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Cour d'appel, 2ème chambre, 28 juillet 2026 — n° 24/01550

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'instance opposant un créancier à un débiteur en redressement judiciaire est-elle interrompue et les demandes de condamnation sont-elles recevables lorsque le créancier n'a pas justifié de sa déclaration de créance ?

Principe retenu

En application de l'article L622-22 du code de commerce, l'ouverture d'une procédure collective interrompt les instances en cours jusqu'à ce que le créancier poursuivant ait procédé à la déclaration de sa créance. Les instances reprennent de plein droit après déclaration, mais tendent uniquement à la constatation et à la fixation du montant des créances. Si le créancier ne justifie pas de sa déclaration de créance, l'instance reste interrompue et ses demandes de condamnation sont irrecevables.

Faits clés

  • Contrat de location longue durée de matériel informatique conclu le 27 juillet 2020 entre CM-CIC Leasing Solutions et la SAS [N]
  • Résiliation du contrat pour non-paiement des loyers le 31 décembre 2021
  • Ouverture d'un redressement judiciaire de la SAS [N]
  • CM-CIC Leasing Solutions maintient des demandes de condamnation sans justifier de sa déclaration de créance
  • La Sarl Repro-Tech a produit sa déclaration de créance le 12 mars 2025

Articles cités

article L622-22 du code de commerce

Exposé du litige

Faits et procédure Le 26 décembre 2019, la Sas [N] a passé une commande de matériel informatique auprès de la Sarl ReproTech. Ce pack dénommé [A] incluait une licence, une maintenance et une sauvegarde. Le 28 mai 2020, la Sarl ReproTech a attesté avoir fourni le matériel informatique à la Sas [N]. Le 27 juillet 2020, la Sarl ReproTech a cédé le dossier [A] à la Sas CM-CIC Leasing Solutions pour un prix de 40 227,28 € TTC. Ce même jour, la société CM-CIC Leasing Solutions a consenti à la Sas [N] un contrat de location longue durée portant sur le matériel fourni par la Sarl ReproTech pour une durée de 63 mois avec un premier loyer intercalaire de 802,40 € TTC suivi de 21 loyers trimestriels de 2 124 € TTC. A compter du mois d'avril 2021, la Sarl [N] a interrompu les prélèvements effectués par la Sas CM-CIC Leasing Solutions. Le 30 octobre 2021, la Sas CM-CIC Leasing Solutions a mis en demeure la Sarl [N] de s'acquitter de ses règlements conformément au contrat de location signé le 28 mai 2021. Le 31 décembre 2021, par lettre recommandée avec accusé de réception, la Sas CM-CIC Leasing Solutions a prononcé la résiliation du contrat pour non-paiement des loyers. Par acte du 29 décembre 2021, la Sas [N] a fait délivrer assignation devant le tribunal de commerce de Toulouse à la Sarl Repro Tech et la Sas CM-CIC Leasing Solutions. Par jugement du 21 février 2024, le tribunal de commerce de Toulouse a : - débouté la Sas [N] prise en la personne de la Selarl [P] pris en la personne de Me [Z], administrateur provisoire, de toutes ses demandes, fins et prétentions, - condamné la Sas [N] prise en la personne de la Selarl [P] pris en la personne de Me [Z], administrateur provisoire, à payer à la Sas CM-CIC Leasing Solutions la somme de 32 963 €, décomposé comme suit : - loyers impayés : 6 372 € TTC - pénalités (art. 4.4) : 40 € HT - loyers à échoir : 26 550 € HT - clause pénale : 1 € HT Assortie des intérêts de retard au taux contractuel de 1,5 % par mois capitalisés à compter de la date de la présentation de la mise en demeure en date du 7 mai 2021. - fait défense à la Sas [N] d'utiliser le pack logiciel dénommé [A], - débouté la Sarl ReproTech de toutes ses autres demandes, fins et prétentions, - débouté la Sas CM-CIC Leasing Solutions de toutes ses autres demandes, fins et prétentions, - condamné la Sas [N] prise en la personne de la Selarl [P] pris en la personne de Me [Z], administrateur provisoire, à payer à la Sas CM-CIC Leasing Solutions la somme de 800 € au titre des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile, - condamné la Sas [N] prise en la personne de la Selarl [P] pris en la personne de Me [Z], administrateur provisoire, à payer à la Sarl ReproTech la somme de 800 € au titre des dispositions de l'article 700 du Code de procédure civile, - dit l'exécution provisoire de plein droit, - condamné la Sas [N] prise en la personne de la Selarl [P] pris en la personne de Me [Z], administrateur provisoire, aux entiers dépens de l'instance.

