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Cour d'appel, rétention_recoursjld, 24 juillet 2026 — n° 26/00761

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Synthèse de la décision

Question juridique

La seconde prolongation exceptionnelle de la rétention administrative d'un étranger est-elle justifiée malgré l'absence de perspectives d'éloignement et le refus de se présenter de l'intéressé ?

Principe retenu

La rétention administrative peut être prolongée à titre exceptionnel lorsque l'éloignement de l'étranger demeure une perspective raisonnable et que la mesure est nécessaire pour prévenir un risque de fuite ou assurer l'exécution de la mesure d'éloignement. Le refus de se présenter de l'étranger ne fait pas obstacle à la prolongation si les conditions légales sont remplies.

Faits clés

  • M. [D] [M], ressortissant marocain, a fait l'objet d'une OQTF avec interdiction de retour de 2 ans le 23 juin 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le 23 juin 2026.
  • Une première prolongation de 26 jours a été ordonnée le 27 juin 2026 et confirmée en appel le 30 juin 2026.
  • Le préfet a sollicité une seconde prolongation exceptionnelle de 30 jours le 21 juillet 2026.
  • L'ordonnance de première instance du 22 juillet 2026 a accordé la prolongation.

Articles cités

article L. 742-4 du CESEDA article L. 741-1 du CESEDA article L. 742-1 du CESEDA article L. 743-9 du CESEDA article R. 741-3 du CESEDA article R. 743-1 du CESEDA article L. 743-19 du CESEDA article L. 743-21 du CESEDA article R. 743-20 du CESEDA article 66 de la Constitution

Exposé du litige

Ordonnance N°753 N° RG 26/00761 - N° Portalis DBVH-V-B7K-KAIC Recours c/ déci TJ [Localité 1] 22 juillet 2026 [M] C/ [Adresse 1] COUR D'APPEL DE NÎMES Cabinet du Premier Président Ordonnance du 24 JUILLET 2026 (Au titre de l'article L. 742-4 du CESEDA) Nous, M. Yan MAITRAL, Conseiller à la Cour d'Appel de Nîmes, désigné par le Premier Président de la Cour d'Appel de Nîmes pour statuer sur les appels des ordonnances du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assisté de Mme Audrey BACHIMONT, Greffière, Vu l'arrêté préfectoral ordonnant une obligation de quitter le territoire français en date du 23 juin 2026 notifié le même jour, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 23 juin 2026, notifiée le même jour à 10h55 concernant : M. [D] [M] né le 24 Octobre 1998 à [Localité 2] de nationalité Marocaine Vu la requête reçue au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative le 21 juillet 2026 à 11h09, enregistrée sous le N°RG 26/03487 présentée par M.le Préfet des Bouches du Rhône ; Vu l'ordonnance rendue le 22 Juillet 2026 à 13h34 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative sur seconde prolongation, à titre exceptionnel qui a : * Déclaré la requête recevable ; * Rejeté l'exception de nullité soulevée ; * Ordonné pour une durée maximale de 30 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 26 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [D] [M] ; * Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter du 22 juillet 2026 ; Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [D] [M] le 23 Juillet 2026 à 15h12 ; Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de Nîmes régulièrement avisé ; Vu la présence de Me Matthias GIMENEZ substituant la Selarl Centaure avocats, avocat de Monsieur le Préfet des Bouches du Rhône qui a été entendu en sa plaidoirie ; Vu la non comparution de Monsieur [D] [M], régulièrement convoqué ; Vu la présence de Me Marie-camille CHEVENIER, avocat de Monsieur [D] [M] qui a été entendu en sa plaidoirie ;

