a caractérisé l'existence d'un grief au préjudice de M. [O].
L'acte de signification du jugement dont appel étant nul, le délai d'appel n'a pas couru et l'appel interjeté par M. [G] [O] est recevable.
- Sur les frais de l'instance:
La Société Générale qui succombe en ses demandes, devra supporter les dépens de l'instance et payer à M. [G] [O] la somme de 1 500 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile