Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, rétentions, 16 juillet 2026 — n° 26/00379

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le placement en rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'un arrêté d'expulsion est-il justifié en l'absence de risque de soustraction et de menace actuelle à l'ordre public ?

Principe retenu

Le placement en rétention administrative doit être fondé sur un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement et sur une menace actuelle pour l'ordre public. Des faits anciens et l'absence de non-respect des obligations de présentation peuvent constituer des garanties de représentation suffisantes.

Faits clés

  • M. [U], ressortissant vietnamien, fait l'objet d'un arrêté ministériel d'expulsion du 24 juin 2026.
  • Il a été condamné en 1997 pour viol en réunion à 5 ans d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis.
  • Depuis sa condamnation, il n'a fait l'objet d'aucune autre condamnation et est âgé de 44 ans.
  • Il a respecté ses obligations de présentation dans le cadre d'une assignation à résidence.
  • Il vit en France avec sa compagne et ses enfants, facteurs d'ancrage familial.

Articles cités

article L741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L771-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE Vu l'arrêté ministériel d'expulsion du 15 avril 2003 à l'encontre de Monsieur [G] [P] [U], Vu l'arrêté ministériel du 10 mai 2023 plaçant M. [U] sous assignation à résidence dans l'attente de l'arrêté d'expulsion, Vu l'arrêté ministériel d'expulsion du 24 juin 2026 à l'encontre de Monsieur [G] [P] [U], Vu l'ordonnance du 7 juillet 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Perpignan chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés autorisant les services de police à pénétrer au domicile de M. [U], Vu la décision de placement en rétention administrative du 09 juillet 2026 du préfet des Bouches du Rhône de Monsieur [G] [P] [U], pendant quatre-vingt-seize heures dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire; Vu la requête de Monsieur [G] [P] [U] en contestation de la décision de placement en rétention administrative en date du 10 juillet 2026 ; Vu la requête de MONSIEUR [E] DES BOUCHES DU [N] en prolongation de la rétention de Monsieur [G] [P] [U], en date du 12 juillet 2026 ; Vu l'ordonnance du 13 juillet 2026 à 16h47 notifiée le même jour à la même heure, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Perpignan chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés. Vu la déclaration d'appel faite le 15 Juillet 2026 par MONSIEUR [E] [K], transmise au greffe de la cour d'appel de Montpellier le même jour à 14H01, Vu les courriels adressés le 15 Juillet 2026 à MONSIEUR [Q] [Localité 4] [V] [D] l'informant que l'audience publique sera tenue ce jour à 09 H 30 et l' invitant à prendre toutes les dispositions utiles pour faire remettre à Monsieur [G] [P] [U] l'avis à comparaître à cette audience par l'intermédiaire des services de police ou de gendarmerie compétents, Vu la note d'audience du 16 juillet 2026, mentionnant les prétentions et moyens développés par les parties,

