Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour d'appel, rétentions, 29 juillet 2026 — n° 26/00425

Other

Synthèse de la décision

Question juridique

La troisième prolongation de la rétention administrative d'un étranger est-elle justifiée malgré l'absence de perspective raisonnable d'éloignement et l'absence de garanties de représentation ?

Principe retenu

La rétention administrative ne peut être prolongée que si l'administration a exercé toutes les diligences nécessaires et s'il existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement. L'absence de garanties de représentation effectives de l'étranger justifie la prolongation.

Faits clés

  • Monsieur X, de nationalité marocaine, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour de 3 ans.
  • Il a été placé en rétention administrative le 28 mai 2026.
  • Deux prolongations de la rétention ont déjà été ordonnées (26 jours puis 30 jours).
  • La préfète de l'Hérault a sollicité une troisième prolongation de 30 jours.
  • L'intéressé soutient que les autorités consulaires algériennes et marocaines ont refusé de le reconnaître, et que les autorités tunisiennes n'ont pas répondu.

Articles cités

article L 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Exposé du litige

EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE Vu l'arrêté 19 mars 2026 notifié à 16h15 de MADAME LA PRÉFÈTE DE L'HERAULT portant obligation de quitter le territoire national sans délai Assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de 3 ans pris à l'encontre de Monsieur X SE DISANT [R] [N] [X], Vu la décision de placement en rétention administrative du 28 mai 2026 de Monsieur X SE DISANT [R] [N] [X], pendant quatre-vingt-seize heures dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire; Vu l'ordonnance du 3 juin 2026 notifiée le même jour, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Montpellier chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés qui a décidé de prolonger la rétention administrative pour une durée maximale de vingt-six jours, Vu l'ordonnance du 27 juin 2026 notifiée le même jour, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Montpellierchargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés qui a décidé de prolonger la rétention administrative pour une durée maximale de trente jours, décision confirmée par ordonnance de la cour d'appel en date du 30 juin 2026; Vu la saisine de MADAME LA PRÉFÈTE DE L'HERAULT en date du 27 juillet 2026 pour obtenir une troisième prolongation de la rétention de cet étranger, Vu l'ordonnance du 28 juillet 2026 à 10h43 notifiée le même jour à la même heure, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Montpellier chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés qui a décidé de prolonger la rétention administrative pour une durée maximale de trente jours, Vu la déclaration d'appel faite le 28 Juillet 2026 par Monsieur X SE DISANT [R] [N] [X] , du centre de rétention administrative de [Localité 2], transmise au greffe de la cour d'appel de Montpellier le même jour à 17h27, Vu les courriels adressés le 29 Juillet 2026 à MADAME LA PRÉFÈTE DE L'HERAULT, à l'intéressé, à son conseil, et au Ministère Public les informant que l'audience sera tenue le 29 Juillet 2026 à 13 H 30, Vu le mémoire adressé par courriel le 29 juillet 2026 par le représentant de la Préfète de l'Hérault au greffe de la Cour d'Appel de Montpellier à 13h12, et transmis de manière contradictoire le même jour à 13h24 : L'avocat et l'appelant, qui ont pu préalablement prendre connaissance de la procédure, se sont entretenus librement par visio conférence entre dans la salle de viso conférence du centre de rétention administrative de [Localité 2] et la salle d'audience de la cour d'appel, les portes des salles étant fermées pour assurer la confidentialité de l'entretien, en la seule présence de l'interprète, et ce, sur le temps de l'audience fixée, avec l'accord du délégué du premier président de la cour d'appel de Montpellier. Vu la note d'audience du 29 Juillet 2026, mentionnant les prétentions et moyens développés par les parties,

