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Cour d'appel, rétention_recoursjld, 20 juillet 2026 — n° 26/00733

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Synthèse de la décision

Question juridique

La seconde prolongation exceptionnelle de la rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une interdiction du territoire est-elle légale en l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement malgré les diligences de l'administration ?

Principe retenu

La prolongation exceptionnelle de la rétention administrative au-delà de 26 jours est possible si l'administration justifie de diligences suffisantes pour obtenir un laissez-passer consulaire et s'il existe des perspectives raisonnables d'éloignement. En l'espèce, les démarches auprès des autorités algériennes et l'absence de preuve de refus définitif permettent de considérer que les perspectives d'éloignement existent.

Faits clés

  • Interdiction définitive du territoire français prononcée le 20 octobre 2025 par le tribunal correctionnel de Grasse
  • Placement en rétention administrative le 17 juin 2026
  • Première prolongation de 26 jours ordonnée le 21 juin 2026, confirmée en appel le 23 juin 2026
  • Seconde prolongation exceptionnelle de 30 jours demandée par le préfet le 16 juillet 2026
  • Diligences de l'administration : saisine du consulat d'Algérie le 18 juin 2026, relance le 8 juillet 2026, demande de routing le 15 juillet 2026

Articles cités

article 66 de la constitution du 4 octobre 1958 article L.741-1 du CESEDA article L.742-1 du CESEDA article L.742-4 du CESEDA article L.743-9 du CESEDA article R.741-3 du CESEDA article R.743-1 du CESEDA article R.743-19 du CESEDA article R.743-20 du CESEDA article R.743-21 du CESEDA

Exposé du litige

Ordonnance N°729 N° RG 26/00733 - N° Portalis DBVH-V-B7K-KAA2 Recours c/ déci TJ Nîmes 17 juillet 2026 [D] C/ LE PREFET DES ALPES MARITIMES COUR D'APPEL DE NÎMES Cabinet du Premier Président Ordonnance du 20 JUILLET 2026 (Au titre de l'article L. 742-4 du CESEDA) Nous, Madame Maryline ARISTIDE, Conseillère à la Cour d'Appel de Nîmes, désignée par le Premier Président de la Cour d'Appel de Nîmes pour statuer sur les appels des ordonnances du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assistée de Mme Audrey BACHIMONT, Greffière, Vu l'interdiction de territoire français prononcée le 20 octobre 2025 par le tribunal correctionnel de Nice notifiée le même jour, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 17 juin 2026, notifiée le même jour à 12h20 concernant : M. [I] [D] né le 10 Janvier 1988 à [Localité 1] de nationalité Algérienne Vu la requête reçue au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative le 16 juillet 2026 à 12h41, enregistrée sous le N°RG 26/03421 présentée par M. le Préfet des Alpes Maritimes ; Vu l'ordonnance rendue le 17 Juillet 2026 à 15h00 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative sur seconde prolongation, à titre exceptionnel qui a : * Déclaré la requête recevable ; * Ordonné pour une durée maximale de 30 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 26 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [I] [D] ; * Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter du 17 juillet 2026 ; Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [I] [D] le 18 Juillet 2026 à 15h30 ; Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de Nîmes régulièrement avisé ; Vu l'absence du Préfet des Alpes Maritimes, régulièrement convoqué ; Vu l'assistance de Mme [G] [A] [K] interprète en langue arabe inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel de Nîmes ; Vu la comparution de Monsieur [I] [D], régulièrement convoqué ; Vu la présence de Me Marc ROUX substitué par Me Perrine TEISSONNIERE, avocat de Monsieur [I] [D] qui a été entendu en sa plaidoirie ;

