Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, retentions, 24 juillet 2026 — n° 26/05864

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La décision de placement en rétention administrative est-elle régulière lorsque l'étranger présente des garanties de représentation effectives et que la menace à l'ordre public est relativisée ?

Principe retenu

Le placement en rétention administrative doit être proportionné et prendre en compte les garanties de représentation de l'étranger. La menace à l'ordre public doit être appréciée concrètement et ne saurait contrebalancer des garanties de représentation effectives.

Faits clés

  • M. [E] [Q] [W] [N], de nationalité brésilienne, est arrivé en France à l'âge de 13 ans avec sa famille
  • Il a bénéficié de titres de séjour jusqu'en 2024
  • Il a été condamné entre 2020 et 2023 pour des délits routiers
  • Il a été condamné le 19 septembre 2024 à une lourde peine pour des faits graves
  • La fiche pénale indiquait une fin de peine au 19 septembre 2026, non actualisée

Articles cités

article L.342-7 du code d'entrée et de séjour des étrangers en France et du droit d'asile article L.342-12 du code d'entrée et de séjour des étrangers en France et du droit d'asile article L.743-11 du code d'entrée et de séjour des étrangers en France et du droit d'asile article L.743-21 du code d'entrée et de séjour des étrangers en France et du droit d'asile article R.743-10 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile article R.743-11 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile article L.824-9 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

FAITS ET PROCÉDURE Une obligation de quitter le territoire français sans délai a été notifiée à [E] [Q] [W] [N] le 13 mars 2026. Le Préfet du Rhône a, par décision en date du 18 juillet 2026 notifiée à même date, ordonné le placement de [E] [Q] [W] [N] en rétention dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire à compter du 18 juillet 2026 Par requête du 21 juillet 2026, reçue le 21 juillet 2026, l'autorité administrative saisissait le juge du tribunal judiciaire de Lyon aux fins de voir ordonnée la prolongation de la rétention pour une durée de vingt-six jours. Le juge du tribunal judiciaire de Lyon, dans son ordonnance du 22 juillet 2026 à 14 heures 44, a déclaré irrégulière la décision de placement et, en conséquence qu'il ne pouvait être fait droit à la demande de prolongation de la rétention de [E] [Q] [W] [N]. Le Ministère Public a interjeté appel de cette ordonnance par déclaration au greffe le 22 juillet 2026 à 18h13 avec une demande d'effet suspensif. Par ordonnance du Premier président de la Cour d'appel de Lyon, du 23 juillet 2026 à 14 heures 45, l'appel du Procureur de la République de Lyon a été déclaré suspensif. Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du vendredi 24 juillet 2026 à 10 heures 30. [E] [Q] [W] [N] a comparu et a été assisté de son avocat. Le Ministère Public a été entendu dans ses réquisitions. Le préfet du Rhône, représenté par son conseil, a demandé l'infirmation de l'ordonnance déférée. Le conseil de [E] [Q] [W] [N] a été entendu. [E] [Q] [W] [N] a eu la parole en dernier.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur la recevabilité de l'appel L'appel du Ministère Public relevé dans les formes et délais légaux prévus par les dispositions des articles L. 743-21, R. 743-10 et R. 743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) est déclaré recevable. Sur la régularité de la décision de placement Sur l'erreur d'appréciation au regard des garanties de représentation et le caractère disproportionné de la rétention Au soutien de son recours, [E] [Q] [W] [N] explique qu'il est arrivé en France à l'âge de 13 ans avec toute sa famille, qu'il a bénéficié de titres de séjour jusqu'en 2024, qu'il a donné la copie de sa carte d'identité, qu'il est marié avec une ressortissante française et père de deux enfants français, Madame étant enceinte du troisième, qu'il dispose d'une adresse stable, qu'il a entrepris des démarches de régularisation, qu'il n'a plus aucune attache avec le Brésil, qu'il n'y a pas eu d'autre mesure d'éloignement à son égard. Dans sa décision, l'administration revient sur la situation administrative de l'intéressé et ne conteste pas l'existence de l'adresse alléguée par l'intéressé, mais estime toutefois qu'il ne justifie pas de ses moyens d'existence. L'administration estime par ailleurs que le comportement de [E] [Q] [W] [N] constitue une menace à l'ordre public au regard de son placement en garde à vue pour détention et port d'arme, des signalisations dont il a fait l'objet et de sa condamnation à la peine de 2 ans d'emprisonnement pour infractions à la législation sur les stupéfiants et détention d'arme de catégorie B. En l'espèce, [E] [Q] [W] [N] a été interpellé et placé en garde à vue pour port et détention d'arme malgré interdiction judiciaire. Au cours de son audition, il a indiqué être domicilié au [Adresse 2] à [Localité 3], être marié et père de deux enfants à charge, être en France depuis 15 ans, travailler de manière non déclarée, s`occuper de ses enfants, être en attente de ses démarches de régularisation. Il a fait l'objet d'une convocation en ordonnance pénale délictuelle à l'issue de sa garde à vue. Il ressort de ces éléments que [E] [Q] [W] [N] n'a jamais fait l'objet d'une autre mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait et que l'administration indique elle-même connaître son adresse. Elle ne justifie donc pas de la nécessité du placement en rétention de l'intéressé comme seul moyen de s'assurer de sa présence jusqu'à l'exécution de la mesure d'éloignement. Le juge du tribunal judiciaire de Lyon a exposé que : « Si le critère de l'absence de ressources devait être accueilli, il reviendrait à constater l'impossibilité de prononcer d'assignation à résidence pour toute personne en situation irrégulière, ne pouvant par définition travailler sur le territoire et donc subvenir de manière autonome à ses besoins. Dès lors, l'administration n'a pas apprécié correctement les garanties de représentation de Monsieur [W] [N]. Si la menace à l'ordre public pourrait constituer un élément en faveur du placement en rétention, même en présence de garanties de représentation effectives, la situation de [E][Q] [W] [N] doit être appréciée concrètement par rapport aux éléments connus de l'administration. Il ressort du casier judiciaire que l'intéressé a été condamné entre 2020 et 2023 essentiellement pour des délits routiers, dont la gravité peut être relativisée à ce stade. ll est évident que Monsieur [E] [Q] [W] [N] a été condamné à une lourde peine le 19 septembre 2024 pour des faits dont la gravité ne peut être contestée. Néanmoins, il ne ressort pas des éléments versés au dossier que l'intéressé ait fait l'objet d'une quelconque réponse administrative à sa sortie de détention dont la date n'est pas connue puisque la fiche pénale produite indiquant une date de fin de peine au 19 septembre 2026, n'est manifestement pas actualisée. S'il a été de nouveau interpellé avant son placement en rétention, il doit être souligné qu'il a fait |'objet d'une procédure rapide de poursuite, sans suivi judiciaire, et ce en dépit de ses antécédents. Dès lors, la menace à l'ordre public ne peut qu'être relativisée et ne saurait contrebalancer l'existence de garanties de représentation effectives dont dispose [E] [Q] [W] [N]. » Les motifs particulièrement clairs, circonstanciés, complets et pertinents développés par le premier juge sont adoptés purement et simplement. En conséquence, l'ordonnance entreprise est confirmée. PAR CES MOTIFS

