MOTIFS DE LA DÉCISION
A titre liminaire, il sera constaté que M. [W] n'a pas formé appel incident des dispositions deu jugement qui a désigné Mme [G] [P] comme personne la plus qualifiée pour interpréter la volonté funéraire d'[L] [P] au sujet des rituels funéraires à accomplir, de sorte que cette disposition est définitive, la contestation ne portant dès lors que sur le lieu d'inhumation de la défunte.
M. [W] explique maintenir sa position sur ce point car il considérerait que ce serait une véritable trahison vis-à-vis de sa compagne de ne pas défendre sa volonté.
Sur la contestation du lieu des funérailles
Les consorts [P] critiquent le jugement en ce qu'il a retenu qu'[L] [P] avait exprimé la volonté d'être inhumée dans le cimetière communal de [Localité 5]. Ils soutiennent qu'en réalité, la défunte n'a jamais exprimé aucune volonté à ce sujet.
Ils insistent sur la constance et la profondeur du lien affectif les unissant à [L]. Il dénonce un comportement d'emprise et d'isolement de la part de M. [W], exclusif de tout rôle d'interprète légitime. Il souligne l'absence de communauté de vie ancienne et exclusive. Ils considèrent que Mme [G] [P] est la personne la mieux qualifiée pour organiser matériellement les funérailles.
Mme [G] [P] ajoute qu'elle entend prendre ne charge l'intégralité des frais des funérailles.
M. [W], de son côté, affirme qu'[L] [P] a exprimé à plusieurs reprises et de façon très claire, sa volonté d'être inhumée aux côtés de sa cousine [U] au cimetière de [Localité 5].
Il rappelle qu'il vivait de plusieurs années avec [L] [P], qu'ils s'étaient pacsés en [Date mariage 1] 2025 et avaient prévu de se marier le [Date mariage 2] 2026. Il explique qu'il a été l'interlocuteur des forces de police après l'accident de sa compagne, qu'il a procédé aux formalités et qu'il s'est rapproché d'un service de pompes funèbres afin d'organiser les funérailles selon les dernières volontés de la défunte, que les obsèques devaient se tenir le 21 juillet 2026 à [Localité 5]. Il précise qu'il n'a aucune attache particulière avec cette commune, qu'il l'a retenu en raison du choix exprimé par sa compagne qui voulait être inhumée aux côtés de sa cousine [U] [M].
Il ajoute qu'il s'était engagé à prendre en charge les frais des funérailles, que compte tenu du litige, il aurait proposé de partager mais qu'il prend acte de la décision de Mme [G] [P] de prendre en charge l'intégralité des frais.
Sur ce,
En vertu de l'article 3 de la loi du 15 novembre 1887 sur la liberté des funérailles, «'Tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, peut régler les conditions de ses funérailles, notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner et le mode de sa sépulture. Il peut charger une ou plusieurs personnes de veiller à l'exécution de ses dispositions.'»
L'article 4 de la même loi énonce': «'En cas de contestation sur les conditions des funérailles, il est statué, dans le jour, sur la citation de la partie la plus diligente, par le juge de paix du lieu du décès, sauf appel devant le président du tribunal civil de l'arrondissement qui devra statuer dans les vingt-quatre heures.'
La décision est notifiée au maire, qui est chargé d'en assurer l'exécution.
Il n'est apporté par la présente loi aucune restriction aux attributions des maires en ce qui concerne les mesures à prendre dans l'intérêt de la salubrité publique.'»
Il est constant que doit être respectée la dernière volonté du défunt, que celle-ci ait été, ou non, sciemment et clairement exprimée, le juge devant l'interpréter si nécessaire. A ce titre, la preuve de la dernière volonté peut être apportée par tous moyens, y compris par des présomptions (1re Civ., 26 avril 1984, pourvoi n° 83-11.117, Bulletin 1984 I n° 142).
Lorsque le défunt n'a exprimé aucune dernière volonté par écrit,'il appartient au juge de rechercher, par tous moyens, quelles étaient les intentions du défunt et, à défaut, de désigner la personne la plus qualifiée pour en décider (Civ 1ère, 27 mai 2009, pourvoi n° 09-66.589).
