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Cour d'appel, chambre civile 1-3, 21 juillet 2026 — n° 26/04626

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Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle justifiée lorsque l'éloignement n'a pu être exécuté en raison de l'absence de laissez-passer consulaire, et les moyens soulevés par l'étranger sont-ils recevables ?

Principe retenu

La prolongation de la rétention administrative est possible si l'étranger fait obstacle à son éloignement ou si l'administration justifie de diligences suffisantes. L'absence de laissez-passer consulaire ne constitue pas un obstacle imputable à l'administration si elle a accompli les démarches nécessaires. Les moyens soulevés pour la première fois en appel sont irrecevables.

Faits clés

  • M. [F] [Z], ressortissant marocain, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 20 mai 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le 20 mai 2026.
  • La rétention a été prolongée à plusieurs reprises, notamment par ordonnance du 19 juillet 2026 pour une durée de 30 jours.
  • Un vol de retour était programmé pour le 15 juillet 2026, mais n'a pu avoir lieu faute de laissez-passer consulaire.
  • La préfecture a relancé le consulat marocain le 13 juillet 2026, sans demande complémentaire de sa part.

Articles cités

article L 743-21 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile article L 744-2 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile article L 742-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile article R 743-20 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile articles 973 à 976 du code de procédure civile

Exposé du litige

COUR D'APPEL DE [Localité 1] Chambre civile 1-7 Code nac : 14H N° N° RG 26/04626 - N° Portalis DBV3-V-B7K-X7WI Du 21 JUILLET 2026 ORDONNANCE LE VINGT ET UN JUILLET DEUX MILLE VINGT SIX A notre audience publique, Nous, Madame Odile CRIQ, Conseillère à la cour d'appel de Versailles, déléguée par ordonnance de Monsieur le Premier Président afin de statuer dans les termes de l'article L 743-21 et suivants du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, assistée de Madame FOULON, Greffière, avons rendu l'ordonnance suivante : ENTRE : Monsieur [F] [Z] né le 28 Janvier 2002 à [Localité 2] (MAROC) de nationalité marocaine Actuellement retenu au CRA de [Localité 3] Comparant par visio-conférence assisté de Me Noémie CHARTIER , avocat au barreau de VERSAILLES, vestiaire : 50, commise d'office assisté de Monsieur [J] [S], interprète en langue arabe assermenté DEMANDEUR ET : PREFECTURE DU VAL D'OISE [Adresse 1] [Localité 4] assistée de Me Laurent ABSIL de la SELARL ACTIS AVOCATS, avocat au barreau de VAL-DE-MARNE, vestiaire : PC 1 substitué par Me Roxane GRIZON DEFENDERESSE Et comme partie jointe le ministère public absent Vu l'extrait individualisé du registre prévu par l'article L.744-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Vu l'obligation de quitter le territoire français en date du 20 mai 2026 notifiée par le préfet du Val-d'Oise à M. [F] [Z] le même jour ; Vu l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 20 mai 2026 portant placement en rétention de M. [F] [Z] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire pour une durée de 4 jours, notifiée le 20 mai 2026 ; Vu la requête du préfet du Val-d'Oise en prolongation de la rétention administrative de M. [F] [Z] en date du 24 mai 2026 ; Vu la décision du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Versailles du 25 mai 2026 qui a prolongé la rétention de M. [F] [Z] pour une durée de vingt-six jours à compter du 25 mai 2026 ; Vu l'ordonnance du premier président de la cour d'appel de Versailles en date du 26 juin 2026 qui a confirmé cette décision ; Vu la décision du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Versailles du 19 juin 2026 qui a déclaré la requête en prolongation de la rétention administrative recevable, déclaré la procédure diligentée à l'encontre de M. [F] [Z] régulière, et prolongé la rétention de M. [F] [Z] pour une durée supplémentaire de 30 jours à compter du 19 juin 2026 ; Vu l'ordonnance du premier président de la cour d'appel de Versailles en date du 20 juin 2026 qui a confirmé cette décision ; Vu la requête du préfet du Val-d'Oise pour une troisième prolongation de la rétention administrative de M. [F] [Z] en date du 18 juillet 2026 et enregistrée le même jour à 11h15 ; Vu la décision du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Versailles du 19 juillet 2026 qui a déclaré la requête en prolongation de la rétention administrative recevable, déclaré la procédure diligentée à l'encontre de M. [F] [Z] régulière, et prolongé la rétention de M. [F] [Z] pour une durée supplémentaire de 30 jours à compter du 18 juillet 2026 ; Le 20 juillet 2026 à 11h37, M. [F] [Z] a relevé appel de cette ordonnance prononcée, à distance à l'aide d'un moyen de télécommunication audiovisuelle par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Versailles le 19 juillet 2026 à 13 h 01 qui lui a été notifiée le même jour à 13h50. M. [F] [Z] sollicite, dans sa déclaration d'appel, l'annulation de l'ordonnance, à titre subsidiaire la réformation de l'ordonnance et la fin de la rétention. A cette fin, il soulève : - L'irrecevabilité de la requête en prolongation faute d'être accompagnée des diligences réalisées par l'administration, - La violation de l'article L.

