Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, chambre civile, 22 juillet 2026 — n° 25/00862

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

Une société peut-elle agir en paiement contre une autre société sur le fondement d'une créance résultant d'un contrat conclu avec une société distincte, au seul motif que les deux sociétés ont le même dirigeant ?

Principe retenu

Le fait qu'une même personne soit dirigeante de deux sociétés distinctes ne permet pas de les confondre dans leurs relations avec les tiers. Une société n'a qualité à agir que pour la défense de ses propres droits, et ne peut se prévaloir d'une créance appartenant à une autre société, même si celle-ci est dirigée par la même personne. Il appartient à la société demanderesse de démontrer la réalité de sa créance à l'égard de la société défenderesse.

Faits clés

  • La SCEA Terres d'[Localité 1] a mis à disposition de la SAS Laboratoire [E] 21 hectares de parcelles pour des plantations, sans contrat écrit.
  • La SAS Laboratoire [E] a payé les plantations pour 29 095 euros TTC et la préparation des terres pour 2 046 euros TTC.
  • Les plantations n'ont pas survécu, et la SAS Laboratoire [E] a demandé de nouvelles plantations, refusées par la SCEA Terres d'[Localité 1].
  • La SCEA [Q], dont le gérant est M. [R] [Q], également gérant de la SAS Laboratoire [E], a assigné la SCEA Terres d'[Localité 1] en paiement de 26 055,94 euros.
  • La SCEA Terres d'[Localité 1] a soulevé l'irrecevabilité pour défaut de qualité à agir de la SCEA [Q].

Articles cités

article 945-1 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

' ' ' EXPOSÉ DU LITIGE La SCEA Terres d'[Localité 1] dont les gérants sont Mme [I] [D] et M. [A] [X] dispose de terres sur la commune de [Localité 4]. La SAS Laboratoire [E] dont le gérant est M. [R] [Q] est spécialisée dans la culture des plantes médicinales et recherche pour son activité des terres agricoles. La SCEA Terres d'[Localité 1] a mis à disposition de la SAS Laboratoire [E] 21 hectares de parcelles en vue de la plantation entre mai et juin 2022 de diverses essences dont elle a acquitté elle-même la facture pour un montant de 29.095 euros TTC outre la préparation des terres pour une somme de 2.046 euros TTC sans qu'aucun contrat écrit n'ait été formalisé entre les deux entités. Les plantations effectuées n'ayant pas survécu à la saison estivale, la SAS Laboratoire [E] a sollicité la réalisation de nouvelles plantations auprès de la SCEA Terres d'[Localité 1] ce que cette dernière a refusé en raison des frais déjà exposés par ses soins et a mis un terme à la relation contractuelle. Par acte du 13 octobre 2023, la SCEA [Q] dont le gérant est M. [R] [Q] a saisi le tribunal judiciaire d'Auch à l'effet de voir condamner la SCEA Terres d'[Localité 1] à lui payer une somme de 26.055,94 euros en principal se rapportant au coût de la plantation. Par voie d'incident, la SCEA Terres d'[Localité 1] a saisi le juge de la mise en état aux fins de voir prononcer la nullité de l'assignation pour vice de forme et l'irrecevabilité de la demande pour absence de qualité à agir de la SCEA [Q]. Par ordonnance du 22 février 2024, le juge de la mise en état a : - débouté la SCEA Terres d'[Localité 1] de ses demandes, - débouté la SCEA [Q] de sa demande de provision, - dit n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile, - dit que les dépens suivront le sort de l'instance principale. La SCEA Terres d'[Localité 1] a interjeté appel le 16 octobre 2025 de cette décision en visant comme chef de jugement critiqué le débouté de la SCEA Terres d'[Localité 1] de ses demandes. L'avis de fixation de l'affaire à bref délai est du 27 novembre 2025. Par uniques conclusions du 1er décembre 2025, la SCEA Terres d'[Localité 1] demande à la cour de : - infirmer l'ordonnance déférée en ce qu'elle a débouté la SCEA Terres d'[Localité 1] de la fin de non recevoir tenant au défaut de qualité à agir de la SCEA [Q], et statuant à nouveau : - déclarer les demandes formulées par la SCEA [Q] à l'encontre de la SCEA Terres d'[Localité 1] irrecevables pour défaut de qualité à agir, - condamner la SCEA [Q] au paiement d'une indemnité de 4.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux entiers dépens. A l'appui de ses prétentions, la SCEA Terres d'[Localité 1] fait valoir que l'établissement d'une facture suppose l'existence d'une relation contractuelle et objecte qu'elle n'a été engagée qu'avec la SAS Laboratoire [E] et non la SCEA [Q] qui est dépourvue de la qualité à agir contre elle, même si les deux entités ont le même gérant. Elle relève que la SCEA [Q] ne produit aucun contrat au soutien de sa demande de paiement et souligne que le détail des plantations a fait l'objet d'un relevé par courriel au nom de la seule SAS Laboratoire [E] avec ses références téléphoniques et son adresse mail auprès de laquelle elle a validé en janvier 2021 le choix des cultures. Elle réfute avoir admis la SCEA [Q] comme co-contractant aux motifs qu'elle n'a pas contesté à la réception de la facture en février 2022 le nom de l'émetteur sauf à procéder par renversement de la charge de la preuve. Pas plus, elle ne considère que le procès verbal de constat d'huissier dressé pour établir le défaut de diligence de M. [Q] dans la plantation des cultures n'est de nature à démontrer l'existence d'une relation contractuelle entre elle et la SCEA [Q].