Motivations de la décision

MOTIFS Par jugement du 23 janvier 2025, une procédure de redressement judiciaire de la Sas [N] a été ouverte. Il ressort des dispositions de l'article L622-21 du code de commerce que le jugement d'ouverture de la procédure collective interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers et tendant à la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent. Par ailleurs, conformément aux dispositions de l'article L622-22 de code du commerce, dans l'hypothèse d'une procédure collective, les instances en cours sont interrompues jusqu'à ce que le créancier poursuivant ait procédé à la déclaration de sa créance ; elles sont alors reprises de plein droit, les organes de la procédure dûment appelés, mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation de leur montant. En l'espèce, si la Sarl Repro-Tech produit sa déclaration de créance au passif de la société [N] en date du 12 mars 2025, et formule dans ses dernières conclusions saisissant la cour des demandes en fixation de sa créance, la cour ne peut constater que la Sas CM-CIC Leasing Solutions ne justifie pas de sa déclaration de créance, et maintien ses demandes de condamnation, dans ses conclusions postérieures à l'ouverture de la procédure collective. Dans ces conditions, l'instance est toujours interrompue dans le litige opposant la Sas CM-CIC Leasing Solutions à la Sas [N]. Il convient donc d'ordonner la réouverture des débats, afin d'une part d'inviter la Sas CM-CIC Leasing Solutions à produire sa déclaration de créance, et d'autre part de recueillir les observations des parties sur la recevabilité des demandes de condamnation formées par la Sas CM-CIC Leasing Solutions à l'égard de la Sas [N], en dépit de l'ouverture du redressement judiciaire. Dans l'attente, les demandes formées par les parties seront réservées.

Dispositif

PAR CES MOTIFS La Cour statuant dans les limites de sa saisine, avant dire droit, de manière contradictoire, par mise à disposition au greffe, Ordonne la réouverture des débats, et invite : - la Sas CM-CIC Leasing Solutions à produire sa déclaration de créance au passif de la Sas [N], - les parties à formuler leurs observations sur la recevabilité des demandes de condamnation formées par la Sas CM-CIC Leasing Solutions à l'égard de la Sas [N], en dépit de l'ouverture du redressement judiciaire ; Réserve les demandes des parties et les dépens jusqu'à l'arrêt au fond ; Renvoie la présente affaire à l'audience de plaidoirie du 9 décembre 2026 à 14 heures ; La greffière La présidente .

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si une entreprise en redressement judiciaire ne paie plus ses loyers ?
Le contrat peut être résilié pour non-paiement, mais toute action en justice est interrompue par l'ouverture de la procédure collective. Le créancier doit déclarer sa créance au passif pour pouvoir poursuivre.
Un créancier peut-il continuer une action en justice contre une société en redressement judiciaire ?
Non, l'instance est interrompue jusqu'à ce que le créancier ait déclaré sa créance. Après déclaration, l'instance reprend mais ne peut tendre qu'à la constatation de la créance, pas à une condamnation.
Qu'est-ce qu'une déclaration de créance et pourquoi est-elle obligatoire ?
C'est une formalité par laquelle le créancier indique le montant de sa créance au mandataire judiciaire. Elle est obligatoire pour participer à la procédure collective et pour que l'instance puisse reprendre.
Mon instance est-elle interrompue si mon débiteur est placé en redressement judiciaire ?
Oui, l'instance est interrompue de plein droit jusqu'à ce que vous ayez déclaré votre créance. Vous devez également appeler les organes de la procédure.
Puis-je demander la condamnation d'une société en redressement judiciaire sans avoir déclaré ma créance ?
Non, tant que vous n'avez pas déclaré votre créance, l'instance reste interrompue et vos demandes de condamnation sont irrecevables. Vous ne pouvez demander que la fixation de votre créance.
Comment reprendre une instance interrompue par une procédure collective ?
Il faut déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire, puis assigner les organes de la procédure pour que l'instance reprenne. La reprise ne permet que la constatation de la créance.
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