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Cour d'appel, rétention_recoursjld, 28 juillet 2026 — n° 26/00776

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Synthèse de la décision

Question juridique

La seconde prolongation exceptionnelle de la rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est-elle légale lorsque l'étranger a été condamné pour des faits d'une particulière gravité et présente un risque de récidive ?

Principe retenu

La rétention administrative peut être prolongée à titre exceptionnel pour une durée maximale de 30 jours lorsque l'étranger a fait l'objet d'une condamnation pour des faits d'une particulière gravité et présente de forts risques de récidive, conformément à la loi du 11 août 2025. La prolongation est justifiée si elle est nécessaire pour permettre l'exécution de la mesure d'éloignement.

Faits clés

  • M. [A] [Z], ressortissant tunisien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant 10 ans le 26 juin 2026.
  • Il a été placé en rétention administrative le 27 juin 2026.
  • Une première prolongation de 26 jours a été ordonnée le 1er juillet 2026, confirmée en appel le 3 juillet 2026.
  • Le préfet a demandé une seconde prolongation exceptionnelle de 30 jours, accordée par ordonnance du 26 juillet 2026.
  • M. [Z] a interjeté appel de cette ordonnance le 27 juillet 2026.

Articles cités

article L.742-4 du CESEDA article L.743-7 du CESEDA article L.741-1 du CESEDA article L.742-1 du CESEDA article L.743-9 du CESEDA article R.741-3 du CESEDA article R.743-1 du CESEDA article L.743-19 du CESEDA article L.743-21 du CESEDA article R.743-20 du CESEDA article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958

Exposé du litige

Ordonnance N°766 N° RG 26/00776 - N° Portalis DBVH-V-B7K-KALP Recours c/ déci TJ [Localité 1] 26 juillet 2026 [Z] C/ [Adresse 1] COUR D'APPEL DE NÎMES Cabinet du Premier Président Ordonnance du 28 JUILLET 2026 (Au titre de l'article L. 742-4 du CESEDA) Nous, Mme Marine KARSENTI, Conseillère à la Cour d'Appel de Nîmes, désignée par le Premier Président de la Cour d'Appel de Nîmes pour statuer sur les appels des ordonnances du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assistée de Mme Audrey BACHIMONT, Greffière, En vertu de l'article L.743-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une visioconférence a été organisée entre la cour d'appel de Nîmes et le centre de rétention administrative de [Etablissement 1] pour la tenue de l'audience. Vu l'arrêté préfectoral ordonnant une obligation de quitter le territoire français en date du 26 juin 2026 notifié le 27 juin 2026, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 26 juin 2026, notifiée le 27 juin 2026 à 08h57 concernant : M. [A] [Z] né le 10 Décembre 1979 à [Localité 2] de nationalité Tunisienne Vu la requête reçue au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative le 25 juillet 2026 à 10h04, enregistrée sous le N°RG 26/03570 présentée par M.le Préfet des Bouches du Rhône ; Vu l'ordonnance rendue le 26 Juillet 2026 à 13h16 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative sur seconde prolongation, à titre exceptionnel qui a : * Déclaré la requête recevable ; * Ordonné pour une durée maximale de 30 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 26 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [A] [Z] ; * Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter du 26 juillet 2026 ; Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [A] [Z] le 27 Juillet 2026 à 12h12 ; Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de Nîmes régulièrement avisé ; Vu la présence de Me Matthias GIMENEZ substituant la Selarl Centaure avocats, avocat de Monsieur le Préfet des Bouches du Rhône qui a été entendu en sa plaidoirie ; Vu l'assistance de M. [F] [M] interprète en langue arabe inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel de Nîmes ; Vu la comparution de Monsieur [A] [Z], régulièrement convoqué ; Vu la présence de Me Adil ABDELLAOUI, avocat de Monsieur [A] [Z] qui a été entendu en sa plaidoirie ;