Motivations de la décision

MOTIFS : Monsieur [I] [D] a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire national prononcée le 20 octobre 2025 par le tribunal correctionnel de GRASSE, notifiée le même jour. Monsieur [I] [D] a fait l'objet d'une interpellation le 15 juin 2026 à [Localité 2]. Le 17 juin 2026, il a été placé en rétention administrative par arrêté du même jour de la préfecture des Alpes-Maritimes qui lui a été notifié le 17 juin 2026 à 12 heures 20. Sur requête du Préfet des Alpes-Maritimes, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a, par ordonnance prononcée en présence de Monsieur [I] [D] le 21 juin 2026 et confirmée en appel le 23 juin 2026, ordonné la prolongation de cette mesure de rétention pour vingt-six jours. Par requête en date du 16 juillet 2026, le Préfet des Alpes-Maritimes a sollicité que la mesure de rétention administrative de Monsieur [I] [D] soit de nouveau prolongée pour trente jours et le 17 juillet 2026 à 15 heures 00, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a fait droit à cette demande. Monsieur [I] [D] a interjeté appel de cette ordonnance le 17 juillet 2025 à 15 heures 30. A l'audience, Monsieur [I] [D] : - Indique dans sa déclaration d'appel qu'en dépit des diligences effectuées par l'Administration, il n'y a aucune preuve qu'un laissez-passer soit délivré et qu'un éloignement puisse intervenir au cours de sa rétention'; - Précise à l'audience être père de deux enfants qui demeurent en Algérie, vouloir repartir en Algérie mais ne pouvant le faire dans la mesure où il lui est dit qu'il doit attendre l'autorisation des autorités'; - Sollicite l'infirmation de l'ordonnance querellée et sa remise en liberté immédiate. Son avocat - Allègue d'un défaut de diligences de l'administration et de la très grande difficulté pour l'administration à obtenir un laissez-passer de la part des autorités algériennes. Monsieur le Préfet des Alpes-Maritimes n'est pas représenté SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL : L'appel interjeté par Monsieur [I] [D] à l'encontre d'une ordonnance du magistrat du siège du Tribunal judiciaire de Nîmes dûment notifiée a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21 et R.743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est donc recevable. SUR LES MOYENS ET ÉLÉMENTS NOUVEAUX INVOQUÉS EN CAUSE D'APPEL : L'article 563 du Code de Procédure Civile dispose que «'pour justifier en appel les prétentions qu'elles avaient soumises au premier juge, les parties peuvent invoquer des moyens nouveaux, produire de nouvelles pièces ou proposer de nouvelles preuves.'» L'article 565 du même code précise : «'Les prétentions ne sont pas nouvelles dès lors qu'elles tendent aux mêmes fins que celles soumises au premier juge même si leur fondement juridique est différent'». Sauf s'ils constituent des exceptions de procédure, au sens de l'article 74 du code de procédure civile, les moyens nouveaux sont donc recevables en cause d'appel. Pour être recevables en appel, les exceptions de nullité relatives aux contrôles d'identité, conditions de la garde à vue ou de la retenue et d'une manière générale celles tenant à la procédure précédant immédiatement le placement en rétention doivent avoir été soulevées in «'limine litis'» en première instance. Le contentieux de la contestation de la régularité du placement en rétention (erreur manifeste d'appréciation de administration ou défaut de motivation) ne peut être porté devant la cour d'appel que s'il a fait l'objet d'une requête écrite au magistrat du siège de la première instance dans les 48 heures du placement en rétention, sauf à vider de leur sens les dispositions légales de l'article R.7413 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposant un délai strict de 48h et une requête écrite au magistrat. L'article L.743-11 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose en outre que «'à peine d'irrecevabilité, prononcée d'office, aucune irrégularité antérieure à une audience à l'issue de laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la mesure ne peut être soulevée lors d'une audience ultérieure'». En l'espèce, tous les moyens soulevés sont recevables. SUR LE FOND : Au motif de fond sur son appel, Monsieur [I] [D] soutient qu'il n'existe à son sujet aucune perspective d'éloignement malgré les diligences de l'administration et que sa rétention ne se justifie donc plus. Selon l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation de la rétention au-delà de la période de 30 jours dans les cas suivants : « 1° en cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public'; 2° lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement'; 3° lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison': a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement'; b) de l'absence de moyens de transport.'» La prolongation de la rétention court alors «'à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours ». Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient, un étranger ne pouvant être placé ou maintenu en rétention «'que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet'». 1. L'urgence': Sur la menace à l'ordre public': En l'espèce, Monsieur [I] [D] a été condamné le 20 octobre 2025 par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine d'emprisonnement de 6 mois d'emprisonnement ferme. La qualification des faits pour lesquels l'intéressé a été condamné et la peine prononcée à son égard, tant par sa nature que par son quantum, permettent d'établir que la présence de Monsieur [I] [D] sur le territoire national constitue une menace pour l'ordre public. 2. L'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement': 3A. Imputable à l'étranger': En l'espèce, la mesure d'éloignement n'a pas pu être exécutée dans la mesure où Monsieur [I] [D] était dépourvu au moment de son interpellation de passeport en cours de validité ainsi que de tout document d'identité. En l'espèce, le consulat d'Algérie dont Monsieur [I] [D] se déclare ressortissant, a été saisi d'une demande d'identification et de laissez-passer le 19 juin 2026 auprès des autorités consulaires algériennes à [Localité 2]. Cette demande a été renouvelée le 10 juillet 2026. L'administration est en attente dans ces conditions d'un retour des autorités consulaires, ce retour ne pouvant être exclu dans la mesure où l'administration a joint à sa demande une identification positive par SCCOPOL ALGER du 9 février 2026 alors qu'il avait indiqué se nommer [I] [N] (identité sous laquelle l'interdiction définitive du territoire national a d'ailleurs été prononcée par le tribunal correctionnel de Grasse). La délivrance d'un laissez-passer ou tout autre document de voyage implique que la nationalité et donc l'identité de l'intéressé aient été formellement établies.

