Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, etrangers, 19 juillet 2026 — n° 26/01079

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle justifiée en l'absence de perspectives d'éloignement ?

Principe retenu

La prolongation de la rétention administrative au-delà de trente jours peut être ordonnée dans les cas prévus à l'article L. 742-4 du CESEDA, notamment en cas d'urgence absolue, de menace pour l'ordre public, ou lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage ou de la dissimulation par l'étranger de son identité. Toutefois, la rétention ne peut être prolongée que si l'administration justifie de diligences suffisantes pour exécuter la mesure d'éloignement et que des perspectives raisonnables d'éloignement existent.

Faits clés

  • M. [S] [P], ressortissant algérien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'un an le 27 août 2024.
  • Il a été placé en rétention administrative le 19 mai 2026 par le préfet du Pas-de-Calais.
  • Le juge du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer a ordonné une troisième prolongation de la rétention pour 30 jours le 17 juillet 2026.
  • L'appelant conteste cette prolongation en invoquant l'absence de perspectives d'éloignement.
  • L'administration n'a pas démontré de diligences suffisantes pour exécuter l'éloignement.

Articles cités

article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 743-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R. 743-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R. 743-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article 455 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE M. [S] [P] a fait l'objet d'un arrêté portant placement en rétention administrative ordonné par M le préfet du Pas-de-[Localité 3] le 19 mai 2026 notifié à 14h35 en exécution d'un arrêté de M le Préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d'une durée d'un an pris le 27 août 2024 et notifié le 14 septembre 2024. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer en date du 17 juillet 2026 à 10h45 ordonnant une troisième prolongation du placement en rétention administrative de M. [S] [P] pour une durée de 30 jours. Vu la déclaration d'appel de M. [S] [P] du 17 juillet 2026 à 15h53 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance dont appel ainsi que la mainlevée du placement en rétention administrative. Au soutien de sa déclaration d'appel, l'appelant reprend le moyen tiré de l' absence de perspectives d'éloignement. Suivant courriel du 18 juillet 2026 à 9h56, le conseil représentant M le Préfet du Pas-de-[Localité 3] demande le rejet du moyen et la confirmation de l' ordonnance.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION L'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile modifié par la loi n°2025-796 du 11 août 2025 art 4 (V) dispose que : "le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours. » Selon l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. Ces dispositions trouvent leur traduction en droit de l'Union au sein de l'article 15 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008, dites directive retour :selon l'article 15.1, quatrième alinéa : « Toute rétention est aussi brève que possible et n'est maintenue qu'aussi longtemps que le dispositif d'éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise ». Aux termes de l'article 15.4 : « Lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté». Ainsi, dans le cadre des règles édictées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le droit de l'Union, l'objectif manifeste du législateur est d'empêcher le maintien d'un étranger en rétention si celui-ci n'est plus justifié par la mise en 'uvre de son éloignement. L'article 66 de la Constitution, qui confère au juge judiciaire le rôle de gardien de la liberté individuelle, implique que ce magistrat est seul compétent pour mettre fin à la rétention lorsqu'elle ne se justifie plus pour quelque motif que ce soit (Tribunal des conflits, 12 janvier 2015, n° 3986) . Il est ainsi tenu, même d'office (CJUE, 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid), de vérifier qu'il existe une réelle perspective que l'éloignement puisse être mené à bien, eu égard aux délais légaux de la rétention administrative. La perspective raisonnable d'éloignement n'existe pas lorsqu'il paraît peu probable que l'intéressé soit accueilli dans un pays tiers avant l'expiration de ce délai (CJUE, grande chambre, 30 novembre 2009, affaire n° C-357/09), lequel peut, selon le droit français, être porté à quatre-vingt-dix jours sous réserve des dispositions spécifiques des articles L. 742-6 et L. 742-7 du code précité. En l'espèce, l'appelant soutient que l'absence de perspectives d'éloignement vers l' Algérie résulte du refus du consulat algérien de délivrer un laissez-passer consulaire . Si l'administration et le premier juge font valoir que le consulat algérien n'a pas refusé de délivrer un laissez-passer consulaire et que la reconnaissance de l'étranger par son pays d'origine permet au contraire de considérer qu'un laissez-passer consulaire pourra être délivré , il convient de constater que la réponse du 26 juin 2026 confirme que la délivrance du laissez-passer consulaire n'est pas envisagée à cette date par le consulat algérien, après l'audition de M. [S] [P] du 19 juin 2026 . En effet, le consulat algérien fait mention dans le même document des ressortissants pour lesquels la délivrance du laissez-passer consulaire est prévue alors que s'agissant de M. [S] [P] , le consulat algérien fait valoir qu'il a justifié de sa situation familiale , soit d'une part, de son arrivée en France à l'âge de 10 ans dans le cadre d'un regroupement familial et d'autre part, de ses deux enfants mineurs dont l'un est de nationalité française. Si les autorités étrangères ont l'obligation de rapatrier leurs ressortissants et ne peuvent remettre en cause la mêsure d'éloignement de même que le juge judiciaire , le refus de délivrer le laissez-passer consulaire est implicite selon les usages du langage diplomatique et l' administration ne justifie pas avoir relancé depuis le consulat algérien pour qu'il soit procédé à un nouvel examen de la situation de l'intéréssé. La situation de menace à l'ordre public visée par le premier juge ne peut pas dans ces conditions permettre le maintien de la prolongation de la rétention alors qu'il est justifié par l'appelant de l'absence de perspectives d'éloignement. Le moyen doit être accueilli Il convient d'infirmer l'ordonnance en ce qu'elle a fait droit à la requête de la préfecture en ordonnant la prolongation de la rétention de M. [S] [P] d'une durée maximale de 30 jours et d'ordonner la mainlevée de la mesure de rétention de l'intéressé. PAR CES MOTIFS DÉCLARONS recevable l'appel, INFIRMONS l'ordonnance, Statuant à nouveau, DISONS n'y avoir lieu à prolongation de la rétention administrative de Monsieur [S] [P] , RAPPELONS à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire français, DISONS que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ; DISONS que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à M. [S] [P] par l'intermédiaire du greffe du centre de rétention administrative par truchement d'un interprète en tant que de besoin, à son conseil et à l'autorité administrative ;

