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Cour d'appel, rétention administrative, 18 juillet 2026 — n° 26/01193

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Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle justifiée lorsque l'éloignement n'a pas pu être exécuté en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat, malgré deux tentatives d'éloignement ayant échoué ?

Principe retenu

Selon l'article L742-4 du CESEDA, la prolongation de la rétention au-delà de trente jours peut être ordonnée lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage, de la dissimulation de l'identité ou de l'obstruction volontaire à l'éloignement. Le défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat constitue un obstacle justifiant la prolongation, même après deux tentatives d'éloignement infructueuses, dès lors que des perspectives raisonnables d'éloignement existent.

Faits clés

  • Monsieur [B] [P], ressortissant tunisien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 mai 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le même jour.
  • Deux tentatives d'éloignement ont échoué, des vols réservés ayant dû être annulés.
  • Les autorités consulaires tunisiennes ont reconnu l'intéressé lors d'une audition.
  • Le consulat n'a pas délivré les documents de voyage nécessaires à l'éloignement.

Articles cités

article L740-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

PROCÉDURE ET MOYENS Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ; Vu l'arrêté portant obligation de quitter le territoire national pris le 18 mai 2026 par la PREFECTURE DES ALPES MARITIMES , notifié le même jour à 17h15 ; Vu la décision de placement en rétention prise le 18 mai 2026 par la PREFECTURE DES ALPES MARITIMES notifiée le même jour à 17h15; Vu l'ordonnance du 17 Juillet 2026 rendue par le magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention décidant le maintien de Monsieur [B] [P] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ; Vu l'appel interjeté le 17 Juillet 2026 à 17H02 par Monsieur [B] [P] ; Monsieur [B] [P] a refusé de comparaître ( procès-verbal de Madame [K], sous-brigadier de police, du 18 juillet 2026 à 13h55) Son avocat a été régulièrement entendu ; il conclut : Je reprends la totalité des moyens de la déclaration d'appel de Forum Réfugiés. Je soulève que Monsieur a été auditionné par les autorités tunisiennes, et a été reconnu par les autorités consulaires. Il y a eu deux tentatives d'éloignement qui ont complètement échoué. La Cour d'appel d'Aix en Provence préconnise dans sa jurisprudence que si la personne a été reconnue par son pays d'origine la rétention ne doit pas être maintenue dans ce sens,la personne ayant été déjà reconnue. Sur question de la présidente : Je reprends bien le moyen des conditions non remplies de la troisième prolongation , même si le moyen transmis ne correspond pas aux nouvelles conditions notamment celle de l'ordre public.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité. Selon les nouvelles dispositions de l'article L742-4 du Ceseda, qui ont remplacé celles de l'ancien article L 742-5 auquel la déclaration d'appel renvoie, 'Le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours'. Aux termes de l'article L741-3 du CESEDA, "Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet." Il appartient au juge, en application de l'article L. 741-3 du CESEDA de rechercher concrètement les diligences accomplies par l'administration pour permettre que l'étranger ne soit maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. Cela induit, sauf circonstances insurmontables, la production de pièces par l'administration qui établissent ces diligences, en fonction de la situation de l'étranger. Par ailleurs, il convient de rappeler que la réalisation d'actes sans véritable effectivité, tels que des relances auprès des consulats n'est pas requis dès lors que l'administration ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires. En l'espèce, il résulte de la procédure que les autorités consulaires tunisiennes ont été saisi d'une demande de laissez-passer consulaire le 19 mai 2026 et ont fait état d'une identification en cours, laquelle ne devrait pas poser difficulté compte tenu de leur précédente reconnaissance de l'intéressé comme un de leurs ressortissants en 2023. Le fait que le laissez-passer n'ait pas encore été délivré, et que deux vols réservés ont dû être annulés, ne caractérise donc pas une absence de perpectives raisonnables d'éloignement. La prolongation de la rétention de l'intéressé est justifiée notamment par le défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont il relève, l'exigence antérieure du bref délai n'étant plus d'actualité.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement par décision par décision réputée contradictoire en dernier ressort, après débats en audience publique, Confirmons l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention en date du 17 Juillet 2026. Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation. Le greffier Le président Reçu et pris connaissance le : Monsieur [B] [P] Assisté d'un interprète COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE Chambre 1-11, Rétentions Administratives Palais Verdun , bureau 443 Téléphone : [XXXXXXXX01] - [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03] Courriel : [Courriel 1] Aix-en-Provence, le 18 Juillet 2026 À - PREFECTURE DES ALPES MARITIMES - Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 1] - Monsieur le procureur général - Monsieur le greffier du Juge des libertés et de la détention de [Localité 1] - Maître [D] [X] NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 18 Juillet 2026, suite à l'appel interjeté par : Monsieur [B] [P] né le 30 Mars 2002 à [Localité 2] (TUNISIE) de nationalité Tunisienne Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi. Le greffier, VOIE DE RECOURS Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation. [Adresse 1]

Questions fréquentes

Peut-on prolonger ma rétention si mon pays ne délivre pas les documents de voyage ?
Oui, selon l'article L742-4 du CESEDA, la prolongation peut être ordonnée lorsque l'impossibilité d'exécuter l'éloignement résulte du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat. Dans cette affaire, le consulat tunisien n'ayant pas délivré les documents, la prolongation a été jugée justifiée.
Combien de temps peut-on rester en rétention administrative ?
La durée maximale de la rétention est généralement de 90 jours, mais elle peut être prolongée dans certaines conditions. Dans cette affaire, une troisième prolongation a été accordée, portant la durée totale à 90 jours, en raison de l'obstacle à l'éloignement.
Que se passe-t-il si deux tentatives d'éloignement échouent ?
Deux tentatives échouées ne suffisent pas à démontrer l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement. Dans cette affaire, malgré deux échecs, la cour a estimé que l'éloignement restait possible, car le consulat n'avait pas encore délivré les documents de voyage.
Qu'est-ce qu'une troisième prolongation de rétention ?
C'est une prolongation supplémentaire au-delà de 60 jours, portant la durée totale à 90 jours. Elle est soumise à des conditions strictes, notamment l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement. Dans cette affaire, elle a été accordée car le consulat n'avait pas délivré les documents.
Mon consulat m'a reconnu, pourquoi suis-je encore retenu ?
La reconnaissance par le consulat ne suffit pas à obtenir la libération. Encore faut-il que les documents de voyage soient délivrés. Dans cette affaire, bien que reconnu, l'intéressé est resté en rétention car le consulat n'avait pas émis les documents nécessaires à l'éloignement.
Quels sont les motifs pour prolonger la rétention au-delà de 30 jours ?
Les motifs sont énumérés à l'article L742-4 du CESEDA : urgence absolue, menace pour l'ordre public, perte ou destruction des documents de voyage, dissimulation d'identité, obstruction volontaire à l'éloignement, ou défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat. Dans cette affaire, le défaut de délivrance a été retenu.
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