Motivations de la décision

MOTIFS: Sur la recevabilité de l'appel : Le 28 Juillet 2026, à 17h27, Monsieur X SE DISANT [R] [N] [X] a formalisé appel motivé de l'ordonnance du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Montpellier chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés du notifiée à 10h43, soit dans le délai prévu à l'article R 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le moyen tiré de l'irrégularité de la saisine du premier juge pour tardiveté Aux termes de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours, le jour du début de la prolongation étant ainsi le lendemain du jour d'expiration de la précédente période. En l'espèce, l'arrêté de placement en rétention a été pris le 28 mai 2026, de sorte que la première prolongation de vingt-six jours ordonnée le 2 juin 2026 a porté la période de rétention à un total de trente jours expirant le 27 juin 2026. La seconde période de trente jours a donc couru à compter du 28 juin 2026, lendemain de l'expiration de la précédente période, pour s'achever, en cumul, au soixantième jour suivant le placement initial, soit le 27 juillet 2026, et non le 26 juillet 2026 comme le soutient à tort l'appelant, qui fait courir à tort le nouveau délai depuis le 27 juin 2026 lui-même plutôt que depuis le lendemain de cette date. En conséquence, la requête du préfet, saisissant le premier juge le 27 juillet 2026, est intervenue dans le délai légal de soixante jours et non au soixante-et-unième jour comme allégué. Le moyen, non repris oralement à l'audience par l'avocate de l'intéressé, tiré de la tardiveté de la saisine sera en conséquence rejeté. Sur le deuxième moyen, tiré de la contestation du motif de la prolongation Aux termes de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge peut ordonner la prolongation de la rétention lorsqu'est caractérisée l'une au moins des conditions alternatives qu'il énumère, au nombre desquelles figurent l'urgence absolue ou la menace pour l'ordre public, l'impossibilité d'exécution de la mesure d'éloignement résultant notamment de la dissimulation ou du défaut d'identification de la nationalité de l'intéressé, ainsi que l'absence de garanties de représentation faisant obstacle à une exécution immédiate. En l'espèce, même si ce moyen n'a pas été repris à l'audience, force est de constater que l'appelant conteste la seule caractérisation d'une urgence absolue ou d'une menace pour l'ordre public. Il ressort cependant de l'ordonnance entreprise que le premier juge n'a pas fondé la prolongation sur ce seul motif mais a également retenu, d'une part, l'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement tenant à l'absence d'identification de la nationalité de l'intéressé, celui-ci n'ayant pas été reconnu par les autorités consulaires sollicitées, et, d'autre part, l'absence de garanties de représentation faisant obstacle à toute exécution immédiate de la mesure. S'agissant du motif tiré de la menace pour l'ordre public, l'analyse retenue par le premier juge apparaît en tout état de cause pertinente et sera validée par cette Cour. En conséquence, la prolongation de la rétention reposant sur plusieurs des conditions alternatives parfaitement appréciées par le premier juge et prévues par l'article L. 742-4 précité le moyen sera rejeté. Sur le troisième moyen, tiré de l'absence de perspective raisonnable d'éloignement Il résulte de l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un étranger ne peut être maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ, l'administration devant exercer toute diligence à cet effet, la rétention ne pouvant se poursuivre que si demeure une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement à l'expiration de la période de prolongation sollicitée. En l'espèce, l'appelant soutient que les autorités consulaires algériennes et marocaines ont refusé de le reconnaître comme leur ressortissant et que les autorités tunisiennes n'ont pas répondu aux sollicitations de l'administration, ce dont il déduit que toute perspective d'éloignement serait désormais nulle. Il ne ressort toutefois d'aucun élément du dossier que ces refus ou cette absence de réponse rendraient impossible toute identification et tout éloignement à l'expiration de la présente prolongation, l'administration poursuivant ses diligences, notamment auprès des autorités tunisiennes dont la saisine demeure pendante. En conséquence, rien ne permet d'affirmer que l'exécution de la mesure d'éloignement serait devenue impossible à l'expiration de cette troisième prolongation, de sorte que le moyen tiré de l'absence de perspective raisonnable d'éloignement sera rejeté. Sur le fond En l'espèce, comme l'a retenu par le premier juge, l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque de soustraction à la mesure qui est considéré comme établi au visa des articles L 741-1, L 612-2 et L 612-3 du ceseda. Il y a lieu en conséquence de confirmer l'ordonnance déférée. PAR CES MOTIFS : Statuant après débats en audience publique, par mise à disposition au greffe

Dispositif

Déclarons l'appel recevable, Rejetons les moyens élevés par l'intéressé, Confirmons la décision déférée, Fait à Montpellier, au palais de justice, le 29 Juillet 2026 à 15h25. Le greffier, Le magistrat délégué,

Questions fréquentes

Quelle est la durée maximale de rétention administrative en France ?
En principe, la rétention administrative peut durer jusqu'à 90 jours, renouvelable par tranches de 30 jours, sous conditions. Dans cette affaire, une troisième prolongation de 30 jours a été accordée, portant la durée totale à 90 jours.
Quelles sont les conditions pour prolonger la rétention ?
La prolongation est possible si l'administration a exercé toutes les diligences nécessaires et s'il existe une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement. De plus, l'étranger ne doit pas présenter de garanties de représentation suffisantes.
Que se passe-t-il si mon pays refuse de me reconnaître comme ressortissant ?
Le refus de reconnaissance par les autorités consulaires ne rend pas automatiquement impossible l'éloignement. L'administration peut poursuivre ses démarches auprès d'autres pays, comme cela a été fait ici avec les autorités tunisiennes.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez faire appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans les 24 heures suivant sa notification. Dans cette affaire, l'appel a été déclaré recevable mais les moyens ont été rejetés.
Qu'est-ce qu'une perspective raisonnable d'éloignement ?
C'est la possibilité réelle d'exécuter la mesure d'éloignement (expulsion) dans un délai raisonnable. Si cette perspective disparaît, la rétention doit être levée. Ici, la cour a estimé que la perspective existait encore malgré les difficultés.
Quels sont les droits d'un étranger en rétention ?
L'étranger a droit à un avocat, à un interprète, à des soins médicaux, et peut communiquer avec l'extérieur. Il peut aussi contester les décisions le concernant. Dans cette affaire, l'appelant a été assisté d'un avocat et d'un interprète.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.