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Cour d'appel, retentions, 29 juillet 2026 — n° 26/06068

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Synthèse de la décision

Question juridique

L'état de santé d'un étranger placé en rétention administrative, nécessitant une kinésithérapie non disponible en centre de rétention, fait-il obstacle à la prolongation de sa rétention ?

Principe retenu

L'état de santé d'un étranger ne fait obstacle à la prolongation de sa rétention que s'il est incompatible avec le maintien en rétention. Un certificat médical attestant d'un besoin de soins non disponibles en centre de rétention ne suffit pas à établir une telle incompatibilité, surtout si l'argument n'a pas été soulevé en première instance.

Faits clés

  • OQTF sans délai avec interdiction de retour de 36 mois notifiée le 7 octobre 2025
  • Placement en rétention administrative le 23 juillet 2026
  • Prolongation de la rétention de 26 jours ordonnée par le juge du tribunal judiciaire le 27 juillet 2026
  • Appel interjeté le 28 juillet 2026
  • Certificat médical du 19 janvier 2026 attestant d'une fracture ouverte de la cheville droite nécessitant une kinésithérapie

Articles cités

article L.741-3 du CESEDA article L.742-4 du CESEDA article L.743-21 du CESEDA article R.743-10 du CESEDA article R.743-11 du CESEDA article 455 du code de procédure civile

Exposé du litige

FAITS ET PROCÉDURE Une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour de 36 mois a été notifiée à [G] [P] le 7 octobre 2025. Par décision du 23 juillet 2026, l'autorité administrative a ordonné le placement d'[G] [P] en rétention dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire à compter du 23 juillet 2026. Par requête en date du 24 Juillet 2026, l'autorité administrative saisissait le juge du tribunal judiciaire de Lyon aux fins de voir ordonnée la prolongation pour une durée de vingt-six jours. Le juge du tribunal judiciaire de Lyon, dans son ordonnance du 27 juillet 2026 à 14 heures 23, a fait droit à cette requête. [G] [P] a interjeté appel de cette ordonnance par déclaration au greffe le mardi 28 juillet 2026 10 heures 47 soulevant l'absence de la prise en compte de son état de santé qui nécessiterait la prise en charge d'une kinésithérapie qui ne pourrait être assurée en centre de rétention administrative. Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du vendredi 24 juillet 2026 à 10 heures 30. [G] [P] a comparu et a été assisté d'un interprète et de son avocat. Le conseil d'[G] [P] a été entendu en sa plaidoirie pour soutenir les termes de la requête d'appel. Le préfet du Rhône, représenté par son conseil, a demandé la confirmation de l'ordonnance déférée. [G] [P] a eu la parole en dernier. Pour satisfaire aux dispositions de l'article 455 du code de procédure civile, il est expressément renvoyé pour plus de précisions sur les faits, prétentions et arguments des parties à la décision entreprise et aux conclusions et requête d'appel, comme pour l'exposé des moyens à l'énoncé qui en sera fait ci-dessous dans les motifs.