Motivations de la décision

MOTIFS Sur l'absence de qualité à agir En vertu de l'article 122 du code de procédure civile , 'constitue une fin de non recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l'adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d'agir tel le défaut de qualité, le défaut d'intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée.' Il est constant que les fins de non recevoir peuvent être proposées en tout état de cause. La SCEA Terres d'[Localité 1] soutient que la SCEA [Q] est irrecevable à agir contre elle en paiement d'une facture relative au coût de la plantation des cultures médicinales au motif qu'elles n'ont jamais entretenu de relations contractuelles. La SCEA [Q] pour asseoir sa demande en paiement produit des mails échangés entre M. [X] et M. [Q] et avance qu'à la réception de la facture émise par ses soins, le représentant légal de la SCEA Terres d'[Localité 1] n'a pas contesté l'émetteur de sorte que celle-ci a considéré valable la demande en paiement à elle présentée sous cette forme. En l'espèce, il est établi que M. [Q] est responsable légal tant de la SAS Laboratoire [E] que de la SCEA [Q]. Il a utilisé dans le cadre de ses relations contractuelles avec la SCEA Terres d'[Localité 1] le nom, l'adresse électronique de la SAS Laboratoire [E] et a agi en qualité de directeur général de cette dernière en s'identifiant en outre par son logo. Le fait que M. [Q] soit dirigeant de deux personnes morales ne l'autorise pas à les interchanger dans ses relations avec les tiers, pas plus qu'il ne peut être présumé à l'égard des tiers une relation contractuelle ipso facto avec ces deux entités différentes, de sorte qu'il ne peut être opposé à la SCEA Terres d'[Localité 1] de n'avoir pas contesté l'émetteur alors qu'il appartient à la SCEA [Q] de démontrer la réalité de sa créance à l'égard de la SCEA Terres d'[Localité 1] pour en obtenir le paiement. Il est encore exact qu'à supposer une sous-traitance du chantier de plantation par la SAS Laboratoire [E] à la SCEA [Q], seule la SAS Laboratoire [E] est tenue au paiement de la facture en résultant et non la SCEA Terres d'[Localité 1], étrangère à ce lien commercial. Partant, il y a lieu de constater le défaut de qualité à agir de la SCEA [Q] à l'égard de la SCEA Terres d'[Localité 1] et de déclarer irrecevables les demandes formées à l'encontre de cette dernière. Sur les dépens La SCEA [Q], succombant en appel, en supportera les entiers dépens et sera condamnée en outre à verser à la SCEA Terres d'[Localité 1] la somme de 2.500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS : La Cour, après en avoir délibéré conformément à la loi, statuant publiquement, par arrêt réputé contradictoire prononcé par mise à disposition et en dernier ressort, INFIRME l'ordonnance déférée du chef critiqué ; Statuant à nouveau, CONSTATE le défaut de qualité à agir de la SCEA [Q] à l'égard de la SCEA Terres d'[Localité 1] ; DÉCLARE irrecevables les demandes formées par la SCEA [Q] à l'encontre de la SCEA Terres d'[Localité 1] ; Y ajoutant, CONDAMNE la SCEA [Q] aux dépens d'appel ; CONDAMNE la SCEA [Q] à verser à la SCEA Terres d'[Localité 1] la somme de 2.500 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Le présent arrêt a été signé par Valérie SCHMIDT, présidente de l'audience, et par Catherine HUC, greffière, à laquelle la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire. La Greffière, La Présidente,

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la qualité à agir en justice ?
La qualité à agir est la condition selon laquelle une personne doit avoir un intérêt légitime et direct à agir en justice. En l'espèce, la SCEA [Q] n'avait pas qualité pour réclamer une somme à la SCEA Terres d'[Localité 1] car le contrat avait été conclu avec la SAS Laboratoire [E], une autre société.
Une société peut-elle être confondue avec une autre société ayant le même gérant ?
Non, chaque société est une personne morale distincte. Le fait que M. [Q] soit dirigeant des deux sociétés ne permet pas de les confondre. La cour a rappelé que la SCEA [Q] ne peut pas se prévaloir d'une créance appartenant à la SAS Laboratoire [E].
Comment prouver que j'ai qualité pour réclamer une dette ?
Il faut démontrer que vous êtes titulaire de la créance, par exemple en produisant un contrat écrit, des factures à votre nom, ou tout document établissant un lien contractuel direct avec le débiteur. Dans cette affaire, la SCEA [Q] n'a pas prouvé qu'elle avait un contrat avec la SCEA Terres d'[Localité 1].
Que se passe-t-il si une société assigne une autre société sans avoir de lien contractuel direct ?
La demande est irrecevable pour défaut de qualité à agir. La cour a déclaré irrecevables les demandes de la SCEA [Q] car elle n'était pas partie au contrat conclu avec la SCEA Terres d'[Localité 1].
Quels sont les recours contre une ordonnance du juge de la mise en état ?
L'ordonnance du juge de la mise en état peut être frappée d'appel dans les conditions prévues par le code de procédure civile. En l'espèce, la SCEA Terres d'[Localité 1] a interjeté appel de l'ordonnance qui l'avait déboutée de sa demande d'irrecevabilité.
Qu'est-ce qu'une fin de non-recevoir pour défaut de qualité à agir ?
C'est un moyen de procédure qui vise à faire déclarer irrecevable une demande lorsque le demandeur n'a pas le droit d'agir. Ici, la cour a constaté que la SCEA [Q] n'avait pas qualité pour agir contre la SCEA Terres d'[Localité 1], car elle n'était pas créancière de cette dernière.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.