Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 14 juillet 2026 — n° 26/03960

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

L'arrêté de placement en rétention administrative est-il suffisamment motivé au regard de la situation personnelle de l'étranger, notamment en présence d'une adresse stable, d'un emploi et de démarches de régularisation ?

Principe retenu

Le placement en rétention administrative doit être justifié par des motifs précis et circonstanciés, tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. L'absence de documents de voyage et d'adresse stable ne suffit pas à caractériser un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire si l'étranger dispose d'une résidence effective et permanente, d'un emploi stable et de démarches en cours de régularisation.

Faits clés

  • M. [E] [M], de nationalité malienne, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 7 juillet 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le même jour.
  • Il réside à la même adresse depuis le 7 août 2020 et paie une contribution mensuelle de 203 euros.
  • Il occupe un emploi stable depuis 6 ans.
  • Il a engagé des démarches de régularisation depuis janvier 2026, avec un contentieux pendant devant le tribunal administratif.

Articles cités

article L.741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE PARIS L. 742-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ORDONNANCE DU 14 juillet 2026 (1 pages) Numéro d'inscription au répertoire général et de décision : B N° RG 26/03960 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNQZJ Décision déférée : ordonnance rendue le 11 juillet 2026, à 14h00, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris Nous, Laurence Arbellot, conseillère à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Roxanne Therasse, greffière aux débats et au prononcé de l'ordonnance, APPELANT LE PREFET DE POLICE représenté par Me Thomas Ngaga du cabinet Actis Avocats, avocats au barreau du Val-de-Marne INTIMÉ M. [E] [M] né le 07 Janvier 1986 à [Localité 1], de nationalité malienne demeurant [Adresse 1] LIBRE, non comparant, non représenté, convoqué par le commissariat territorialement compétent à l'adresse ci-dessus indiquée ; MINISTÈRE PUBLIC, avisé de la date et de l'heure de l'audience, ORDONNANCE : - réputée contradictoire, - prononcée en audience publique, - Vu l'ordonnance du 11 juillet 2026 du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris déclarant recevable la requête en contestation de la légalité du placement en rétention, ordonnant la jonction des deux procédures, constatant l'irrégularité de la décision de placement en rétention de l'intéressé, ordonnant en conséquence la mise en liberté de l'intéressé, et rappelant à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire national ; - Vu l'appel motivé interjeté le 13 juillet 2026, à 13h37, par le conseil du préfet de police ; - Après avoir entendu les observations du conseil du préfet tendant à l'infirmation de l'ordonnance ;