Motivations de la décision

MOTIFS : Monsieur [Z] a reçu notification le 27 juin 2026 d'un arrêté préfectoral du 26 juin 2026 lui faisant obligation de quitter le territoire national sans délai avec interdiction de retour pendant 10 ans. Par arrêté préfectoral en date du 26 juin 2026, qui lui a été notifié le 27 juin 2026 à 8h57, il a été placé en rétention administrative aux fins d'exécution de la mesure d'éloignement. Par requêtes reçues le 30 juin 2026 à 17h54 et à 9h46, Monsieur [Z] et le Préfet des Bouches du Rhône ont respectivement saisi le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes d'une contestation de ce placement en rétention et d'une demande en prolongation de la mesure. Par ordonnance prononcée le 1er juillet 2026, confirmée par la cour d'appel le 3 juillet 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a rejeté les exceptions de nullité soulevées ainsi que les moyens présentés par Monsieur [Z] et ordonné la prolongation de sa rétention administrative pour vingt-six jours. Par requête reçue le 25 juillet 2026 à 10h04, le Préfet a sollicité que la mesure de rétention administrative de Monsieur [Z] soit de nouveau prolongée pour trente jours et le 26 juillet 2026 à 13h16, par ordonnance notifiée à M. [Z] à 15h43, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a fait droit à cette demande. Monsieur [Z] a interjeté appel de cette ordonnance le 27 juillet 2026 à 12h12. Sa déclaration d'appel relève l'irrégularité de la requête en prolongation pour incompétence de son signataire. A l'audience, Monsieur [Z]': - Déclare qu'il est dépourvu de tout document d'identité, qu'il est opposé à un retour en en Tunisie, qu'il est sans domicile fixe, qu'il est fatigué car il a déjà été placé à dix reprises en rétention, - Sollicite l'infirmation de l'ordonnance querellée et sa remise en liberté immédiate. Son avocat : - Se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la requête en prolongation de la mesure de rétention, - Soulève l'absence de perspectives d'éloignement dans la mesure où M. [Z] a déjà été placé en rétention à dix reprises, M. [Z] n'a pas établi de documents d'identité en Tunisie et il ne sera pas reconnu. Le conseil du préfet demande la confirmation de l'ordonnance critiquée. Il relève que M. [Z] est dépourvu de garanties de représentation et que son comportement représente une menace à l'ordre public. SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL : L'appel interjeté par Monsieur [Z] à l'encontre d'une ordonnance du magistrat du siège du Tribunal judiciaire de Nîmes dûment notifiée a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21 et R.743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est donc recevable. SUR LE FOND : Selon l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation de la rétention au-delà de la période de 30 jours dans les cas suivants : « 1° en cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public'; 2° lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement'; 3° lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison': a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement'; b) de l'absence de moyens de transport.'» La prolongation de la rétention court alors «'à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours ». Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient, un étranger ne pouvant être placé ou maintenu en rétention «'que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet'». Sur le défaut de perspectives d'éloignement': En l'espèce, Monsieur [Z] ne disposait au moment de sa levée d'écrou, d'aucun justificatif en original de son identité ni d'aucun document de voyage et n'en a pas davantage communiqué depuis aux autorités administratives, de telle sorte qu'il est nécessaire de l'identifier formellement avant de pouvoir procéder à son éloignement effectif. Par réponse en date du 25 mars 2025, les autorités tunisiennes ont indiqué ne pas identifier M. [Z] comme l'un de leurs ressortissants. Le consulat du Maroc a été saisi d'une demande d'identification et de laissez-passer le 26 juin 2026 et le consulat d'Algérie le 29 juin 2026, dès le placement en rétention de l'intéressé. Une relance a été adressée aux autorités marocaines le 6 juillet 2026 ainsi que le 22 juillet 2026 à l'attention des autorités algériennes. M. [Z] ne produit aucun élément relatif aux précédentes rétentions. L'administration n'est pas tenue d'établir de perspectives d'éloignement à bref délai. Aucune des pièces du dossier ne permet de considérer que l'éloignement ne serait plus possible pour l'intéressé, les autorités algériennes et marocaines ayant été valablement saisies et il convient de rejeter le moyen tiré du défaut de perspectives d'éloignement. Sur la menace à l'ordre public': S'il convient de rappeler que la commission d'une infraction pénale n'est pas de nature, à elle seule, à établir que le comportement de l'intéressé présenterait une menace pour l'ordre public, la réalité de la menace doit être appréciée à la date considérée. Cette menace est caractérisée dès lors qu'elle survient au cours de la prolongation ordonnée, sans qu'il soit nécessaire de rechercher si un trouble à l'ordre public nouveau est intervenu au cours de la dernière période de rétention. En effet, ce n'est pas l'acte troublant l'ordre public qui est recherché, mais bien la réalité de la menace. En l'espèce, le bulletin n°2 du casier judiciaire de M. [Z] porte trace de 12 condamnations, dont une condamnation le 7 novembre 2024 à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol et une condamnation le 5 février 2025 à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol en récidive. Le nombre, la fréquence de ces condamnations, ainsi que la qualification des faits pour lesquels M. [Z] a été condamné et les peines prononcées à son égard, tant par leur nature que par leur quantum, permettent, en l'absence de toute manifestation de réhabilitation, d'établir que la présence de M. [Z] sur le territoire national constitue une menace pour l'ordre public. Les circonstances et conditions exigées par l'article L. 742-4 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont donc satisfaites et la requête en prolongation de la rétention administrative de Monsieur [Z] fondée en droit. SUR LA SITUATION PERSONNELLE DE MONSIEUR [Z] : Monsieur [Z], présent irrégulièrement en France est dépourvu de passeport et de pièces administratives pouvant justifier de son identité et de son origine de telle sorte qu'une assignation à résidence judiciaire est en tout état de cause exclue par les dispositions de l'article L743-13 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie de plus d'aucune adresse ni domicile stable en France, ne démontre aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucun revenu, ni possibilité de financement pour assurer son retour dans son pays.