En application de ces textes et principes, au-delà de la profonde tristesse exprimée par les parties à la suite du décès d'[L] [P], il convient de s'attacher à rechercher si la défunte avait exprimé une dernière volonté et le cas échéant, laquelle.
Le compagnon d'[L] [P] soutient que la défunte avait exprimé le choix d'être inhumé au cimetière de [Localité 5], aux côtés de sa cousine [U] [I], à laquelle elle était très liée.
Il résulte des déclarations des parties lors de l'audience qu'[L] [P] avait entrepris des recherches généalogiques et avait dans ce cadre retrouvé la trace d'une cousine issue de germain, [U] [I], dont elle s'était sentie très vite proche compte tenu de leur parcours commun au sein d'un même foyer à des périodes différentes, que malheureusement, [U] [M] s'était donnée la mort le [Date décès 2] 2023 à l'âge de 16 ans, qu'elle a cependant continué à être attachée à elle, participant notamment au combat des parents de cette dernière pour dénoncer l'insécurité qui régnait au sein du foyer, possiblement à l'origine du décès de leur fille.
Pour rapporter la preuve de cette volonté, M. [W] produit treize attestations de proches d'[L] [P] qui témoignent de la volonté de celle-ci d'être inhumée au cimetière de [Localité 5] à proximité de sa cousine [U] [M] (pièces 2 à 14 de l'intimé). Il verse une nouvelle attestation en cause d'appel, allant dans le même sens.
Ainsi, Mme [S] [D] témoigne en ces termes': «'(') atteste sur l'honneur avoir personnellement entendu [L] [P] exprimer à plusieurs reprises son souhait d'être inhumée à plusieurs reprises au cimetière de [Localité 5] auprès de sa cousine. A ma connaissance, cette volonté a toujours été exprimée par Madame [L] [P] et n'a jamais été remise en cause. J'établis la présente attestation afin de témoigner de ses dernières volontés.'» (pièce 2 de l'intimé).
Mme [H] [X] atteste en ces termes': «'Je connais [P] [L] depuis de nombreuses années. Au cours de toutes ces années, nous avons entretenu une relation d'amitié proche, ce qui m'a permis d'être témoin de nombreux moments importants de sa vie et d'échanger régulièrement avec elle. [L] m'a toujours exprimé, de manière claire, son souhait d'être inhumée au cimetière de [Localité 5] auprès de sa cousine décédée. Elle m'a parlée de cette volonté à plusieurs reprises, et je n'ai jamais eu connaissance d'un souhait différent de sa part'» (pièce 3 de l'intimé).
Mme [A] [Y], cousine de M. [W], témoigne en ces termes': «'Cousine de M. [W] [V], connaissant par ce biais Mme [P] [L], depuis plusieurs années, ayant perdu également mon conjoint en début d'année, et échanger à multiples fois sur le «'après'», et nos dernières volontés' Je certifie sur l'honneur que Mme [P] voulait pour son dernier voyage éternel être près de sa cousine à [Localité 5]. Celle-ci avait une relation très forte avec sa cousine, un amour intense à son égard et un deuil jamais effectué.'» (pièce 6 de l'intimé).
Les parents de M. [W], présents à l'audience, ont confirmé avoir entendu [L] [P] leur dire son souhait lors d'un repas pris en commun.
M. [W] souligne par ailleurs qu'[L] [P] s'était faite faire un tatouage en mémoire de sa cousine, ce qui témoigne d'un attachement intense à l'intéressée malgré le fait qu'elles se sont connues de façon fugace.
Les consorts [P] contestent fermement cette thèse. Ils affirment qu'[L] [P] n'avait en fait émis aucune volonté sur le lieu de son inhumation.
Ils critiquent les attestations produites, en ce qu'elles sont toutes rédigées sur un même modèle, cette critique, avérée pour certaines attestations, devant être cependant écartée au vu des attestations citées.
Par ailleurs, ils minimisent l'importance du tatouage, faisant valoir qu'[L] se faisait faire un tatouage pour tout et rien, comme pour ses animaux domestiques, enlevant toute valeur probante à cet élément.