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Cour d'appel, etrangers, 25 juillet 2026 — n° 26/01115

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle justifiée malgré l'absence de perspectives d'éloignement ?

Principe retenu

Selon l'article L. 741-3 du CESEDA, un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ, et l'administration doit exercer toutes diligences à cet effet. En l'espèce, la cour a estimé que les diligences de l'administration étaient suffisantes et que la prolongation était justifiée.

Faits clés

  • M. [V] [O], ressortissant tunisien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 6 février 2024.
  • Il a été placé en rétention administrative le 25 mai 2026.
  • La rétention a été prolongée à deux reprises (26 jours puis 30 jours) avant la troisième prolongation contestée.
  • L'appelant a soulevé le moyen de l'absence de perspectives d'éloignement.
  • La cour a confirmé l'ordonnance de prolongation pour une durée de 30 jours.

Articles cités

article L. 741-3 du CESEDA article L. 740-1 à L. 744-17 du CESEDA article R. 740-1 à R. 744-47 du CESEDA article R. 743-18 du CESEDA article R. 743-19 du CESEDA article R. 743-20 du CESEDA article 455 du code de procédure civile article 612 et suivants du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE M. [V] [O], né le 3 mars 2000 à [Localité 1] (Tunisie), de nationalité tunisienne, a fait l'objet : - d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la reconduite, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, prononcée le 06 février 2024 par M. la préfète du [Localité 4] ; - d'un arrêté ordonnant son placement en rétention administrative pour une durée de quatre-vingt seize heures, prononcé le 25 mai 2026 par M. le préfet du Nord qui lui a été notifié le 25 mai 2026 à 15 H 40. Par décision en date du 29 mai 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille a ordonné la prolongation du placement en rétention administrative de l'appelant pour une durée de 26 jours, décision confirmée par la cour d'appel de Douai le 31 mai 2026. Par décision en date du 23 juin 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille a ordonné une deuxième prolongation du placement en rétention administrative de l'appelant pour une durée de 30 jours. Vu l'article 455 du code de procédure civile, Vu l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille en date du 23 juillet 2026 à 17h14, déclarant recevable la requête en prolongation, régulier le placement en rétention et ordonnant une troisième prolongation du placement en rétention administrative de l'intéressé pour une durée de 30 jours, Vu la déclaration d'appel de M. [V] [O] du 24 juillet 2026 à 12h39 sollicitant l'infirmation de l'ordonnance dont appel ainsi que la mainlevée du placement en rétention administrative. Au soutien de sa déclaration d'appel l'appelant soulève le moyen tiré de l'absence de perspectives d'éloignement.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Selon l'article L. 741-3 du CESEDA, un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet. Ces dispositions trouvent leur traduction en droit de l'Union au sein de l'article 15 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008, dites directive retour : Selon l'article 15.1, quatrième alinéa : « Toute rétention est aussi brève que possible et n'est maintenue qu'aussi longtemps que le dispositif d'éloignement est en cours et exécuté avec toute la diligence requise ». Aux termes de l'article 15.4 : « Lorsqu'il apparaît qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement pour des considérations d'ordre juridique ou autres ou que les conditions énoncées au paragraphe 1 ne sont plus réunies, la rétention ne se justifie plus et la personne concernée est immédiatement remise en liberté ». Ainsi, dans le cadre des règles édictées par le CESEDA et le droit de l'Union, l'objectif manifeste du législateur est d'empêcher le maintien d'un étranger en rétention si celui-ci n'est plus justifié par la mise en 'uvre de son éloignement. L'article 66 de la Constitution, qui confère au juge judiciaire le rôle de gardien de la liberté individuelle, implique que ce magistrat est seul compétent pour mettre fin à la rétention lorsqu'elle ne se justifie plus pour quelque motif que ce soit (Tribunal des conflits, 12 janvier 2015, n° 3986). Il est ainsi tenu, même d'office (CJUE, 8 novembre 2022, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid), de vérifier qu'il existe une réelle perspective que l'éloignement puisse être mené à bien, eu égard aux délais légaux de la rétention administrative. La perspective raisonnable d'éloignement n'existe pas lorsqu'il paraît peu probable que l'intéressé soit accueilli dans un pays tiers avant l'expiration de ce délai (CJUE, grande chambre, 30 novembre 2009, affaire n° C-357/09), lequel peut, selon le droit français, être porté à quatre-vingt-dix jours sous réserve des dispositions spécifiques des articles L. 742-6 et L. 742-7 du CESEDA. Il appartient au juge judiciaire d'apprécier, à chaque stade de la procédure, l'existence ou non d'une perspective raisonnable d'éloignement. C'est par une analyse circonstanciée et des motifs particulièrement pertinents qu'il convient d'adopter au visa de l'article 955 du code de procédure civile que le premier juge a statué sur le moyen de fond soulevé devant lui et repris en appel, puis a ordonné la troisième prolongation de la rétention après avoir observé que l'administration avait effectué l'ensemble des diligences afin d'assurer l'exécution la plus rapide possible de l'éloignement de M. [V] [O] et pour limiter le temps de privation de liberté que constitue la mesure de rétention. Les autorités tunisiennes ont notamment été relancées en vue de l'obtention d'un laissez-passer consulaire par courriels des 6 juillet 2026 à 16h38 et 20 juillet 2026 à 13h31, étant rappelé que l'attente de ce document constitue un motif de troisième prolongation de la rétention sans qu'aucune obligation de relance du consulat ne soit mise à la charge de l'administration dès lors que l'administration française ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires (1re Civ., 9 juin 2010, pourvoi n° 09-12.165). De plus, il apparaît que l'étranger est placé en rétention administrative depuis 60 jours. Les relations diplomatiques étant fluctuantes, il sera considéré que rien ne laisse présumer qu'une prolongation de rétention administrative pour un dernier délai de trente jours ne pourrait pas aboutir à la mise en 'uvre de la mesure d'éloignement ; l'objectif du placement en rétention administrative étant de pouvoir mettre à exécution ladite mesure, étant précisé qu'à ce jour les autorités consulaires tunisiennes n'ont pas émis de refus de délivrance d'un laissez-passer consulaire. Dès lors, il n'est pas démontré et il ne peut être retenu qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement. Le moyen doit être rejeté. L'étranger ne justifie pas de document d'identité, indiquant lors de son audition administrative du 25 mai 2026 que sa pièce d'identité est chez sa famille en Italie, alors qu'il est depuis un an en France, et répondant par l'affirmative à la question la non remise de ses documents d'identité a-t-elle pour objectif d'empêcher la mesure d'éloignement. Il ne peut être assigné à résidence. Conformément au droit communautaire, aucun moyen soulevé par les parties ou susceptible d'être relevé d'office ne paraît contraire à la prolongation de la rétention administrative. L'ordonnance sera confirmée. PAR CES MOTIFS, DÉCLARONS l'appel recevable ; CONFIRMONS l'ordonnance entreprise. DISONS que la présente ordonnance sera communiquée au ministère public par les soins du greffe ; DISONS que la présente ordonnance sera notifiée dans les meilleurs délais à l'appelant, à son conseil et à l'autorité administrative ;

