Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, chambre des rétentions, 22 juillet 2026 — n° 26/02265

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La prolongation de la rétention administrative est-elle justifiée en l'absence de perspectives d'éloignement et d'insuffisance de diligences de l'administration ?

Principe retenu

La prolongation de la rétention administrative peut être ordonnée lorsque l'administration a accompli les diligences nécessaires pour procéder à l'éloignement, même en l'absence de document de voyage, et que le critère de menace à l'ordre public est alternatif et non cumulatif.

Faits clés

  • M. [R] [G], ressortissant algérien, a été placé en rétention administrative le 20 juin 2026.
  • La rétention a été prolongée une première fois pour 26 jours, puis une seconde fois pour 30 jours par ordonnance du 20 juillet 2026.
  • L'appelant conteste la prolongation en invoquant l'absence de perspectives d'éloignement et l'insuffisance des diligences de l'administration.
  • Le préfet du Loiret a indiqué que l'absence de document de voyage était à l'origine du retard dans la mise en œuvre du départ.
  • La cour a constaté que l'administration avait accompli les diligences nécessaires et que le critère de menace à l'ordre public était alternatif.

Articles cités

article L. 743-7 du CESEDA article L. 743-21 du CESEDA article L. 743-23 du CESEDA article R. 743-10 du CESEDA article R. 743-20 du CESEDA article L. 742-4 3° a) du CESEDA

Exposé du litige

PROCEDURE : Par décision du 20 juin 2026, notifiée le 20 juin 2026 à 8h10, le préfet du Loiret a prononcé le placement en rétention administrative de M. [R] [G]. Par décision du 24 juin 2026, confirmée par la cour d'appel le 26 juin 2026, la rétention administrative de M. [R] [G] dans un local ne relevant pas de l'administration pénitentiaire a été prolongée pour une durée de vingt-six jours. Par une ordonnance du 20 juillet 2026, rendue en audience publique à 14h20, le magistrat du siège du tribunal judiciaire d'Orléans a ordonné la prolongation de la rétention administrative de M. [R] [G] pour une durée de trente jours. Par un courriel transmis au greffe de la chambre du contentieux des étrangers de la cour d'appel d'Orléans le 21 juillet 2026 à 12h05, M. [R] [G] a interjeté appel de cette décision. Il demande d'infirmer l'ordonnance entreprise, à titre subsidiaire de la réformer et de dire n'y avoir lieu à maintenir en rétention. MOYENS DES PARTIES : Dans sa déclaration d'appel, M. [R] [G] soulève les moyens suivants : - l'absence de perspectives d'éloignement ; - l'insuffisance des diligences de l'administration. Dans ses observations en réponses, transmises à la cour le 21 juillet 2026 à 14h41, le préfet du Loiret indique s'en remettre au contenu de l'ordonnance en date du 20 juillet 2026 prolongeant la rétention administrative de M. [R] [G] et conclut au rejet de son appel. A l'audience, le conseil de M. [R] [G] a soutenu les moyens développés dans la déclaration d'appel et fait valoir qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement. Il sollicite la possibilité de quitter le territoire par ses propres moyens. En défense, le conseil de la préfecture sollicite la confirmation de l'ordonnance querellée et la prolongation de la rétention administrative de l'intéressé. Il fait valoir que l'intéressé n'a pas cherché à quitter le territoire par ses propres moyens. Il souligne que l'intéressé ne présente aucune garantie de représentation.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION : Il résulte de l'article 66 de la Constitution et de l'article L. 743-9 du CESEDA que le juge doit s'assurer que l'étranger est pleinement informé de ses droits et placé en état de les faire valoir lorsqu'il se trouve placé en rétention administrative. Aux termes de l'article L. 743-12 du CESEDA, en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, toute juridiction, y compris la Cour de cassation, qui est saisie d'une demande d'annulation ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la main levée de la mesure de placement en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l'étranger. Selon l'article L. 741-3 du CESEDA , « un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps nécessaire à son départ, l'administration étant tenue d'exercer toutes diligences à cet effet, dès le placement en rétention ». Sur la recevabilité de l'appel En vertu de l'article R 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'ordonnance du magistrat du tribunal du siège du tribunal judiciaire est susceptible d'appel devant le premier président dans les 24 heures de son prononcé, ce délai courant à compter de sa notification à l'étranger lorsque celui-ci n'assiste pas à l'audience. Le délai ainsi prévu est calculé et prorogé conformément aux articles 640 et 642 du code de procédure civile. L'article R 743-11 du même code prévoit qu'à peine d'irrecevabilité, la déclaration d'appel est motivée. En l'espèce, l'appel a été interjeté dans les délais légaux (dont le délai a été prorogé au jour ouvrable suivant dès lors qu'il a expiré un samedi, un dimanche ou un jour férié) et il est motivé. Il doit être déclaré recevable. Sur la requête en prolongation de la rétention administrative et les diligences nécessaires de l'administration Aux termes de l'article L.742-4 du CESEDA, dans sa version applicable à compter du 11 novembre 2025, y compris aux instances en cours, 'Le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours.' Aux termes de l'article L. 741-3 du CESEDA, doivent être contrôlées d'une part les diligences de l'administration aux fins de procéder à l'éloignement effectif de l'étranger placé en rétention, celle-ci étant tenue à une obligation de moyens et non de résultat, et d'autre part l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement. Ces dispositions trouvent leur traduction en droit de l'Union au sein de l'article 15 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008, dites directive retour : Selon l'article 15.1, quatrième alinéa, 'Toute rétention est aussi brève que possible et n'est maintenue qu'aussi longtemps que le dispositif d'éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise'. Aux termes de l'article 15.4, 'Lorsqu'il apparait qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté'. Ainsi, dans le cadre des règles fixées par le CESEDA et le droit de l'Union, l'objectif manifeste du législateur est d'empêcher le maintien d'un étranger en rétention si celui-ci n'est plus justifié par la mise en 'uvre de son éloignement. La cour rappelle toutefois qu'il n'y a pas lieu d'imposer à l'administration d'effectuer des actes sans réelle effectivité, tels que des relances auprès des consulats, dès lors que celle-ci ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires (1ère Civ. 9 juin 2010, pourvoi n° 09-12.165). En revanche, le juge est tenu de vérifier que les autorités étrangères ont été requises de manière effective. En l'espèce, M. [R] [G] n'est pas en possession d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. L'autorité administrative a saisi les autorités consulaires algériennes, qui ont reconnu l'intéressé comme étant l'un de ses ressortissants le 27 aout 2025, le 20 juin 2026. Elle les a relancées le 16 juillet 2026. Ainsi, la préfecture a réalisé, sans accuser le moindre retard, des diligences nécessaires et suffisantes, étant rappelé qu'elle ne dispose d'aucun moyen de contrainte sur les autorités consulaires, de sorte qu'il ne peut lui être reproché le défaut de réponse des autorités consulaires. Il n'est pas établi à ce stade que l'éloignement de M. [R] [G] ne puisse intervenir avant l'expiration du délai légal de 90 jours de sorte que les perspectives d'éloignement demeurent raisonnables en l'espèce. Le fait que la délivrance d'un laissez-passer permettant la mise en 'uvre immédiate du retour ne soit pas intervenue lors de la première période de rétention n'est pas un obstacle à la poursuite de la rétention dès lors que l'éloignement demeure une perspective raisonnable et qu'en l'espèce c'est l'absence de document de voyage qui est à l'origine du retard dans la mise en 'uvre du départ. Le moyen doit être rejeté. Dès lors,et en l'absence d'irrégularité affectant la légalité de la rétention administrative, il y a lieu d'accorder la prolongation de la rétention administrative sur le fondement de l'article L. 742-4 3° a) du CESEDA, et ce sans qu'il soit nécessaire de s'interroger sur le fait de savoir si le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, ce critère étant alternatif et non cumulatif. L'ordonnance sera confirmée. PAR CES MOTIFS, DECLARONS recevable l'appel de M. [R] [G] ; CONFIRMONS l'ordonnance du tribunal judiciaire d'Orléans en date du 20 juillet 2026 ayant ordonné la prolongation de la rétention administrative de M. [R] [G] pour une durée de trente jours ; LAISSONS les dépens à la charge du Trésor ;

