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Cour d'appel, etrangers, 25 juillet 2026 — n° 26/01116

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le défaut de diligences de l'administration pour exécuter la mesure d'éloignement peut-il justifier la main-levée de la rétention administrative lors d'une deuxième prolongation ?

Principe retenu

La prolongation de la rétention administrative au-delà de trente jours est possible dans les cas prévus à l'article L742-4 du CESEDA, notamment en cas d'urgence absolue, de menace pour l'ordre public, ou d'obstruction à l'éloignement. Le juge vérifie que l'administration a accompli les diligences nécessaires pour exécuter la mesure d'éloignement. En l'espèce, l'administration a justifié de diligences suffisantes, justifiant la prolongation.

Faits clés

  • M. [B] [C], ressortissant bangladais, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai
  • Placement en rétention administrative le 24 juin 2026
  • Première prolongation de 26 jours ordonnée le 28 juin 2026
  • Deuxième prolongation de 30 jours ordonnée le 23 juillet 2026
  • L'appelant conteste la prolongation en invoquant le défaut de diligences de l'administration

Articles cités

article L742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L740-1 à L744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R740-1 à R744-47 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R743-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article R743-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article 455 du code de procédure civile article 612 et suivants du code de procédure civile article R743-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE M. [B] [C], né le 7 janvier 2001 à [Localité 1] (Bengladesh), de nationalité bangladaise a fait l'objet d'un placement en rétention administrative ordonné par M. le préfet du Nord le 24 juin 2026 notifié à 10h30 pour l'exécution d'un éloignement au titre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai délivrée dans la même décision. Par décision en date du 28 juin 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille a ordonné le maintien du placement en rétention administrative de l'appelant pour une durée de 26 jours. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 23 juillet 2026 à 17h13 déclarant recevable la requête en prolongation, régulier le placement en rétention et ordonnant une deuxième prolongation du placement en rétention administrative de l'intéressé pour une durée de 30 jours, Vu la déclaration d'appel de M. [B] [C] du 24 juillet 2026 à 13h12 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance dont appel ainsi que la mainlevée du placement en rétention administrative. Au soutien de sa déclaration d'appel l'appelant reprend le moyen soulevé devant le premier juge tiré du défaut de diligences de l'administration.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION L'article L742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d*asile dispose que le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n 'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n 'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n 'excède alors pas quatre-vingt-dix jours. Il est rappelé qu'il suffit que le retenu réponde à l'une des situations prévues par le texte pour autoriser la prolongation, s'agissant de critères alternatifs et non cumulatifs. L'article L74l-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : 'Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet ». Pour voir accueillir une demande de deuxième ou troisième prolongation, l'administration doit non seulement démontrer qu'elle se trouve dans l'un des cas de figure énumérés à l'article L.742-4 du CESEDA mais également justifier des diligences accomplies pour organiser le départ de l'étranger. Il est à rappeler que l'autorité administrative n'a pas de pouvoir d'injonction à l'égard des autorités consulaires étrangères et que lorsque la procédure se situe dans le cadre de l'article L742-4 du CESEDA et concerne une demande de seconde ou troisième prolongation du placement en rétention administrative, il n'existe plus aucune obligation de 'bref délai' concernant la levée des obstacles. Ainsi, il suffit qu'il ait été décidé par la première décision judiciaire de la prolongation de la rétention administrative, que l'administration avait effectué toutes les diligences nécessaires à l'exécution de la mesure d'éloignement, et qu'il soit démontré que ces diligences n'avaient pas encore reçu satisfaction de la part des autorités étrangères requises, et ce sans faute ou négligence de la part de l'état requérant, pour que l'autorité judiciaire autorise la seconde prolongation en rétention administrative. Il est constant que lorsque l'administration préfectorale a effectué promptement les diligences nécessaires pour obtenir la réadmission de l'étranger dans le pays objet du titre d'éloignement, notamment en sollicitant un laissez-passer consulaire, le préfet qui n'a aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires, n'a pas d'obligation de relancer les autorités étrangères déjà requises (cour de cass 1ère civ 09.06.2010 n°09-12.165 et 30.01.2019 n°18-11.806). En l'espèce, c'est par une analyse circonstanciée et des motifs pertinents qu'il convient d'adopter au visa de l'article 955 du code de procédure civile que le premier juge a statué sur le moyen de fond soulevé devant lui et repris en appel, puis a ordonné la deuxième prolongation de la rétention après avoir observé que l'administration avait effectué l'ensemble des diligences afin d'assurer l'exécution la plus rapide possible de l'éloignement de M. [B] [C], puisqu'il résulte des pièces de la procédure que les autorités consulaires bangladaises ont été saisies le 24 juin 2026 et qu'une demande de routing a été effectuée le même jour dont il est accusé réception par la division nationale de l'éloignement de la DNPAF, qu'une demande d'appui concernant l'identification de l'intéressé a été transmise à l'Unité Centrale d'Identification (UCl) le 2 juillet 2026 et une relance a été faite le 16 juillet 2026, que l'UCI a indiqué que le dossier était toujours en cours d'identification, étant observé qu'une nouvelle demande de vol à destination du Bangladesh n'est pas, à ce stade, une diligence utile et nécessaire à l'exécution de la mesure d'éloignement dans la mesure où il est justifié d'une demande de routing en cours. L'administration a effectué l'ensemble des diligences afin d'assurer l'exécution la plus rapide possible de l'éloignement de M. [B] [C] et de limiter le temps de privation de liberté que constitue la mesure de rétention. Une deuxième prolongation est justifiée en raison du défaut de délivrance de documents de voyage toujours d'actualité au dernier jour du délai de la première prolongation de rétention administrative de 26 jours, soit une des conditions exigées par l'article L742-4 du CESEDA. Le moyen doit être rejeté. Conformément au droit communautaire, aucun moyen soulevé par les parties ou susceptible d'être relevé d'office ne paraît contraire à la prolongation de la rétention administrative. L'ordonnance sera confirmée. PAR CES MOTIFS, DÉCLARONS l'appel recevable ; CONFIRMONS l'ordonnance entreprise. DISONS que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ; DISONS que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à l'appelant, à son conseil et à l'autorité administrative ;