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'Etat. La greffière Le magistrat délégataire N° RG 26/01115 - N° Portalis DBVT-V-B7K-W4CL A l'attention du centre de rétention, le samedi 25 juillet 2026 Bien vouloir procéder à la notification de l'ordonnance en sollicitant, en tant que de besoin,un interprète. Le greffier REÇU NOTIFICATION DE L'ORDONNANCE DU 25 Juillet 2026 ET DE L'EXERCICE DES VOIES DE RECOURS (à retourner signé par l'intéressé au greffe de la cour d'appel de Douai par courriel - [Courriel 1]) : Vu les articles 612 et suivants du Code de procédure civile et R. 743-20 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile Pour information : L'ordonnance n'est pas susceptible d'opposition. Le pourvoi en cassation est ouvert à l'étranger, à l'autorité administrative qui a prononcé le maintien en zone d'attente ou la rétention et au ministère public. Le délai de pourvoi en cassation est de deux mois à compter de la notification. Le pourvoi est formé par déclaration écrite remise au secrétariat greffe de la Cour de cassation par l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation constitué par le demandeur. Reçu copie et pris connaissance le à (heure) : - M. [V] [O] - par truchement téléphonique d'un interprète en tant que de besoin - nom de l'interprète (à renseigner) : - décision transmise par courriel au centre de rétention de pour notification à M. [V] [O] le samedi 25 juillet 2026 - décision transmise par courriel pour notification à M. [Z] et à Maître Magali BONDUELLE le samedi 25 juillet 2026 - décision communiquée au tribunal administratif de Lille - décision communiquée à M. le procureur général - copie au tribunal judiciaire Le greffier, le samedi 25 juillet 2026 '

Questions fréquentes

Quelle est la durée maximale de la rétention administrative ?
En France, la rétention administrative peut durer jusqu'à 90 jours, renouvelable dans certaines conditions. Dans cette affaire, une troisième prolongation de 30 jours a été accordée, portant la durée totale à plus de 90 jours, ce qui est possible en cas de circonstances particulières.
Qu'est-ce que l'absence de perspectives d'éloignement ?
L'absence de perspectives d'éloignement signifie que l'administration ne peut pas organiser le départ de l'étranger dans un délai raisonnable, par exemple en raison de l'absence de documents de voyage ou de l'absence de coopération du pays d'origine. Dans ce cas, le juge vérifie si l'administration a fait toutes les diligences nécessaires.
Comment contester une prolongation de rétention administrative ?
L'étranger peut faire appel de l'ordonnance de prolongation devant le premier président de la cour d'appel dans les 24 heures suivant la notification. Dans cette affaire, M. [O] a fait appel et a soulevé le moyen de l'absence de perspectives d'éloignement, mais la cour a confirmé la prolongation.
Quel est le rôle du juge dans la prolongation de la rétention ?
Le juge vérifie que la rétention est nécessaire et proportionnée, et que l'administration a exercé toutes les diligences pour procéder à l'éloignement. Il peut ordonner la mainlevée si ces conditions ne sont pas remplies. En l'espèce, le juge a estimé que les diligences étaient suffisantes.
Que signifie 'diligences de l'administration' ?
Les diligences de l'administration désignent les démarches concrètes pour organiser l'éloignement, comme demander des laissez-passer consulaires, réserver des billets d'avion, etc. Dans cette affaire, la cour a considéré que l'administration avait fait ces démarches.
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