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Cour d'appel, 1ère chambre section b, 29 juillet 2026 — n° 26/00030

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Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge chargé du contrôle des mesures privatives ou restrictives de liberté peut-il autoriser la poursuite d'une hospitalisation complète en soins psychiatriques sans consentement lorsque le patient présente des troubles du comportement avec risque de fugues et d'agressivité, malgré des éléments positifs d'évolution ?

Principe retenu

L'hospitalisation complète sans consentement est possible lorsque les troubles mentaux compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte de façon grave à l'ordre public, et que la surveillance médicale constante est nécessaire. Le juge contrôle la régularité et le bien-fondé de la mesure, sans apprécier l'opportunité médicale, mais en vérifiant les motifs au regard des critères du code de la santé publique. La poursuite de l'hospitalisation est justifiée si l'état du patient reste fragile et nécessite une prise en charge thérapeutique soutenue pour prévenir des passages à l'acte hétéro-agressifs.

Faits clés

  • M. [V] [R] [G], âgé de 25 ans, bénéficie d'une curatelle renforcée
  • Admis en soins psychiatriques sans consentement le 28 avril 2022 par arrêté préfectoral
  • Hospitalisation complète maintenue par ordonnance du 17 juillet 2026 du juge du tribunal judiciaire du Mans
  • Le patient présente des moments d'agitation, colères incontrôlables et fugues répétées
  • Le patient est actif dans ses démarches judiciaires et recherche une activité professionnelle

Articles cités

article L. 3212-1 du code de la santé publique article L. 3212-3 du code de la santé publique article L. 3211-12-1 du code de la santé publique article L. 3211-12-2 du code de la santé publique article 450 du code de procédure civile

Exposé du litige

*** Exposé de la situation M. [V] [R] [G] est âgé de 25 ans comme étant né le 05 mars 2001. Il bénéficie d'une curatelle renforcée exercée par l'ATH de la Sarthe. Il a été admis le 28 avril 2022 en soins psychiatriques sans consentement, sous la forme de l'hospitalisation complète par arrêté du Préfet de la Sarthe établi le même jour, sur la base d'un certificat médical réalisé à la même date émanant du Dr [C], exerçant au service d'accueil des urgences (SAU), indiquant que cette personne, présente une une auto agressivité et une hétéro agressivité dans un contexte de troubles psychopathe compromettant la sûreté des personnes ou portant atteinte, de façon grave à l'ordre public. Par arrêté en date du 02 mai 2022 du Préfet de la Sarthe, a maintenu l'hospitalisation complète sur la base d'un certificat médical du 30 avril 2022 émanant du Dr [U], psychiatre à l'Etablissement Publique de Santé Mentale (EPSM) de la Sarthe, indiquant que cette personne, présente une banalisation totale et une minimisation des troubles du comportement à l'origine de l'hospitalisation. Le patient tient un discours décousu et manipulateur sans aucune critique. Le Dr [U] retient que la surveillance doit se poursuivre en chambre de soins intensifs et qu'en cas d'absence de surveillance médicale constante, les troubles sont susceptibles de compromettre l'ordre public et la sécurité des personnes. Par ordonnance du 24 novembre 2022, le président de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Angers a ordonné l'admission en soins psychiatriques de M. [V] [R] [G] sous la forme d'une hospitalisation complète consécutivement à un arrêt de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Angers du même jour ayant constaté son irresponsabilité pénale pour trouble mental. Par ordonnance du 22 novembre 2024, le juge des libertés et la détention, saisi par le préfet de la Sarthe le 14 novembre 2024 a maintenu le régime de l'hospitalisation complète. Par courrier du 25 mars 2025, M. [R] [G] a sollicité la mainlevée de la mesure de soins psychiatriques sans consentement. Par ordonnance en date du 04 avril 2025, le juge chargé du contrôle des mesures de soins psychiatriques du tribunal judiciaire du Mans a rejeté la demande de mainlevée de M. [V] [R] [G]. Cette décision sera confirmée par ordonnance de la Cour d'appel de céans en date du 16 avril 2025. Par requête en date du 26 mars 2026, M. [V] [R] [G] a sollicité la main levée de la mesure de soins psychiatrique sans consentement sous la forme de l'hospitalisation complète. Par ordonnance en date du 03 avril 2026, le juge du tribunal judiciaire du Mans chargé du contrôle des mesures privatives ou restrictives de liberté dans le domaine des soins sans consentement a rejeté la demande de mainlevée de la mesure d'hospitalisation complète sollicitée par M.[V] [R] [G]. Un collège d'expert s'est réuni en date du 09 juillet 2026, composé de M. [N] représentant de l'équipe pluridisciplinaire participant à la prise en charge du patient, du Dr [S], psychiatre ne participant pas à la prise en charge et le Dr [E], psychiatre participant à la prise en charge, a été rendu, suite à la convocation adressée par le Directeur de l'EPSM de la Sarthe. Il ressort de l'avis du collège que le patient est hospitalisé au long cours pour prise en charge de sa pathologie psychiatrique chronique. Lors de l'entretien M. [V] [R] [G] se montre instable sur le plan psychomoteur avec des rires immotivés, peut se montrer menaçant par moment son discours reste pauvre. Son temps d'hospitalisation est marqué par des épisodes d'énervement, d'irritabilité, de fugue et des consommations de toxiques lors de ses sorties autorisées. Aucune prise de conscience de sa maladie ni de ses troubles dit qu'il est psychopathe sans savoir autant sur la signification du terme.