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'Etat. La greffière Le magistrat délégataire N° RG 26/01116 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W4CN A l'attention du centre de rétention, le samedi 25 juillet 2026 Bien vouloir procéder à la notification de l'ordonnance en sollicitant, en tant que de besoin,un interprète. Le greffier REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE DU 25 Juillet 2026 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 1]) : Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Reçu copie et pris connaissance le à (heure) : - M. [B] [C] - par truchement téléphonique d'un interprète en tant que de besoin - nom de l'interprète (à renseigner) : - décision transmise par courriel au centre de rétention de pour notification à M. [B] [C] le samedi 25 juillet 2026 - décision transmise par courriel pour notification à M. LE PREFET DU NORD et à Maître Magali BONDUELLE le samedi 25 juillet 2026 - décision communiquée au tribunal administratif de Lille - décision communiquée à M. le procureur général - copie au tribunal judiciaire Le greffier, le samedi 25 juillet 2026 '

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour prolonger la rétention administrative au-delà de 30 jours ?
Selon l'article L742-4 du CESEDA, la prolongation est possible en cas d'urgence absolue, de menace pour l'ordre public, ou lorsque l'impossibilité d'exécuter l'éloignement résulte de la perte ou destruction des documents de voyage, de la dissimulation d'identité ou d'une obstruction volontaire à l'éloignement.
Que se passe-t-il si l'administration ne fait pas les diligences nécessaires pour mon éloignement ?
Le juge vérifie que l'administration a accompli les diligences nécessaires. Si elle ne le fait pas, la prolongation peut être refusée et la main-levée de la rétention ordonnée. Dans cette affaire, l'administration a justifié de diligences suffisantes, donc la prolongation a été confirmée.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez faire appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans un délai de 24 heures. L'appel est examiné par le premier président de la cour d'appel ou son délégué. Dans cette affaire, l'appel a été déclaré recevable mais l'ordonnance a été confirmée.
Qu'est-ce qu'une obstruction volontaire à l'éloignement ?
C'est un comportement de l'étranger qui empêche délibérément l'exécution de la mesure d'éloignement, par exemple en refusant de fournir des documents ou en donnant de fausses informations. Cela peut justifier une prolongation de la rétention.
Quels sont mes droits pendant la rétention administrative ?
Vous avez le droit d'être informé de vos droits, de bénéficier d'un interprète, de l'assistance d'un avocat, de communiquer avec votre consulat, et de contester la rétention devant le juge. Dans cette affaire, l'appelant a été assisté d'un avocat et d'un interprète.
L'administration doit-elle prouver ses diligences pour justifier la prolongation ?
Oui, l'administration doit démontrer qu'elle a accompli les démarches nécessaires pour exécuter l'éloignement, comme solliciter un laissez-passer consulaire. En l'espèce, elle a apporté la preuve de ses diligences, ce qui a justifié la prolongation.
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