Dispositif

ORDONNONS la remise immédiate d'une expédition de la présente ordonnance à Monsieur [M] et son conseil, à Monsieur [R] [G] et son conseil et à Monsieur le procureur général près la cour d'appel d'Orléans ; Et la présente ordonnance a été signée par Lucie MOREAU, conseillère, et Julie LACÔTE, greffière présent lors du prononcé. Fait à [Localité 3] le VINGT DEUX JUILLET DEUX MILLE VINGT SIX, à heures [B] GREFFIER, [B] PRÉSIDENT, Julie LACÔTE Lucie MOREAU Pour information : l'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. NOTIFICATIONS, le 22 juillet 2026 : Monsieur [M], par courriel Monsieur [R] [G] , copie remise par transmission au greffe du CRA d'[Localité 2] Maître Laure MASSIERA, avocat au barreau d'ORLEANS, par PLEX Monsieur le procureur général près la cour d'appel d'Orléans, par courriel

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour prolonger une rétention administrative ?
La prolongation peut être ordonnée si l'administration a accompli des diligences suffisantes pour procéder à l'éloignement, même si le document de voyage manque. Le juge vérifie que la prolongation est nécessaire et proportionnée.
L'absence de perspectives d'éloignement peut-elle empêcher la prolongation ?
Non, si l'administration justifie de diligences suffisantes, l'absence de perspectives immédiates ne fait pas obstacle à la prolongation, comme en l'espèce où le retard était dû à l'absence de document de voyage.
Que signifie le critère de menace à l'ordre public dans ce contexte ?
Le critère de menace à l'ordre public est alternatif : il suffit que l'une des conditions (diligences ou menace) soit remplie pour prolonger. Ici, la cour a retenu les diligences, sans avoir à examiner la menace.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez interjeter appel dans les 24 heures suivant la notification de l'ordonnance. L'appel est examiné par le premier président de la cour d'appel ou son délégué.
Quel est le rôle de l'avocat dans cette procédure ?
L'avocat peut présenter des observations écrites et plaider lors de l'audience. Il peut soulever des moyens comme l'insuffisance des diligences ou l'absence de perspectives d'éloignement.
Quels sont les recours possibles après une ordonnance de prolongation ?
L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition, mais un pourvoi en cassation est possible dans un délai de deux mois à compter de la notification, par déclaration écrite remise au greffe de la Cour de cassation.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.