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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 13 juillet 2026 — n° 26/03931

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'absence de proposition d'alimentation pendant une garde à vue de près de 10 heures rend-elle irrégulière la procédure de placement en rétention administrative ?

Principe retenu

L'absence de proposition d'alimentation durant un laps de temps de près de 10 heures en garde à vue, sans circonstance particulière l'expliquant, constitue une atteinte substantielle à la dignité de la personne et entraîne l'irrégularité de la procédure, justifiant le rejet de la requête de prolongation de la rétention.

Faits clés

  • M. [L] [X], de nationalité tunisienne, a été placé en rétention administrative le 4 juillet 2026.
  • Il a été privé d'alimentation pendant près de 10 heures lors de sa garde à vue.
  • Aucune circonstance ne permettait d'expliquer ce délai sans alimentation.
  • Les conditions de la garde à vue ne faisaient pas obstacle à des propositions d'alimentation.
  • L'absence de proposition d'alimentation a été jugée attentatoire à la dignité.

Exposé du litige

Exposé des faits et de la procédure Monsieur [L] [X], né le 21 février 1997 à [Localité 2], de nationalité tunisienne, a été placé en rétention par arrêté en date du 4 juillet 2026, sur la base d'un arrêté préfectoral portant OQTF en date du 19 mars 2025. Par ordonnance en date du 15 juin 2026, le magistrat du siège en charge du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 3] a fait droit à la requête de la préfecture aux fins de prolongation de la mesure de rétention. Monsieur [L] [X] a interjeté appel, il sollicite l'infirmation de la décision en soulevant les moyens suivants : L'irrégularité de la procédure, notamment pour défaut d'alimentation L'illégalité de l'arrêté de placement en rétention Le préfet du Val-d'Oise demande la confirmation de l'ordonnance.

Motivations de la décision

Motivation Il appartient au juge judiciaire, en sa qualité de gardien de la liberté individuelle, de se prononcer sur les irrégularités, invoquées par l'étranger, affectant les procédures préalables à la notification de la décision de placement en rétention. (2e Civ., 28 juin 1995, pourvois n° 94-50.002, n° 94-50.006, et n° 94-50.005). Aux termes de l'article L. 743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi d'une demande sur ce motif ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée du placement ou du maintien en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter substantiellement atteinte aux droits de l'étranger dont l'effectivité n'a pu être rétablie par une régularisation intervenue avant la clôture des débats. Il résulte des articles 63-5 et 64 du code de procédure pénale que la garde à vue doit s'exécuter dans des conditions assurant le respect de la dignité de la personne et que des procès-verbaux mentionnent les heures auxquelles la personne placée en garde à vue a pu s'alimenter. L'OPJ doit mentionner les demandes faites et les suites qui y ont été réservées. Ces procès-verbaux font foi jusqu'à preuve contraire. En l'espèce Monsieur [L] [X] a été placé en garde à vue le 3 juillet 2026 à 20h35 et ne s'est vu proposer un premier repas que le lendemain matin, le 4 juillet 2026 à 06h20. Si certaines circonstances peuvent justifier qu'une personne privée de liberté puisse ne pas être alimentée, par exemple dans le cas où elle indiquerait qu'elle vient de prendre un repas, cette circonstance ne saurait être présumée, quelle que soit l'heure d'arrivée en garde à vue, en l'absence de mention en ce sens en procédure. Or, aucune circonstance ne permet d'expliquer ce délai de presque 10 heures sans alimentation et, au regard des pièces de la procédure, les conditions de la garde à vue ne faisaient pas obstacle à ce que des propositions d'alimentation soient adressées à la personne en garde à vue, ce qui aurait permis d'établir qu'elle 'a pu' s'alimenter même si elle ne l'a pas fait. Dans ce contexte, l'absence de proposition d'alimentation durant un tel laps de temps est de nature à porter une atteinte substantielle à la dignité de la personne. PAR CES MOTIFS INFIRMONS la décision, Statuant à nouveau, DECLARONS irrégulière la procédure, REJETONS la requête de la préfecture de l'Essonne, DISONS n'y avoir lieu à maintien en rétention de Monsieur [L] [X], LUI RAPPELONS qu'il a l'obligation de quitter le territoire national, DISONS que la présente ordonnance sera notifiée à l'intéressé par l'intermédiaire du chef du centre de rétention administrative (avec traduction orale du dispositif de l'ordonnance dans la langue comprise par l'intéressé ),

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 4] le 13 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'interprète L'avocat de l'intéressé

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une garde à vue irrégulière pour défaut d'alimentation ?
Une garde à vue est irrégulière si l'administration n'a pas proposé d'alimentation à la personne retenue pendant une période prolongée (près de 10 heures dans cette affaire), sans circonstance particulière l'expliquant, ce qui constitue une atteinte à la dignité.
Comment contester une rétention administrative fondée sur une garde à vue irrégulière ?
Vous pouvez interjeter appel de l'ordonnance de prolongation de rétention en invoquant l'irrégularité de la procédure de garde à vue, notamment le défaut de proposition d'alimentation, comme dans cette affaire où la cour d'appel a infirmé la décision.
Quels sont les droits des étrangers en garde à vue avant une rétention ?
Les étrangers en garde à vue ont droit à des propositions d'alimentation régulières, à un traitement digne, et à l'assistance d'un avocat. Le non-respect de ces droits peut entraîner l'irrégularité de la procédure et la mainlevée de la rétention.
Quelle est la conséquence d'une absence de proposition d'alimentation en garde à vue ?
L'absence de proposition d'alimentation pendant près de 10 heures, sans justification, est considérée comme une atteinte substantielle à la dignité, entraînant l'irrégularité de la procédure et le rejet de la demande de prolongation de rétention.
Puis-je obtenir la mainlevée de ma rétention si je n'ai pas été nourri en garde à vue ?
Oui, comme dans cette affaire, si vous démontrez que vous n'avez pas reçu de proposition d'alimentation pendant une période significative (près de 10 heures) et que cela porte atteinte à votre dignité, le juge peut ordonner la mainlevée de la rétention.
Quels sont les recours après une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez interjeter appel dans les 24 heures devant le premier président de la cour d'appel, en soulevant des moyens comme l'irrégularité de la procédure de garde à vue. En cas de rejet, un pourvoi en cassation est possible dans les deux mois.
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