Dispositif

DECLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [A] [Z] ; CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ; RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 2]. Fait à la Cour d'Appel de Nîmes, Le 28 Juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRESIDENT, ' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 1] à M. [A] [Z], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe. Le à H Signature du retenu Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel à : Monsieur [A] [Z], pour notification par le CRA, Me Adil ABDELLAOUI, avocat, Le Préfet des Bouches du Rhône, Centaure avocats Le Directeur du CRA de [Localité 1], Le Ministère Public près la Cour d'Appel de Nîmes, Le Magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une seconde prolongation exceptionnelle de rétention administrative ?
C'est une prolongation supplémentaire de la rétention, d'une durée maximale de 30 jours, qui peut être accordée à titre exceptionnel lorsque l'étranger a été condamné pour des faits d'une particulière gravité et présente de forts risques de récidive, conformément à la loi du 11 août 2025.
Quels sont les motifs pour prolonger la rétention d'un étranger ?
La rétention peut être prolongée pour permettre l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans ce cas, la prolongation exceptionnelle est justifiée par la condamnation de l'étranger pour des faits d'une particulière gravité et son risque de récidive, comme l'a retenu le juge.
Comment contester une prolongation de rétention administrative ?
Vous pouvez interjeter appel de l'ordonnance de prolongation devant la cour d'appel dans un délai de 24 heures. L'appel est examiné lors d'une audience, souvent par visioconférence, et vous devez être assisté d'un avocat et d'un interprète si nécessaire.
Quelle est la durée maximale de rétention administrative ?
La durée maximale de rétention est généralement de 90 jours, mais elle peut être prolongée à titre exceptionnel jusqu'à 30 jours supplémentaires pour les personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant un risque de récidive, comme dans cette affaire.
Que se passe-t-il si je suis condamné pour des faits graves et que je risque de récidiver ?
Selon la loi du 11 août 2025, vous pouvez être maintenu en rétention plus longtemps, jusqu'à 30 jours supplémentaires, afin de faciliter votre éloignement. Le juge vérifie que cette prolongation est nécessaire et proportionnée.
Puis-je faire appel d'une ordonnance de prolongation de rétention ?
Oui, vous pouvez faire appel dans les 24 heures suivant la notification de l'ordonnance. L'appel est examiné par la cour d'appel, qui peut confirmer ou infirmer la prolongation.
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