Dispositif

DECLARONS recevable l'appel formé par le Procureur de la République de LYON, CONFIRMONS en toutes ses dispositions l'ordonnance déférée. RAPPELONS à [E] [Q] [W] [N] qu'il a l'obligation de quitter le territoire français, et l'informons qu'en application de l'article L. 824-9 du CESEDA que tout étranger qui se soustrait ou de tente de se soustraire à l'exécution d'une interdiction administrative du territoire français, d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une décision d'expulsion ou qui refuse de se soumettre aux modalités de transport qui lui sont désignées pour l'exécution d'office de la mesure dont il fait l'objet encourt une peine de trois années d'emprisonnement. Le greffier, La conseillère déléguée, Inès BERTHO Valérie SAGNE

Questions fréquentes

Qu'est-ce que les garanties de représentation ?
Les garanties de représentation sont des éléments qui assurent que l'étranger se présentera aux autorités, comme des attaches familiales, un domicile stable, ou un passeport valide. Dans cette affaire, le juge a considéré que M. [E] [Q] [W] [N] en disposait, ce qui a rendu la rétention disproportionnée.
Comment contester une décision de placement en rétention ?
La décision de placement en rétention peut être contestée devant le juge des libertés et de la détention, qui vérifie sa régularité. En l'espèce, le juge a annulé la prolongation car la décision de placement était irrégulière, faute de prise en compte des garanties de représentation.
Quels sont les critères pour prolonger une rétention administrative ?
La prolongation de la rétention est possible si l'étranger ne peut pas être éloigné immédiatement et si la mesure est nécessaire. Le juge doit vérifier que la rétention est proportionnée et que l'administration a fait les diligences nécessaires. Ici, la prolongation a été refusée car la décision initiale était irrégulière.
Mon casier judiciaire peut-il justifier ma rétention ?
Oui, mais la menace à l'ordre public doit être appréciée concrètement. Dans cette affaire, malgré des condamnations, le juge a relativisé la menace car les faits étaient anciens ou de gravité moindre, et a estimé que les garanties de représentation primaient.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas une OQTF ?
Le non-respect d'une OQTF peut entraîner une peine de trois ans d'emprisonnement, comme le rappelle l'article L. 824-9 du CESEDA. Cette information a été rappelée à M. [E] [Q] [W] [N] dans la décision.
Quelle est la durée maximale de rétention administrative ?
La durée maximale de rétention administrative est généralement de 90 jours, renouvelable par tranches. Dans cette affaire, la demande de prolongation de 26 jours a été refusée en raison de l'irrégularité de la décision initiale.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.