Motivations de la décision

MOTIFS : Monsieur [D] [M] a fait l'objet d'un arrêté du Préfet des Bouches-du-Rhône le 23 juin 2026 emportant obligation de quitter le territoire national français avec interdiction de retour pendant 2 ans, arrêté qui lui a été notifié le 23 juin 2026. Sur requête du Préfet, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a, par ordonnance prononcée en présence de Monsieur [D] [M] le 27 juin 2026 et confirmée en appel le 30 juin 2026, ordonné la prolongation de cette mesure de rétention pour vingt-six jours. Par requête en date du 21 juillet 2026, le Préfet des Bouches-du-Rhône a sollicité que la mesure de rétention administrative de Monsieur [D] [M] soit de nouveau prolongée pour trente jours et le 22 juillet 2026 à 13 heures 34, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a fait droit à cette demande. Monsieur [D] [M] a interjeté appel de cette ordonnance en invoquant': - l'absence de compétence du signataire de la saisine du juge des libertés et de la détention aux fins de prolongation de la mesure en cours'; - l'absence de perspectives d'éloignement, ainsi qu'il l'avait déjà invoqué devant la juridiction de première instance. Par mail du 24 juillet 2026 reçu au greffe du service des rétentions, la juridiction a été avisée que la personne retenue refusait de se présenter, refus filmé par une caméra du centre de rétention administrative. Son avocat a soutenu les moyens développés dans l'acte d'appel à l'exception de l'incompétence du signataire de l'acte en soulignant l'absence de toute perspective d'éloignement. A l'audience, le Préfet, représenté par son conseil, a demandé la confirmation de l'ordonnance critiquée, indiquant que les diligences effectuées étaient suffisantes. SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL : L'appel interjeté par Monsieur [D] [M] à l'encontre d'une ordonnance du magistrat du siège du Tribunal judiciaire de Nîmes prononcée dûment notifiée a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21 et R.743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est donc recevable. SUR LE FOND : Au motif de fond sur son appel, Monsieur [D] [M] soutient que l'administration française ne démontre pas avoir engagé les démarches utiles et nécessaires à son départ, et qu'en conséquence il n'existe à son sujet aucune perspective d'éloignement faute de preuve qu'un laissez-passer soit délivré. Selon l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation de la rétention au-delà de la période de 30 jours dans les cas suivants : « 1° en cas d'urgence absolue ou de menace d'une particulière gravité pour l'ordre public'; 2° lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement'; 3° lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison': a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement'; b) de l'absence de moyens de transport.'» La prolongation de la rétention court alors «'à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours ». Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient, un étranger ne pouvant être placé ou maintenu en rétention «'que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet'». En l'espèce, la mesure d'éloignement n'a pas pu être exécutée en raison de la perte ou la destruction par Monsieur [D] [M] de ses documents de voyage. Il ressort de la procédure que Monsieur [D] [M] est susceptible d'être de nationalité marocaine ou algérienne. Il est établi que les services préfectoraux ont accompli les diligences suivantes': - demande d'un laissez-passer auprès du consulat d'Algérie le 25 juin 2026 - relance par mail auprès du consulat d'Algérie le 20 juillet 2026 aux fins d'identification de la personne retenue'; - demande d'identification auprès du consulat du Maroc selon un mail du 26 juin 2026 afin d'obtenir la délivrance d'un laissez-passer. La délivrance d'un laissez-passer ou tout autre document de voyage implique que la nationalité et donc l'identité de l'intéressé aient été formellement établies. En l'état d'une personne dépourvue de pièces d'identité et de droit au séjour, les recherches propres à identifier l'origine et la nationalité de celle-ci sont incontournables et retardent d'autant la délivrance du titre de voyage. Le Préfet n'ayant aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires étrangères, il ne peut lui être reproché le délai pris par celles-ci pour adresser leur réponse. Les circonstances et conditions exigées par l'article L742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont donc satisfaites et la requête en prolongation de la rétention administrative de Monsieur [D] [M] fondée en droit. SUR LA SITUATION PERSONNELLE DE MONSIEUR [D] [M]: Monsieur [D] [M], présent irrégulièrement en France est dépourvu de passeport et de pièces administratives pouvant justifier de son identité et de son origine de telle sorte qu'une assignation à résidence judiciaire est en tout état de cause exclue par les dispositions de l'article L743-13 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie de plus d'aucune adresse ni domicile stable en France, ne démontre aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucun revenu, ni possibilité de financement pour assurer son retour dans son pays. Il est l'objet d'une mesure d'éloignement en vigueur, telle que précitée, et qui fait obstacle à sa présence sur le sol français. La prolongation de sa rétention administrative se justifie afin de procéder à son éloignement. Il convient de confirmer l'ordonnance querellée en toutes ses dispositions. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, en matière civile et en dernier ressort, Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958, Vu les articles L.741-1, L742-1 à L743-9 ; R741-3 et R.743-1 à L.743-19 et L.743-21 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Vu le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 pris pour l'application du titre VII de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, relatif à la simplification des règles du contentieux ; Vu la loi du 11 août 2025 n° 2025-796 visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive, CONSTATANT qu'aucune salle d'audience attribuée au ministère de la justice spécialement aménagée à proximité immédiate du lieu de rétention n'est disponible pour l'audience de ce jour ;

Dispositif

DECLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [D] [M] ; CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ; RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 2]. Fait à la Cour d'Appel de Nîmes, Le 24 Juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRESIDENT, ' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 1] à M. [D] [M], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe. Le à H Signature du retenu Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel à : Monsieur [D] [M], pour notification par le CRA, Me Marie-camille CHEVENIER, avocat, Le Préfet des Bouches du Rhône, Centaure avocats Le Directeur du CRA de [Localité 1], Le Ministère Public près la Cour d'Appel de Nîmes, Le Magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes.

Questions fréquentes

Quelle est la durée maximale de la rétention administrative ?
En principe, la rétention administrative peut être prolongée jusqu'à 90 jours. Toutefois, dans des cas exceptionnels, une prolongation supplémentaire de 30 jours peut être ordonnée, comme dans cette affaire où l'éloignement restait une perspective raisonnable.
Que se passe-t-il si je refuse de me présenter à l'audience ?
Le refus de se présenter à l'audience ne fait pas obstacle à la décision du juge. Dans cette affaire, le refus filmé de M. [D] [M] a été pris en compte, mais la prolongation a été confirmée car les conditions légales étaient remplies.
Quels sont les recours contre une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'ordonnance de prolongation peut faire l'objet d'un appel devant le premier président de la cour d'appel, comme dans cette affaire. Ensuite, un pourvoi en cassation est possible dans les deux mois de la notification.
Le juge peut-il prolonger ma rétention si mon éloignement n'est pas imminent ?
Oui, si l'éloignement demeure une perspective raisonnable, même s'il n'est pas imminent. Dans cette affaire, le juge a estimé que la prolongation était nécessaire pour permettre l'éloignement, malgré l'absence de perspectives immédiates.
Qu'est-ce qu'une OQTF ?
Une OQTF (obligation de quitter le territoire français) est une mesure administrative ordonnant à un étranger de quitter la France. Elle peut être assortie d'une interdiction de retour. Dans cette affaire, M. [D] [M] avait reçu une OQTF avec interdiction de retour de 2 ans.
Puis-je être libéré si je coopère avec les autorités ?
La coopération peut être un facteur pris en compte, mais elle ne garantit pas la libération. Dans cette affaire, le refus de se présenter a été noté, mais la prolongation a été confirmée car les conditions légales étaient remplies.
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