Motivations de la décision

SUR CE Sur la recevabilité de l'appel En vertu de l'article R. 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire est susceptible d'appel dans les 24 heures de son prononcé, ce délai courant à compter de sa notification à l'étranger lorsque celui-ci n'assiste pas à l'audience. L'article R 743-11 du même code prévoit que le premier président ou son délégué est saisi par une déclaration d'appel motivée. Le délai ainsi prévu est calculé et prorogé conformément aux articles 640 et 642 du code de procédure civile. En l'espèce, l'appel a été interjeté dans les délais légaux et il est motivé. Il doit être déclaré recevable. Sur la troisième prolongation En vertu de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand un délai de vingt-six jours s'est écoulé depuis l'expiration du délai de rétention de 96 heures, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1°En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3°Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours. En l'espèce, malgré les diligences de l'administration, la mesure d'éloignement n'a pu être exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé. Contrairement à ce que soutient M. [F] [Z], le préfet du Val d'Oise a bien mentionné dans sa requête la menace à l'ordre public que représente M. [F] [Z] en raison de son placement en rétention pour des faits de vol aggravé en réunion et pour être connu défavorablement des services de police pour des faits d'agression sexuelle, détention de stupéfiants, violence par personne en état d'ivresse, port d'arme de catégorie [Etablissement 1] et rébellion. Il résulte des éléments de la procédure que M. [F] [Z], a été placé en garde à vue pour les faits de vol en réunion par escalade dans un entrepôt le 19 mai 2026, que ce dernier est connu sur la base du fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits d'agression sexuelle, et sur le traitement des antécédents judiciaires pour des faits de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, de violence par une personne en état d'ivresse suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours et détention non autorisée de stupéfiants, port sans motif d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, rébellion. Il ressort de ces éléments que M. [F] [Z], est connu défavorablement des services de police. Même s'il n'est certes pas établi que M. [F] [Z], a fait l'objet d'une condamnation pénale, il ressort de ces éléments que M. [F] [Z], est connu défavorablement des services de police. Aussi, c'est à bon droit que le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Versailles a retenu que la situation de M. [F] [Z] constituait une menace pour l'ordre public permettant la prolongation de la rétention administrative de ce dernier. Il sera observé en outre que M. [F] [Z] n'a pas respecté les deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour des 15 septembre 2023 et 20 mai 2025 qui lui ont été notifiés. Ainsi, les conditions permettant de prolonger la mesure de rétention sont remplies. Sur les diligences de l'administration Il appartient au juge, en application de l'article L. 741-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de rechercher concrètement les diligences accomplies par l'administration pour permettre que l'étranger ne soit maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ (ce qui requiert dès le placement en rétention, une saisine effective des services consulaires étrangers compétents pour rendre possible le retour). En l'espèce, le consulat a été saisi dès le début de la procédure dans des circonstances dont la réalité n'est pas sérieusement contestée au regard de la copie figurant en procédure. Le fait que la délivrance d'un laissez-passer permettant la mise en 'uvre immédiate du retour ne soit pas intervenue lors de la première période de rétention n'est pas un obstacle à la poursuite de la rétention dès lors que l'éloignement demeure une perspective et qu'en l'espèce c'est l'absence de document de voyage qui est à l'origine du retard dans la mise en 'uvre du départ. Il ressort des pièces de la procédure que l'obstacle à l'éloignement a résulté seulement de l'impossibilité d'obtenir à temps un laisser passer consulaire délivré par les autorités marocaines, tandis qu'un vol de retour était programmé pour le 15 juillet 2026, cette circonstance n'étant pas imputable à la préfecture. Contrairement à ce que soutient M. [F] [Z], il n'est pas établi au regard des pièces du dossier que l'ensemble des documents nécessaires à l'examen de la mesure d'éloignement de ce dernier n'a pas été communiqué au consulat marocain, ce dernier n'ayant fait aucune demande complémentaire en ce sens lors de la dernière relance que la préfecture lui adressait le 13 juillet 2026. Le moyen sera rejeté.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement et contradictoirement , Déclare le recours recevable en la forme, Déclare irrecevables les moyens soulevés par M. [F] [Z] Confirme l'ordonnance entreprise. Fait à [Localité 1] le 21 juillet 2026 à 17 heures 05 Et ont signé la présente ordonnance, Odile CRIQ, Conseillère et Kala FOULON, Greffière La Greffière, La Conseillère, Reçu copie de la présente décision et notification de ce qu'elle est susceptible de pourvoi en cassation dans un délai de 2 mois selon les modalités laissée ci-dessous. POUR INFORMATION : le délai de pourvoi en cassation est de DEUX MOIS à compter de la présente notification. Article R 743-20 du CESEDA : ' L'ordonnance du premier président de la cour d'appel ou de son délégué n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui l'a placé en rétention et au ministère public. '. Articles 973 à 976 du code de procédure civile : Le pourvoi en cassation est formé par déclaration au greffe de la Cour de Cassation, qui est signée par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation ; La déclaration est remise au secrétariat-greffe en autant d'exemplaires qu'il y a de défendeurs, plus deux ;

