Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 17 juillet 2026 — n° 26/04023

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La notification simultanée de l'obligation de quitter le territoire français et du placement en rétention, sans délai suffisant pour exercer les droits, rend-elle la procédure irrégulière et justifie-t-elle le rejet de la demande de prolongation de la rétention ?

Principe retenu

La notification des droits en rétention doit être effectuée de manière à permettre à l'étranger d'exercer effectivement ses droits. La notification simultanée de plusieurs décisions (OQTF et placement en rétention) sans laisser un délai suffisant pour les comprendre et les contester séparément constitue une irrégularité portant atteinte aux droits substantiels de la personne retenue. Cette irrégularité entraîne l'infirmation de l'ordonnance de prolongation et le rejet de la demande du préfet.

Faits clés

  • M. [Z] [I], de nationalité indienne, a fait l'objet d'une OQTF le 25 juin 2026 et d'un placement en rétention le même jour.
  • La notification de l'OQTF et du placement en rétention a été faite simultanément le 9 juillet 2026.
  • L'interprétariat a été assuré par téléphone, ce qui a été jugé injustifié.
  • Le juge n'a pas pu vérifier que l'OQTF précédait le placement en rétention.
  • L'intéressé n'a pas été mis en mesure d'exercer les droits propres à chaque décision dans un délai raisonnable.

Exposé du litige

EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE M. [Z] [I], se disant [N], né le 24 février 1992 à [Localité 1], de nationalité indienne, a été placé en rétention administrative par arrêté du 25 juin 2026, notifié le 9 juillet 2026 à l'intéressé, sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français du 25 juin 2026. Le 10 juillet 2026, M. [Z] [I] a saisi le juge du tribunal judiciaire de Meaux d'une requête en contestation de la régularité de la décision de placement en rétention. Le 13 juillet 2026, le préfet a saisi le juge du tribunal judiciaire de Meaux aux fins de prolongation de la rétention administrative. Par ordonnance du 14 juillet 2026, le magistrat du siège chargé du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2] a ordonné la prolongation du maintien en rétention de M. [Z] [I]. Le conseil de M. [Z] [I] a interjeté appel de cette décision le 15 juillet en sollicitant l'infirmation de l'ordonnance, aux motifs suivants : - L'irrégularité de la notification des droits en rétention par le recours injustifié à l'interprétariat téléphonique ; - La notification irrégulière et simultanée des décisions d'éloignement, sans l'assistance d'un interprète ; - L'irrecevabilité de la requête pour défaut d'actualisation et d'émargement du registre ; - L'irrégularité de l'arrêté de placement en rétention en ce qu'il repose sur une OQTF irrégulièrement notifiée à l'intéressé, en l'absence de tout interprète, alors qu'il ne parle pas français. Le préfet sollicite la confirmation de l'ordonnance critiquée.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur l'irrégularité de la procédure tirée de la notification simultanée des décisions de placement en rétention et d'éloignement Aux termes de l'article L.743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, toute juridiction, y compris la Cour de cassation, qui est saisie d'une demande d'annulation ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée de la mesure de placement en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l'étranger. L'article L.741-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que le placement en rétention ne prend effet qu'à compter de sa notification et l'article L.744-4 que « l'étranger placé en rétention est informé dans les meilleurs délais qu'il bénéficie, dans le lieu de rétention, du droit de demander l'assistance d'un interprète, d'un conseil et d'un médecin, et qu'il peut communiquer avec son consulat et toute personne de son choix. Ces informations lui sont communiquées dans une langue qu'il comprend. » Il est exact que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et de placement en rétention et l'arrêté d'interdiction de retourner sur le territoire, ainsi que les droits afférents à chaque décision ont été notifiés concomitamment à 14h25 le 3 juillet 2026. L'intéressé fait valoir à juste titre que cette concomitance ne permet pas au juge de vérifier que l'OQTF précédait le placement en rétention, ni qu'il a été mis en mesure d'exercer les droits propres à ces deux décisions, qui en contiennent en réalité trois, dans un tel laps de temps unique. L'irrégularité de la notification du placement en rétention et des droits y afférents est en conséquence avérée. Cette irrégularité porte nécessairement atteinte aux droits substantiels de la personne retenue en ce qu'elle empêche le juge de vérifier que la décision d'éloignement a précédé celle du placement en rétention et, surtout, que l'information de l'intéressé sur ses droits a été efficiente. L'ordonnance du premier juge doit en conséquence être infirmée de ce chef et la requête rejetée sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres moyens. PAR CES MOTIFS INFIRMONS l'ordonnance critiquée, Statuant à nouveau, DECLARONS irréfulière la procédure, REJETONS la demande de prolongation de la mesure présentée par le préfet, ORDONNONS la remise en liberté de M. [Z] [J], se disant [N] [I], LUI RAPPELONS qu'il a l'obligation de quitter le territoire national, DISONS que la présente ordonnance sera notifiée à l'intéressé par l'intermédiaire du chef du centre de rétention administrative (avec traduction orale du dispositif de l'ordonnance dans la langue comprise par l'intéressé),

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance. Fait à [Localité 3] le 17 juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRÉSIDENT, REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS : Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Le préfet ou son représentant L'interprète L'avocat de l'intéressé

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une notification simultanée et pourquoi est-ce un problème ?
Dans cette affaire, l'OQTF et le placement en rétention ont été notifiés en même temps, sans laisser à la personne le temps de comprendre et de contester chaque décision séparément. Cela a été jugé comme une irrégularité car cela empêche l'exercice effectif des droits.
Que faire si l'interprète était au téléphone et non présent ?
L'utilisation de l'interprétariat téléphonique sans justification a été considérée comme un élément d'irrégularité dans cette affaire, car elle ne garantit pas une information efficace. Si vous êtes dans ce cas, vous pouvez contester la procédure.
Mon placement en rétention est-il valable si l'OQTF a été notifiée en même temps ?
Non, selon cette décision, la notification simultanée de l'OQTF et du placement en rétention est irrégulière car elle ne permet pas de vérifier que l'OQTF précède le placement et que les droits sont correctement exercés. Cela a conduit à la remise en liberté.
Quels sont mes droits lors d'une rétention administrative ?
Vous avez le droit d'être informé de vos droits dans une langue que vous comprenez, d'avoir un interprète, un avocat, et de contester la mesure. Une notification irrégulière de ces droits peut entraîner l'annulation de la procédure.
Comment contester une prolongation de rétention ?
Vous pouvez faire appel de l'ordonnance de prolongation devant le premier président de la cour d'appel dans un délai de 48 heures. Dans cette affaire, l'appel a abouti à une remise en liberté en raison d'irrégularités.
Qu'est-ce qu'une atteinte aux droits substantiels ?
C'est une violation des droits fondamentaux qui affecte le fond de la procédure, comme le droit à un procès équitable ou à une information claire. Ici, l'irrégularité de notification a été jugée comme portant atteinte aux droits substantiels de la personne retenue.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.