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'État. Le greffier Le magistrat délégataire A l'attention du centre de rétention, le dimanche 19 juillet 2026 Bien vouloir procéder à la notification de l'ordonnance en sollicitant, en tant que de besoin, l'interprète intervenu devant le premier président ou le conseiller délégué : Me Marine BOEN Le greffier N° RG 26/01079 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W3R6 REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE 00 DU 19 Juillet 2026 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 1]) : Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Reçu copie et pris connaissance le à (heure) : - M. [S] [P] - par truchement téléphonique d'un interprète en tant que de besoin - nom de l'interprète (à renseigner) : - décision transmise par courriel au centre de rétention de [Localité 2] pour notification à M. [S] [P] le dimanche 19 juillet 2026 - décision transmise par courriel pour notification à PREFECTURE DU PAS DE [Localité 3] et à Maître Marine BOEN le dimanche 19 juillet 2026 - décision communiquée au tribunal administratif de Lille - décision communiquée à M. le procureur général - copie au tribunal judiciaire de de BOULOGNE SUR MER Le greffier, le dimanche 19 juillet 2026 N° RG 26/01079 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W3R6

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour prolonger la rétention administrative au-delà de 30 jours ?
Selon l'article L. 742-4 du CESEDA, la prolongation est possible en cas d'urgence absolue, de menace pour l'ordre public, ou si l'impossibilité d'exécuter l'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage ou de la dissimulation de l'identité par l'étranger. De plus, l'administration doit justifier de diligences suffisantes et de perspectives raisonnables d'éloignement.
Que se passe-t-il si l'administration ne peut pas exécuter l'éloignement ?
Si l'administration ne démontre pas de perspectives raisonnables d'éloignement, la prolongation de la rétention peut être refusée et la mainlevée ordonnée, comme dans cette affaire où l'appelant a obtenu la mainlevée faute de perspectives.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'étranger peut faire appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans un délai de 24 heures. L'appel est examiné par le premier président de la cour d'appel ou son délégué, comme dans ce cas.
Qu'est-ce qu'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ?
C'est une mesure administrative par laquelle un étranger est tenu de quitter la France. Elle peut être assortie d'une interdiction de retour. Dans cette affaire, M. [P] avait fait l'objet d'une OQTF sans délai avec interdiction de retour d'un an.
Quels sont les droits d'un étranger en rétention administrative ?
L'étranger retenu a droit à l'assistance d'un avocat, d'un interprète, à l'information sur ses droits, et peut contester la rétention. Il peut également demander l'asile. Dans cette affaire, l'appelant a été assisté par un avocat commis d'office.
Qu'est-ce que la mainlevée de la rétention ?
C'est la décision de mettre fin à la rétention administrative, ordonnée par le juge lorsque les conditions légales ne sont pas remplies. Ici, la cour a ordonné la mainlevée car l'administration n'a pas prouvé de perspectives d'éloignement.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.