Motivations de la décision

MOTIVATION Sur la recevabilité de l'appel L'appel d'[G] [P] relevé dans les formes et délais légaux prévus par les dispositions des articles L. 743-21, R. 743-10 et R. 743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) est déclaré recevable.  Sur le bien-fondé de la requête L'article L. 741-3 du CESEDA rappelle qu'un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que le temps strictement nécessaire à son départ et que l'administration doit exercer toute diligence à cet effet. L'article L. 742-4 du même code dispose que « Le magistrat du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants : 1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ; 2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ; 3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison : a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ; b) de l'absence de moyens de transport. L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2. Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours. La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours. » Dans sa déclaration d'appel, [G] [P] expose : « J'ai l'honneur de faire appel de l'ordonnance de prolongation de rétention administrative rendue 27 juillet 2026 par Madame la Juge au tribunal judiciaire de Lyon. En effet, j'estime que la procédure est irrégulière et qu'elle devra, par conséquent, être annulée'. J'estime que la Préfecture n'a pas effectué les diligences nécessaires afin d'organiser mon départ pendant les quatre premiers jours de ma rétention. De plus, Madame la juge judicaire a insuffisamment pris en compte mon état de santé. En l'espèce, je justifie d'un besoin de prise en charge kinésithérapie, qui ne peut être assuré au centre de rétention administrative, en l'absence de soignant diplômé comme tel. » Le juge du tribunal judiciaire de Lyon a exposé que la recevabilité de la requête et sa régularité n'étaient pas discutées, qu'il en était de même s'agissant de la régularité de la rétention et que la personne ne remplissait pas les conditions d'une assignation à résidence. Au soutien de son recours, [G] [P] soutient désormais l'insuffisance des diligences nécessaires afin d'organiser son retour alors qu'il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire national et qu'il n'est pas détenteur d'un passeport en cours de validité. Lors de l'audience devant le premier juge, son conseil avait acté qu'il y avait une reconnaissance des autorités algériennes le concernant. Les démarches en vue de son éloignement ont donc débuté comme le précisait la Préfecture s'agissant d'une demande de laissez-passer consulaire auprès des autorités algériennes. Son placement en rétention fait suite à sa levée d'écrou ayant été condamné par le Tribunal correctionnel de Lyon siégeant en comparutions immédiates, le 8 octobre 2025, à 10 mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité avec mandat de dépôt décerné à son encontre. Au soutien de son recours, [G] [P] soutient désormais qu'il justifie du besoin d'une kinésithérapie qui ne peut être mise en place au centre de rétention. Cet élément apparaît comme un élément nouveau par rapport à la première instance. Si [G] [P] avait pu indiquer souhaiter poursuivre les soins subséquents à l'opération subie suite à sa blessure par balle, il n'avait pas soulevé une quelconque vulnérabilité rendant son placement en centre de rétentions impossible. Non soulevé en première instance, il ne peut être fait grief au premier juge de ne pas l'avoir évoqué. [G] [P] produit au soutien de son argumentaire un certificat médical dressé par le Dr [I] intervenant au sein de l'Unité Sanitaire en Milieu Pénitentiaire de [Localité 3], en date du 19 janvier 2026, indiquant qu'il nécessiterait une prise en charge de kinésithérapie suite à une fracture ouverte de la cheville droite datant de début octobre 2025 et qu'il n'y avait pas de kinésithérapeute à l'USMP à [Localité 3]. Ce certificat n'établit pas pour autant une incompatibilité avec le maintien en milieu carcéral. La préfecture a transmis un bulletin de passage devant le Service d'Accueil Médical des Centres de Rétention de [Localité 4], concernant [G] [P] qui a donc été examiné lors de son arrivé sans qu'il soit rapporté que celui-ci aurait parlé de sa cheville ou de tout autre élément rendant son maintien en centre de rétention particulièrement difficile. C'est à juste titre que le premier juge a fait droit à la requête en prolongation de la rétention administrative sans que le nouvel argument de l'intérêt de la mise en place d'une kinésithérapie soit recevable ou soit appréciée comme signifiante d'une impossibilité de maintien en centre de rétention. PAR CES MOTIFS

Dispositif

Déclarons recevable l'appel formé par [G] [P], Confirmons l'ordonnance déférée. Le greffier, La conseillère déléguée, Judith DOS SANTOS ANTUNES Valérie SAGNE

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une rétention administrative ?
La rétention administrative est une mesure privative de liberté visant à maintenir un étranger en situation irrégulière dans un centre de rétention afin de préparer son éloignement. Elle est ordonnée par l'autorité administrative et peut être prolongée par le juge des libertés et de la détention.
Quels sont les recours contre une décision de prolongation de rétention ?
L'étranger peut interjeter appel de l'ordonnance de prolongation devant le premier président de la cour d'appel ou son délégué, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance. L'appel doit être formé par déclaration au greffe.
L'état de santé peut-il justifier la fin de la rétention ?
Oui, si l'état de santé est incompatible avec le maintien en rétention. Toutefois, un simple besoin de soins non disponibles ne suffit pas ; il faut démontrer une incompatibilité réelle, par exemple un certificat médical établissant que la rétention aggrave l'état de santé ou empêche des soins indispensables.
Quels documents médicaux sont nécessaires pour invoquer un problème de santé ?
Il est recommandé de fournir un certificat médical détaillé indiquant la pathologie, les soins nécessaires, et l'impact de la rétention sur la santé. Dans cette affaire, un certificat attestant d'une fracture et de la nécessité de kinésithérapie n'a pas été jugé suffisant car il n'établissait pas l'incompatibilité.
Que se passe-t-il si l'argument de santé n'a pas été soulevé en première instance ?
En appel, les moyens nouveaux sont recevables, mais le juge d'appel peut considérer que le premier juge n'a pas commis d'erreur en ne les examinant pas. Dans cette affaire, la cour a estimé que l'argument de kinésithérapie, soulevé pour la première fois en appel, ne remettait pas en cause la décision de prolongation.
Quelle est la durée maximale de la rétention administrative ?
La durée maximale de la rétention est de 90 jours, renouvelable par périodes de 15 ou 26 jours selon les cas, sous contrôle du juge. Dans cette affaire, une prolongation de 26 jours a été accordée.
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