Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 16 juillet 2026 — n° 26/03989

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge peut-il refuser la deuxième prolongation de la rétention administrative d'un étranger en l'absence d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public, lorsque l'intéressé justifie de garanties de représentation suffisantes ?

Principe retenu

La deuxième prolongation de la rétention administrative au-delà de trente jours n'est possible que dans les cas limitativement énumérés par l'article L. 742-4 du CESEDA, notamment en cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public. Le juge peut refuser la prolongation si l'étranger présente des garanties de représentation suffisantes, telles que des attaches familiales et une domiciliation.

Faits clés

  • M. [U] [P] [A] [Q], de nationalité péruvienne, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 13 juin 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le 13 juin 2026 et une première prolongation de 26 jours a été ordonnée le 17 juin 2026.
  • Le 12 juillet 2026, le préfet a saisi le juge aux fins de deuxième prolongation de la rétention.
  • Le premier juge a ordonné la mise en liberté au motif qu'il n'y avait ni urgence absolue ni menace pour l'ordre public, et que l'intéressé s'engageait à rejoindre l'Espagne où résident sa compagne et leur enfant né le 7 janvier 2026.
  • Le préfet a interjeté appel en soutenant que le premier juge avait statué ultra petita en examinant la régularité de l'arrêté de placement en rétention.

Articles cités

article L. 742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 742-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 612-3 8° du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE M. [U] [P] [A] [Q], né le 26 janvier 2000 à [Localité 1], de nationalité péruvienne, a été placé en rétention administrative par arrêté du 13 juin 2026, sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français du même jour. Par ordonnance du 17 juin 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 3] a ordonné la prolongation du maintien en rétention de M. [U] [P] [A] [Q] pour une durée de vingt-six jours. Le 12 juillet 2026, le préfet a saisi le juge du tribunal judiciaire de Paris aux fins de prolongation de la rétention administrative. Par ordonnance du 13 juillet 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 3] a ordonné la mise en liberté de M. [U] [P] [A] [Q] au motif qu'il n'y a plus lieu de maintenir la mesure de rétention administrative à l'encontre de l'intéressé en l'absence d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public, l'intéressé s'engageant à rejoindre l'Espagne, pays de sa résidence effective de sa compagne et de leur enfant commun né le 7 janvier 2026. Le conseil du préfet a interjeté appel de cette décision le 14 juillet 2026 en sollicitant l'infirmation de l'ordonnance, au motif que le premier juge ne pouvait déclarer irrégulier l'arrêté de placement en rétention au motif qu'il serait disproportionné, faute pour l'intéressé d'avoir contesté la légalité du placement en rétention dans un délai de 96 heures et que le juge a donc statué ultra petita.

Motivations de la décision

MOTIVATION Aux termes de l'article L742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. Au cas d'espèce, le premier juge n'a pas statué sur la régularité de l'arrêté de placement en rétention mais sur les conditions permettant une deuxième prolongation de la mesure de rétention administrative, de telle sorte que le grief du préfet selon lequel le premier juge aurait statué ultra petita doit être rejeté. Par ailleurs l'ordonnance critiquée est motivée et relève les garanties de représentations fondées sur les pièces justifiant de son intention de se rendre en Espagne, lieu de sa résidence effective et pays dans lequel vit sa compagne et leur enfant commun. La déclaration d'appel ne démontre pas que M. [U] [P] [A] [Q] ne disposerait pas de telles garanties, au regard notamment de l'adresse de sa domiciliation au sens de l'article L. 612-3 8° du CESEDA et de ses attaches fortes sur le territoire depuis le 7 janvier 2026, date de naissance de son enfant. Il y a donc lieu d'adopter les motifs retenus par le premier juge et de confirmer sa décision. PAR CES MOTIFS CONFIRMONS l'ordonnance,

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 3] le 16 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS: Pour information: L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour une deuxième prolongation de la rétention administrative ?
Selon l'article L. 742-4 du CESEDA, la deuxième prolongation au-delà de 30 jours n'est possible qu'en cas d'urgence absolue, de menace pour l'ordre public, ou d'impossibilité d'exécuter l'éloignement due à la perte de documents, à la dissimulation d'identité, à une obstruction volontaire, ou à un défaut de délivrance de documents de voyage par le consulat.
Le juge peut-il refuser la prolongation de ma rétention si j'ai des attaches familiales en France ?
Oui, le juge peut refuser la prolongation si vous présentez des garanties de représentation suffisantes, comme des attaches familiales (conjoint, enfant) et une domiciliation stable. Dans cette affaire, l'intéressé avait un enfant né en France et s'engageait à rejoindre sa compagne en Espagne, ce qui a été considéré comme des garanties suffisantes.
Que signifie 'urgence absolue' dans le cadre de la rétention administrative ?
L'urgence absolue est une situation où un danger immédiat et grave justifie le maintien en rétention sans délai. Elle n'est pas caractérisée par la simple présence d'un enfant ou des attaches familiales. Dans cette décision, l'absence d'urgence absolue a été un motif de refus de prolongation.
Puis-je être libéré si je m'engage à quitter la France pour un autre pays ?
Oui, si vous justifiez de garanties de représentation suffisantes, comme un engagement à rejoindre un pays où vous avez des attaches familiales. Dans cette affaire, l'intéressé s'est engagé à rejoindre l'Espagne où résidaient sa compagne et son enfant, ce qui a été accepté par le juge.
Le juge peut-il examiner la régularité du placement en rétention lors d'une demande de prolongation ?
Non, le juge ne peut pas statuer sur la régularité de l'arrêté de placement en rétention si celle-ci n'a pas été contestée dans le délai de 96 heures. En l'espèce, la cour d'appel a précisé que le premier juge n'avait pas statué sur la régularité du placement mais sur les conditions de la deuxième prolongation.
Quels sont les recours possibles contre une décision de prolongation de rétention ?
Vous pouvez interjeter appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans un délai de 24 heures. Le pourvoi en cassation est également possible dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.