Motivations de la décision

SUR QUOI, M. [E] [M], né le 7 janvier 1986 à [Localité 1], de nationalité malienne, a été placé en rétention administrative par arrêté du 7 juillet 2026, sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français du même jour. Le 8 juillet 2026, le conseil de M. [E] [M] a saisi le juge du tribunal judiciaire de Paris d'une requête en contestation de la régularité de la décision de placement en rétention. Le 10 juillet 2026, le préfet a saisi le juge du tribunal judiciaire de Paris aux fins de prolongation de la rétention administrative. Par ordonnance du 11 juillet 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2] a joint les deux procédures, a constaté l'irrégularité de la décision de placement en rétention et ordonné la mise en liberté de M. [E] [M] au motif que l'arrêté de placement apparaîssait insuffisamment motivé au regard de la situation personnelle de l'intéressé. Le conseil du préfet a interjeté appel de cette décision le 12 juillet 2026 en sollicitant l'infirmation de l'ordonnance, aux motifs suivants : - La présence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement, en ce que : o L'intéressé n'a pas remis de passeport en cours de validité ; o L'intéressé ne justifie pas d'une résidence effective et permanente, en ce qu'il loge actuellement dans un hébergement d'urgence proposé par l'association caritative " la péniche du c'ur ", pouvant être considéré comme trop précaire pour répondre aux exigences légales. MOTIVATION Il appartient au juge chargé du contrôle de cette mesure de vérifier le bien-fondé de la décision de placement en rétention, notamment au regard des dispositions de l'article L.741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet le placement en rétention administrative d'une personne qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. Le risque mentionné au premier alinéa est apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ou au regard de la menace pour l'ordre public que l'étranger représente. L'article L.741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de sa notification. Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18. ". En application de l'article L.741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de 96 heures, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. Le risque mentionné au premier alinéa est apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 ou au regard de la menace pour l'ordre public que l'étranger représente. " Par ailleurs, l'article L.741-3 du même code prévoit que " Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. " Enfin, l'article L. 741-4 énonce que " La décision de placement en rétention prend en compte l'état de vulnérabilité et tout handicap de l'étranger. Le handicap moteur, cognitif ou psychique et les besoins d'accompagnement de l'étranger sont pris en compte pour déterminer les conditions de son placement en rétention. " Le préfet n'est pas tenu de faire état dans sa décision de tous les éléments de la situation personnelle de l'intéressé dès lors que les motifs positifs qu'il retient suffisent à justifier le placement en rétention en l'absence notamment de documents de voyage et d'adresse stable et permanente. Il y a lieu de se placer à la date à laquelle le préfet a statué pour procéder à l'examen de la légalité de l'arrêté de placement en rétention. En l'espèce, c'est par des motifs qu'il convient d'adopter que le premier juge a relevé que l'intéressé disposait d'une adresse stable et permanente à la " [Adresse 2] " sans discontinuité depuis le 7 août 2020 pour laquelle il s'acquitte d'une contribution mensuelle de 203 euros, qu'il dispose d'un emploi stable occupé depuis 6 années, qu'il a entrepris des démarches en vue de sa régularisation depuis le mois de janvier 2026 (contentieux pendant devant le tribunal administratif de Paris) et que les menaces à l'ordre public étaient insuffisamment établies en l'absence de suite judiciaire aux faits visés ayant donné lieu à une garde à vue. Il convient dès lors de confirmer la décision en ce qu'elle a considéré l'arrêté comme insuffisamment motivé au regard de la situation personnelle de l'intéressé et en ce qu'elle a déclaré la décision de placement irrégulière. Il convient dès lors de confirmer l'ordonnance. PAR CES MOTIFS CONFIRMONS l'ordonnance

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 2] le 14 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS: Pour information: L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant

Questions fréquentes

Quels sont les motifs valables pour un placement en rétention administrative ?
Le placement en rétention est possible si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire et présente un risque de soustraction à cette mesure. Ce risque peut être caractérisé par l'absence de documents d'identité, l'absence de domicile stable, ou des antécédents de non-respect des mesures d'éloignement. Toutefois, la décision doit être motivée en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé.
Puis-je être placé en rétention si j'ai un emploi et un logement stable ?
Non, en principe, si vous justifiez d'une adresse stable et d'un emploi durable, le préfet ne peut pas vous placer en rétention au seul motif que vous n'avez pas de passeport. Dans l'affaire jugée, le juge a annulé la rétention car l'intéressé avait un logement stable depuis plusieurs années, un emploi depuis 6 ans, et avait engagé des démarches de régularisation.
Comment contester un arrêté de placement en rétention ?
Vous pouvez saisir le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire dans les 48 heures suivant la notification de l'arrêté. Le juge vérifie la régularité de la décision et peut ordonner votre mise en liberté si la motivation est insuffisante ou si les conditions légales ne sont pas remplies.
Qu'est-ce qu'un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire ?
C'est la probabilité que l'étranger ne se présente pas pour exécuter la mesure d'éloignement. Ce risque peut être évalué en fonction de l'absence de documents de voyage, de l'absence de domicile fixe, ou de comportements antérieurs. Cependant, la simple absence de passeport ne suffit pas si l'étranger dispose d'autres garanties de représentation.
Les démarches de régularisation protègent-elles contre la rétention ?
Oui, le fait d'avoir engagé des démarches de régularisation (comme un recours devant le tribunal administratif) est un élément positif qui peut être pris en compte pour écarter le risque de soustraction. Dans cette affaire, le juge a retenu que l'intéressé avait un contentieux pendant, ce qui montrait sa volonté de se conformer à la procédure.
Quel est le rôle du juge dans le contrôle de la rétention administrative ?
Le juge des libertés et de la détention contrôle la légalité de la décision de placement en rétention. Il vérifie que l'arrêté est suffisamment motivé et que les conditions de l'article L.741-1 du CESEDA sont remplies. Il peut annuler la rétention et ordonner la mise en liberté s'il estime que la décision est irrégulière.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.