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Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 17 juillet 2026 — n° 26/04041

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le procureur de la République peut-il obtenir un effet suspensif de son appel contre une ordonnance mettant fin à la rétention administrative en raison de l'absence de garanties de représentation de l'étranger ?

Principe retenu

L'effet suspensif de l'appel du ministère public contre une ordonnance mettant fin à la rétention administrative peut être accordé si l'étranger ne dispose pas de garanties de représentation effectives ou en cas de menace grave pour l'ordre public. En l'espèce, l'absence de domicile connu et de résidence effective constitue un défaut de garanties de représentation justifiant la suspension des effets de l'ordonnance.

Faits clés

  • M. [E] [N], de nationalité tunisienne, a été placé en rétention administrative après une garde à vue et une CRPC.
  • Lors de la CRPC, il n'a pas indiqué de domicile connu.
  • Le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris a constaté l'irrégularité de la procédure et mis fin à la rétention le 16 juillet 2026.
  • Le procureur de la République a interjeté appel le 16 juillet 2026 à 17h30 avec demande d'effet suspensif.
  • L'appel a été notifié à l'intéressé, son avocat et le préfet de police.

Articles cités

article L. 743-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE PARIS Pôle 1 - Chambre 11 L. 743-22 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ORDONNANCE DU 17 juillet 2026 RECOURS SUSPENSIF (1 pages) Numéro d'inscription au numéro général et de décision : B N° RG 26/04041 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNRMF Décision déférée : ordonnance rendue le 16 juillet 2026, à 13h23, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris Nous, Stéphanie Gargoullaud, présidente de chambre, à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Roxanne Therasse, greffière au prononcé de l'ordonnance, APPELANT LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE PRÈS LE TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PARIS INTIMÉ : M. X se disant [E] [N] né le 13 Juillet 2002 de nationalité Tunisienne ayant pour conseil en première instance, Me Sema Akman, avocat au barreau de Paris ORDONNANCE : contradictoire - Vu l'ordonnance du 16 juillet 2026, à 13h23, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris constatant l'irrégularité de la procédure, disant n'y avoir lieu à mesure de surveillance et de contrôle, rappelant à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire national ; - Vu la notification de l'ordonnance au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris, le 16 Juillet 2026 , à 15h03 ; - Vu l'appel de ladite ordonnance interjeté le 16 Juillet 2026, à 17h30, par ledit procureur avec demande d'effet suspensif ; - Vu les notifications du recours suspensif du 16 juillet 2026, faites par le parquet : - à Monsieur X se disant [E] [N] à 17h40, - à Me Sema Akman, avocat au barreau de Paris à 17h30, - et au préfet de police, à 17h30 ; - En l'absence d'observations suite aux notifications ;

