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Cour d'appel, rétention administrative, 28 juillet 2026 — n° 26/01250

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative est-elle légale en l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement et de diligences suffisantes de l'administration ?

Principe retenu

L'administration doit faire diligence pour exécuter la mesure d'éloignement, mais elle n'a pas à prouver qu'un laissez-passer sera délivré dans le délai de rétention. Les relances mensuelles auprès des autorités consulaires constituent des diligences suffisantes. L'absence de perspectives d'éloignement ne peut être retenue si l'administration a effectué les diligences nécessaires.

Faits clés

  • Monsieur [I] [F], ressortissant algérien, a fait l'objet d'une interdiction du territoire de 5 ans prononcée le 19 janvier 2026.
  • Placement en rétention administrative le 28 mai 2026 par la préfecture des Bouches-du-Rhône.
  • Troisième prolongation de la rétention ordonnée le 27 juillet 2026 par le juge des libertés et de la détention.
  • L'administration a effectué des relances auprès des autorités algériennes les 29 mai, 23 juin et 26 juillet 2026.
  • Aucun laissez-passer consulaire n'avait été délivré à la date de la décision.

Articles cités

article L. 740-1 du CESEDA article L. 742-4 du CESEDA article L. 743-7 du CESEDA

Exposé du litige

PROCÉDURE ET MOYENS Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ; Vu le jugement du tribunal correctionnal de Nice du 19 janvier 2026 prononçant une interdiction du territoire pour une durée de 5 ans à titre de peine complémentaire ; Vu la décision de placement en rétention prise le 28 mai 2026 par la PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE notifiée le même jour à le 29 mai 2026 à 9 h 15; Vu l'ordonnance du 27 Juillet 2026 rendue par le magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention décidant le maintien de Monsieur [I] [F] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ; Vu l'appel interjeté le 27 Juillet 2026 à 16 heures 33 par Monsieur [I] [F] ; Monsieur [I] [F] a comparu et a été entendu en ses explications ; il déclare qu'il n'a rien à dire. Je veux être libéré et je quitte la France. Son avocat a été régulièrement entendu ; il conclut à l'infirmation de l'ordonnance. Il soutient l'absence de documents joints à la requête notamment un registre actualisé. Il soutient également la violation de l'article L 742-4 du CESEDA au motif qu'il ne remplit aucune des conditions de la troisième prolongation. Il soutient enfin l'absence de diligences exécutées dans le délai de sa rétention et l'absence de perspectives d'éloignement. A l'audience, l'avocat ne soutient pas le premier moyen. Sur la troisième prolongation, il y a violation de L 742-4 du CESEDA, puisqu'il y a impossibilité d'exécuter la décision du fait du silence des autorités algériennes. Il est reproché le défaut de diligences, car on n'a toujours pas de laissez-passer, mais même s'il y a des relances c'est une fois par mois et ça ne suffit pas. Il n'y a pas de preuve que l'administration mette tout en oeuvre pour l'éloigner. En outre, la situation avec l'Algérie n'est pas débloquée malgré les relances mensuelles donc il n'y a pas de perspectives raisonnables d'éloignement. Le conseil de la préfecture sollicite la confirmation du jugement. Il soutient que l'absence de perspectives d'éloignement doit être rejetée car les diligences sont faites s'agissant des relances, et l'administration ne peut pas faire plus. Les relances ne sont même pas obligatoires. En outre, la cour ne doit pas présager des relations entre l'Algérie et la France. La demande de prolongation est légitime car Monsieur est dépourvu de document, a été condamné 2 fois et de manière récente pour stupéfiants. Cela caractérise une menace à l'ordre public. Le conseil de M. [F] ne souhaite rien ajouter. M. [F] ajoute qu'il a fait des bêtises quand il était mineur. Il a changé, il ne veut plus commettre des délits. La prison et la rétention m'ont servi de leçon.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité. 1) sur l'absence d'actualisation du registre Sur le registre actualisé - L'article L744-2 du CESEDA prévoit qu' 'il est tenu, dans tous les lieux de rétention, un registre mentionnant l'état civil des personnes retenues, ainsi que les conditions de leur placement ou de leur maintien en rétention. Le registre mentionne également l'état civil des enfants mineurs accompagnant ces personnes ainsi que les conditions de leur accueil. L'autorité administrative tient à la disposition des personnes qui en font la demande les éléments d'information concernant les date et heure du début du placement de chaque étranger en rétention, le lieu exact de celle-ci ainsi que les date et heure des décisions de prolongation'. L'article R743-2 du CESEDA dispose que 'À peine d'irrecevabilité, la requête est motivée, datée et signée, selon le cas, par l'étranger ou son représentant ou par l'autorité administrative qui a ordonné le placement en rétention. Lorsque la requête est formée par l'autorité administrative, elle est accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment une copie du registre prévu à l'article L. 744-2". La production d'une copie actualisée du registre a pour seul but de permettre au juge de contrôler l'effectivité de l'exercice des droits reconnus à l'étranger au cours de la mesure de rétention. Elle a pour fondement la volonté de pallier la difficulté voire l'impossibilité pour l'étranger, de rapporter la double preuve, d'une part, de la réalité d'une demande portant sur l'exercice de l'un des droits lui étant reconnus, et, d'autre part, du refus opposé à cette demande, qui constitue un fait négatif. Sanction d'irrecevabilité - Il résulte de la combinaison de ces textes que le