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour prolonger la rétention administrative ?
La rétention peut être prolongée si l'étranger fait obstacle à son éloignement ou si l'administration justifie de diligences suffisantes. En l'espèce, la préfecture avait programmé un vol et relancé le consulat, donc la prolongation a été jugée justifiée.
Que se passe-t-il si le laissez-passer consulaire n'est pas délivré à temps ?
Si l'absence de laissez-passer n'est pas imputable à l'administration, la rétention peut être prolongée. Ici, la préfecture avait fait les démarches nécessaires, donc l'étranger est resté en rétention.
Puis-je soulever de nouveaux moyens en appel ?
Non, les moyens soulevés pour la première fois en appel sont irrecevables. Dans cette affaire, les moyens de M. [Z] ont été déclarés irrecevables car ils n'avaient pas été présentés devant le premier juge.
Quel est le rôle du consulat dans la procédure d'éloignement ?
Le consulat doit délivrer un laissez-passer pour permettre l'éloignement. Si l'administration a fait les démarches et que le consulat ne répond pas, cela ne bloque pas la prolongation de la rétention.
Quels sont les recours possibles contre une ordonnance de prolongation ?
L'ordonnance peut faire l'objet d'un appel devant le premier président de la cour d'appel, puis d'un pourvoi en cassation dans un délai de deux mois. En l'espèce, l'appel a été rejeté.
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