Motivations de la décision

SUR QUOI, Aux termes de l'article L. 743-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 'le ministère public peut demander au premier président de la cour d'appel ou à son délégué de déclarer son recours suspensif lorsqu'il lui apparaît que l'intéressé ne dispose pas de garanties de représentation effectives ou en cas de menace grave pour l'ordre public. Dans ce cas, l'appel est accompagné de la demande qui se réfère à l'absence de garanties de représentation effectives ou à la menace grave pour l'ordre public, et transmis au premier président de la cour d'appel ou à son délégué. Celui-ci décide, sans délai, s'il y a lieu de donner à cet appel un effet suspensif, en fonction des garanties de représentation dont dispose l'étranger ou de la menace grave pour l'ordre public, par une ordonnance motivée rendue contradictoirement et qui n'est pas susceptible de recours./ L'intéressé est maintenu à la disposition de la justice jusqu'à ce que cette ordonnance soit rendue et, si elle donne un effet suspensif à l'appel du ministère public, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond. / Par dérogation au présent article, l'appel interjeté contre une décision mettant fin à la rétention est suspensif lorsque l'intéressé a été condamné à une peine d'interdiction du territoire pour des actes de terrorisme prévus au titre II du livre IV du code pénal ou s'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée pour un comportement lié à des activités à caractère terroriste. L'intéressé est maintenu à la disposition de la justice jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond.' A titre liminaire, il est rappelé qu'aux termes de la décision n° 2025-1158 QPC du 12 septembre 2025, l'étranger ne peut, sans que le procureur de la République ait forméappel de cette ordonnance et saisi le premier président de la cour d'appel ou son délégué d'une demande tendant à voir déclarerson recours suspensif, être maintenu à la disposition de la justice au-delà de six heures à compter de la notification de l'ordonnance à ce magistrat, durée prévue par la loi du 16 juin 2011 dont le Conseil constitutionnel a jugé, par sa décision du 9 juin 2011 mentionnée ci-dessus, qu'elle ne méconnaît pas la Constitution. En l'expèce, la déclaration d'appel est intervenue dans les délais impartis. L'appel du procureur de la République a été notifié aux parties conformément aux dispositions légales et règlementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La demande tendant à ce que soit ordonné l'effet suspensif de l'appel vise l'absence de garanties de représentation de l'intimé, élément déterminant pour l'appréciation du juge. Or il résulte des pièces de la procédure que M. [E] [N] a été placé en rétention à l'issue d'une garde à vue et d'une CRPC au cours de laquelle il n'a pas indiqué de domicile connu. Il ne peut être retenu, en l'état des pièces du dossier, qu'il disposerait d'une résidence effective dans l'attente de sa comparution devant la cour d'appel. Ainsi, indépendamment de toute appréciation sur la légalité de la décision de placement en rétention administrative, il se déduit de ces circonstances que l'intimé ne présente pas de garanties suffisantes et risque de se soustraire, si elle lui est défavorable, à la décision d'appel. Il y a donc lieu de suspendre les effets de l'ordonnance déférée. PAR CES MOTIFS DÉCLARONS suspensif l'appel du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris, ORDONNONS le maintien à la disposition de la justice de Monsieur X se disant [E] [N], jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, à l'audience du 18 juillet 2026, à 11h00, INFORMONS Monsieur X se disant [E] [N], de ce qu'il sera statué au fond, à l'audience du 18 juillet 2026, à 11h00, DISONS que la présente ordonnance vaut convocation à ladite audience

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 1], le 17 juillet 2026 LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, LA PRÉSENTE DÉCISION N'EST PAS SUSCEPTIBLE DE RECOURS.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'effet suspensif de l'appel en matière de rétention administrative ?
L'effet suspensif permet de maintenir l'étranger en rétention pendant que l'appel du procureur est examiné, malgré une ordonnance de mainlevée. Il est accordé si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes ou en cas de menace grave pour l'ordre public.
Quelles sont les conditions pour que le procureur obtienne un effet suspensif ?
Le procureur doit démontrer soit l'absence de garanties de représentation effectives de l'étranger (ex: absence de domicile connu), soit une menace grave pour l'ordre public. Dans cette affaire, l'absence de domicile connu a été retenue.
Que signifie 'absence de garanties de représentation' ?
Cela signifie que l'étranger ne présente pas de garanties suffisantes qu'il se présentera aux convocations de la justice, par exemple parce qu'il n'a pas de domicile stable ou de résidence effective. En l'espèce, M. [E] [N] n'avait pas indiqué de domicile lors de sa CRPC.
Puis-je être maintenu en rétention pendant l'appel du procureur ?
Oui, si le premier président de la cour d'appel ou son délégué accorde l'effet suspensif à l'appel du procureur. Vous êtes alors maintenu à disposition de la justice jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond de l'appel.
Quels sont mes recours si le procureur obtient l'effet suspensif ?
L'ordonnance accordant l'effet suspensif n'est pas susceptible de recours. Vous pouvez toutefois contester le fond de l'appel lors de l'audience prévue, où la cour d'appel statuera sur la légalité de la rétention.
Qu'est-ce que l'article L. 743-22 du CESEDA ?
Cet article permet au ministère public de demander au premier président de la cour d'appel de déclarer son recours suspensif lorsqu'il apparaît que l'étranger ne dispose pas de garanties de représentation effectives ou en cas de menace grave pour l'ordre public. Il prévoit également le maintien à disposition de la justice jusqu'à la décision sur l'effet suspensif.
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