registre doit être mis à jour et que la non-production d'une copie actualisée, permettant un contrôle de l'effectivité de l'exercice des droits reconnus à l'étranger au cours de la mesure de rétention, constitue une fin de non-recevoir. Celle-ci doit être accueillie sans que celui qui l'invoque ait à justifier d'un grief dès lors que le juge ne peut s'assurer que l'étranger a été en mesure d'exercer les droits qui lui sont reconnus par les articles L. 744-4 et suivants du CESEDA. Il sera rappelé que si le juge, gardien de la liberté individuelle en application de l'article 66 de la Constitution française, doit s'assurer d'après les mentions figurant au registre que l'étranger a été, au moment de la notification de la décision de placement en rétention, pleinement informé de ses droits et placé en mesure de les faire valoir, ce contrôle s'opère également par tous moyens. Ainsi, s'agissant du registre actualisé, peu de mentions sont obligatoires. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité administrative, d'une part, tient à jour un registre relatif aux personnes retenues, d'autre part, tient à la disposition des personnes qui en font la demande les éléments d'information concernant les date et heure du début du placement de chaque étranger en rétention, le lieu exact de celle-ci ainsi que les date et heure des décisions de prolongation. Dès lors, il est de jurisprudence constante que, les heures de notification des différentes décisions judiciaires emportant prolongation de la mesure de rétention n'ont pas à apparaître sur le registre (Cass., Civ 1ère, 25 septembre 2024 n°23-13.156) . Sur les présentations consulaires - L'annexe de l'arrêté du 6 mars 2018 portant autorisation du registre de rétention prévoit que celui-ci doit, s'agissant du contentieux judiciaire, comporter les mentions suivantes : présentation devant le juge des libertés et de la détention et saisine de ce juge par le retenu, date de présentation, décision, appel, date d'audience de la cour d'appel, résultat, et motif d'annulation. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, aucune obligation de mentionner les diligences consulaires n'est exigée par un texte à peine d'irrecevabilité. En l'espèce bien que les mentions de la présentation consulaire n'apparaissent effectivement pas sur le registre, mais compte tenu que mentions relatives aux diligences et aux relances sont bien formalisées s'agissant de la demande de laissez-passer du 29 mai 2026 et des 2 relances du 23 juin et 23 juillet 2026, telles qu'elles résultent des courriels du 28 mai 2026 à 8h24, du 29 mai 2026 à 11h45, et des relances du 23 juin 2026 à 9h39 et du 26 juillet 2026 à 9h43, le registre est bien actualisé. Le moyen sera rejeté. La requête en troisième prolongation est donc bien recevable. 2) Sur l'absence de conditions de la prolongation de la rétention L'article L 742-4 du CESEDA énonce que 'le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants: 1°En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public; 2°Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement; 3°Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison: a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours'. Contrairement à ce que soutient M. [F], compte tenu qu'il a été condamné le 19 janvier 2026 par ordonnance d'homologation à la peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis et cinq ans d'interdiction du territoire français pour des faits d'usage de stupéfiants et violence sur une personne chargée d'une mission de service public sans incapacité, et compte tenu qu'il a également été condamné 25 février 2026 par le tribunal correctionnel de Marseille pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants en récidive, détention non autorisée de stupéfiants en récidive, offre ou cession de stupéfiant en récidive et acquisition non autorisée de stupéfiant en récidive à la peine de six mois d'emprisonnement, la menace pour l'ordre public est parfaitement constituée, par la répétition des infractions en récidive et dans un court laps de temps telle que prévue par l'article L 742-4 1° du CESEDA. En outre, la décision d'éloignement n'a pas pu être exécutée en raison de l'obstruction volontaire à son éloignement telle que prévue par l'article L 742-4 2° d CESEDA puisqu'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai a été pris le 26 décembre 2025 qui lui a été notifié le même jour à 10h32, sans être suivi d'effet. En conséquence, le premier juge qui a retenu tous ses éléments a parfaitement motivé la prolongation. Le moyen sera rejeté.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Statuant publiquement par décision contradictoire en dernier ressort, après débats en audience publique, Confirmons l'ordonnance du magistrat du siège en date du 27 Juillet 2026. Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation. Le greffier Le président Reçu et pris connaissance le : Monsieur [I] [F] Assisté d'un interprète COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE Chambre 1-11, Rétentions Administratives Palais Verdun , bureau 443 Téléphone : [XXXXXXXX01] - [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03] Courriel : [Courriel 1] Aix-en-Provence, le 28 Juillet 2026 À - PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE - Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 1] - Monsieur le procureur général - Monsieur le greffier du Juge des libertés et de la détention de [Localité 1] - Maître [C] [R] NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 28 Juillet 2026, suite à l'appel interjeté par : Monsieur [I] [F] né le 18 Octobre 2007 à [Localité 2] (ALGERIE) (99) de nationalité Algérienne Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi. Le greffier, VOIE DE RECOURS Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation.