Motivations de la décision

MOTIFS : Sur la recevabilité de l'appel : Le 15 Juillet 2026, à 14H01, MONSIEUR [E] [V] [D] a formalisé appel motivé de l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Perpignan chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés du 13 Juillet 2026 notifiée à 16h47, soit dans le délai prévu à l'article R 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur la requête en contestation de l'arrêté de placement en rétention: L'article L741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose: ' L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification.' L'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose: 'l'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de 96 heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. Ce risque est apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ou au regard de la menace pour l'ordre public que l'étranger représente'. En vertu de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : 'Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.' L'article L742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose: 'Le maintien en rétention au-delà de quatre-vingt-seize heures à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, dans les conditions prévues au présent titre, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi à cette fin par l'autorité administrative.' L'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que si le juge ordonne la prolongation dela rétention, celle-ci court pour une période de vingt-six jours à compter de l'expiration du délai de 96 heures mentionné à l'article L. 741-1. Enfin, conformément à l'article L 741-3, un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. En l'espèce, la préfecture fait valoir les éléments suivants : - l'existence d'une adresse ne constitue pas à elle seule une garantie effective d'exécution de l'arrêté - M. [U] est dépourvu de passeport ou de document de voyage valide nécessitant l'engagement d'une procédure d'identification aurpès des autorités étrangères et l'obtention d'une laissez-passer consulaire - les précédentes assignations à résidence n'ont pas permis l'exécution de l'éloignement - les déclarations de l'intéressé révèlent sa volonté de demeurer en France et constituent un risque de soustraction - la gravité exceptionnelle de la condamnation de M. [U] pour des faits de viol en réunion commis avec plusieurs circonstances aggravantes sans que lécoulement du temps ne puisse être retenu comme un élément d'appréciation faisant disparaitre automatiquement la gravité intrinsèque des faits - l'absence alléguée de nouvelle condamnation ne suffit pas à caractériser une erreur manifes te du préfet - le juge judiciaire ne peut remettre indirectement en cause le bien fondé de l'arrêté d'expulsion. Sur la prolongation de la rétention, la préfecture fait valoir que le placement en rétention est une mesure temporaire destinée à l'exécution d'une décision distincte, que la réalité et l'intensité de certaines attaches alléguées ne sont pas suffisamment établies, que sa situation familiale ne neutralise pas les impératifs d'exécution de l'arrêté d'expulsion, que M. [U] ne peut plus se prévlaoir de sa qualité de réfugié qui a pris fin par décision de l'OFPRA du 18 avril 2025. Cependant, c'est par une juste appréciation des éléments qui lui étaient soumis que la cour adopte et complète que le premier a déclaré la requête de M. [U] recevable et ordonné la mainlevée de la mesure de rétention administrative. En effet, si l'existence d'une adresse ne constitue pas à elle seule une garantie effective d'exécution de l'arrêté, elle demeure toutefois un élément de garantie à examiner au regart d'autres critères de garantie. Or, M. [U] justifie en premier lieu d'une adresse effective par la production des attestations de Mme [A] [M] qui atteste vivre avec lui depuis 2021 à [Localité 5] mais il produit en second lieu d'autres garanties ; ainsi, Mme [A] [M] atteste de ce qu'ils ont eu un enfant [A] [F] ensemble né le 18 juin 2014 à [Localité 6]. Il est également versé des factures EDF établies aux deux noms ainsi qu'un contrat de travail à durée déterminée signé entre M. [U] et la SAS Galilée d'Aubagne, se terminant en mai 2027. Ces pièces produites justifient de ses attaches dans la région de [Localité 5]. Il est observé que M. [U] était bien présent à son domicile lors de la visite domicilaire ordonnée par le magistrat le 7 juillet 2026. La situation familiale est donc bien facteur d'ancrage et non re risque de soustraction. Lors de la visite domiciliaire, M. [U] a remis aux forces de l'ordre le récépissé et la carte de réfugié expirés. Mais l'absence de passeport ou pièce d'identité n'a pas empêché l'existente de précédentes décisions d'assignation à résidence dont la dernière date de juin 2026 selon la déclaration d'appel établie par la préfecture.

Dispositif

Déclarons l'appel recevable, Confirmons la décision déférée en toutes ses dispositions, Fait à Montpellier, au palais de justice, le 16 Juillet 2026 à 10h15 . Le greffier, La magistrate déléguée,

Questions fréquentes

Quels sont les critères pour contester un placement en rétention administrative ?
Vous pouvez contester le placement en rétention si vous démontrez que vous présentez des garanties de représentation suffisantes (attaches familiales, respect des obligations de présentation) et que la menace à l'ordre public n'est pas actuelle. Dans cette affaire, le juge a annulé la rétention car l'étranger avait une famille en France et n'avait pas été condamné depuis 25 ans.
Une condamnation vieille de 25 ans justifie-t-elle une rétention administrative ?
Non, pas nécessairement. Dans cette décision, le juge a estimé que des faits de viol en réunion datant de 1997, malgré leur gravité, ne constituaient plus une menace actuelle pour l'ordre public, d'autant que l'intéressé n'avait pas récidivé et avait respecté ses obligations.
Comment prouver que je ne vais pas me soustraire à une mesure d'éloignement ?
Vous pouvez prouver votre ancrage familial (conjoint, enfants), votre respect des obligations de présentation antérieures (assignation à résidence), et l'absence de tentative de fuite. Dans cette affaire, l'étranger avait remis ses documents et s'était présenté aux convocations.
Qu'est-ce que le risque de soustraction dans le cadre de la rétention ?
Le risque de soustraction est la probabilité que l'étranger se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. Il s'apprécie au regard de ses garanties de représentation (domicile, famille, respect des obligations). En l'espèce, le juge a estimé qu'il n'y avait pas de risque car l'intéressé avait des attaches familiales et avait respecté ses obligations.
Puis-je être placé en rétention administrative si j'ai des attaches familiales en France ?
Oui, en théorie, mais vos attaches familiales sont un facteur important pour démontrer l'absence de risque de soustraction. Dans cette affaire, le juge a retenu que la situation familiale (compagne et enfants) était un facteur d'ancrage et a annulé la rétention.
Quel est le rôle du juge dans la contestation d'une rétention administrative ?
Le juge vérifie la légalité du placement en rétention, notamment l'existence d'un risque de soustraction et la menace actuelle pour l'ordre public. Il peut annuler la rétention si ces conditions ne sont pas remplies, comme dans cette affaire où le juge a confirmé l'annulation.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.