Motivations de la décision

SUR CE A titre liminaire, il convient de constater la recevabilité de l'appel effectué dans les conditions de délai prévues par la loi. En application de l'article L. 3213-1 du code de la santé publique, le représentant de l'État dans le département peut prononcer l'admission en soins psychiatriques des personnes dont les troubles mentaux nécessitent des soins et compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte, de façon grave, à l'ordre public. Ces soins peuvent prendre la forme d'une hospitalisation complète lorsqu'ils requièrent une surveillance médicale constante. Il y a lieu par ailleurs de rappeler que le juge chargé du contrôle des mesures privatives ou restrictives de liberté dans le domaine des soins sans consentement opère un contrôle de la régularité de la mesure et de son bien-fondé, ce qui emporte, non pas une appréciation de l'opportunité médicale de la mesure mais un contrôle de ses motifs au regard des critères précisés par le code de la santé publique. La pathologie sévère et ancienne dont souffre M. [R] [G] requiert toujours une prise en charge thérapeutique soutenue au sein d'un établissement psychiatrique spécialisé afin de prévenir tout nouveau passage à l'acte hétéro agressif comme celui à l'origine duquel il a été interné en 2022. Des éléments positifs sont à constater dans l'évolution de M. [R] [G] qui se montre actif dans les démarches judiciaires pour voir sa situation être modifiée, et dans la recherche d'une activité professionnelle et d'une prise en charge dans un foyer. Toutefois les certificats médicaux mensuels, comme l'avis unanime du collége d'experts, et le certificat du [Etablissement 1] [S] alertent sur la subsistance de moments d'agitation, de colères incontrôlables et de fugues répétées, qui démontrent que son état psychique est toujours fragile et vulnérable nécessitant une consolidation non encore acquise au moyen de réajustements thérapeutiques. Dans ce contexte l'ordonnance critiquée doit être confirmée. En l'espèce, il n'est pas relevé d'irrégularité de la procédure. *** PAR CES MOTIFS La déléguée du premier président, statuant publiquement, par mise à disposition de notre ordonnance au greffe de la Cour ; CONSTATONS la recevabilité de l'appel ; CONFIRMONS l'ordonnance du juge du tribunal judiciaire du Mans chargé du contrôle des mesures privatives ou restrictives de liberté dans le domaine des soins sans consentement en date du 17 juillet 2026 ;

Dispositif

LAISSONS les dépens à la charge de l'Etat. LE GREFFIER LA DÉLÉGUÉE DU PREMIER PRÉSIDENT

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour maintenir une hospitalisation complète sans consentement ?
L'hospitalisation complète sans consentement peut être maintenue si les troubles mentaux compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte de façon grave à l'ordre public, et si une surveillance médicale constante est nécessaire. Dans cette affaire, le juge a confirmé le maintien car le patient présentait des moments d'agitation, des colères incontrôlables et des fugues répétées, montrant que son état psychique restait fragile.
Quel est le rôle du juge dans le contrôle des hospitalisations psychiatriques ?
Le juge chargé du contrôle des mesures privatives ou restrictives de liberté vérifie la régularité de la procédure et le bien-fondé de la mesure. Il ne se prononce pas sur l'opportunité médicale, mais contrôle que les motifs correspondent aux critères du code de la santé publique. Dans cette affaire, le juge a constaté l'absence d'irrégularité et confirmé la décision.
Un patient peut-il être maintenu en hôpital psychiatrique s'il fait des fugues ?
Oui, les fugues répétées peuvent être un signe de fragilité et justifier le maintien de l'hospitalisation complète. Dans cette affaire, les fugues répétées, associées à des moments d'agitation et de colères incontrôlables, ont démontré que l'état du patient nécessitait toujours une prise en charge thérapeutique soutenue pour prévenir des passages à l'acte hétéro-agressifs.
Comment contester une décision de maintien en hospitalisation complète ?
La décision du juge peut être contestée par un appel dans un délai de 10 jours à compter de sa notification. Dans cette affaire, le patient a fait appel de l'ordonnance du 17 juillet 2026, et la cour d'appel a confirmé la décision après avoir examiné les certificats médicaux et l'évolution du patient.
Quels sont les droits d'un patient hospitalisé sans consentement ?
Le patient hospitalisé sans consentement a le droit d'être informé de sa situation, de consulter un avocat, de demander la mainlevée de la mesure, et de faire appel des décisions. Dans cette affaire, le patient a été assisté d'un avocat commis d'office et a pu exercer son droit d'appel.
Qu'est-ce qu'une curatelle renforcée et quel est son impact sur une hospitalisation ?
La curatelle renforcée est une mesure de protection judiciaire pour les personnes majeures qui ont besoin d'être assistées dans les actes de la vie civile. Dans cette affaire, le patient bénéficiait d'une curatelle renforcée exercée par l'ATH de la Sarthe, mais cela n'a pas empêché son hospitalisation sans consentement, car les critères de dangerosité étaient réunis.
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