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour une troisième prolongation de rétention administrative ?
Selon l'article L. 742-4 du CESEDA, la troisième prolongation est possible si l'étranger fait obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement, si son identité n'a pu être établie, ou si la délivrance d'un laissez-passer consulaire est en cours. Dans cette affaire, la cour a considéré que les relances mensuelles auprès des autorités algériennes constituaient des diligences suffisantes, même si aucun laissez-passer n'avait encore été délivré.
L'administration doit-elle prouver qu'un laissez-passer sera délivré pour prolonger la rétention ?
Non, la cour a rappelé que l'administration n'a pas à prouver qu'un laissez-passer sera délivré dans le délai de rétention, mais seulement à faire diligence. Les relances effectuées auprès des autorités consulaires sont considérées comme des diligences suffisantes.
Que faire si l'administration ne fait pas assez pour mon éloignement ?
Vous pouvez contester la prolongation en soutenant que l'administration n'a pas effectué de diligences suffisantes. Cependant, dans cette affaire, la cour a jugé que des relances mensuelles étaient suffisantes, même si elles n'ont pas abouti à la délivrance d'un laissez-passer.
Quel est le délai pour faire appel d'une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'appel doit être interjeté dans un délai de 24 heures selon l'article L. 743-22 du CESEDA. Dans cette affaire, l'appel a été formé le jour même de l'ordonnance.
Puis-je être libéré si les autorités de mon pays ne répondent pas aux demandes de laissez-passer ?
Pas nécessairement. La cour a estimé que l'absence de réponse des autorités algériennes ne suffit pas à démontrer l'absence de perspectives d'éloignement, tant que l'administration effectue des relances régulières. La rétention peut être prolongée même si le laissez-passer n'est pas encore délivré.
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