Dispositif

DECLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [I] [D] ; CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ; RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 1]. Fait à la Cour d'Appel de Nîmes, Le 20 Juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRESIDENT, ' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 3] à M. [I] [D], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe. Le à H Signature du retenu Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel à : Monsieur [I] [D], pour notification par le CRA, Me Marc ROUX, avocat, Le Préfet des Alpes Maritimes, Le Directeur du CRA de [Localité 3], Le Ministère Public près la Cour d'Appel de Nîmes, Le Magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes.

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir une seconde prolongation exceptionnelle de la rétention administrative ?
La seconde prolongation exceptionnelle est possible si l'administration justifie de diligences suffisantes pour obtenir un laissez-passer consulaire et s'il existe des perspectives raisonnables d'éloignement. En l'espèce, le préfet avait saisi le consulat d'Algérie et effectué des relances, ce qui a été jugé suffisant.
Que se passe-t-il si le consulat ne délivre pas le laissez-passer rapidement ?
L'administration doit démontrer qu'elle a accompli des démarches actives et qu'il n'y a pas de refus définitif. Dans cette affaire, malgré l'absence de réponse du consulat, les relances et la demande de routing ont été considérées comme des diligences suffisantes pour maintenir la rétention.
Quels sont les délais pour faire appel d'une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'appel doit être interjeté dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance. En l'espèce, l'appel a été formé le lendemain de l'ordonnance, ce qui a été jugé recevable.
L'administration doit-elle prouver ses diligences pour obtenir un laissez-passer ?
Oui, l'administration doit justifier de diligences suffisantes et précises. Dans cette décision, le préfet a produit des pièces montrant la saisine du consulat, une relance et une demande de routing, ce qui a été jugé suffisant.
Quels sont les droits d'un étranger en rétention administrative ?
L'étranger a droit à un interprète, à un avocat, à être informé de ses droits, et à contester la rétention devant le juge. Dans cette affaire, l'intéressé a été assisté d'un interprète en arabe et d'un avocat.
La durée maximale de rétention est-elle de 90 jours ?
Oui, la durée maximale de rétention administrative est de 90 jours, mais elle peut être prolongée par tranches. Cette décision concerne une seconde prolongation de 30 jours, portant la durée totale à 56 jours à ce stade.
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