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Cour d'appel, rétention_recoursjld, 28 juillet 2026 — n° 26/00770

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Synthèse de la décision

Question juridique

La seconde prolongation exceptionnelle de la rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est-elle justifiée lorsque l'éloignement n'a pas pu être exécuté en raison de l'absence de moyens de transport et de l'opposition des autorités consulaires algériennes ?

Principe retenu

La rétention administrative peut être prolongée à titre exceptionnel pour une durée maximale de 30 jours lorsque l'éloignement n'a pas pu être exécuté en raison de la perte ou de la destruction des documents de voyage, de la dissimulation par l'étranger de son identité ou de l'obstruction à l'exécution de la mesure d'éloignement. En l'espèce, l'absence de moyens de transport et l'opposition des autorités consulaires algériennes constituent des obstacles justifiant la prolongation.

Faits clés

  • M. [D] [S], ressortissant algérien, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant 5 ans notifiée le 26 septembre 2024.
  • Il a été placé en rétention administrative le 27 juin 2026.
  • Une première prolongation de 26 jours a été ordonnée le 1er juillet 2026 et confirmée en appel le 3 juillet 2026.
  • Le préfet a sollicité une seconde prolongation exceptionnelle de 30 jours le 25 juillet 2026.
  • L'éloignement n'a pas pu être exécuté en raison de l'absence de moyens de transport et de l'opposition des autorités consulaires algériennes.

Articles cités

article L.741-1 du CESEDA article L.742-1 du CESEDA article L.742-4 du CESEDA article L.743-7 du CESEDA article L.743-9 du CESEDA article R.741-3 du CESEDA article R.743-1 du CESEDA article R.743-19 du CESEDA article R.743-20 du CESEDA article R.743-21 du CESEDA article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958

Exposé du litige

Ordonnance N°760 N° RG 26/00770 - N° Portalis DBVH-V-B7K-KAKP Recours c/ déci TJ [Localité 1] 26 juillet 2026 [S] C/ [Adresse 1] COUR D'APPEL DE NÎMES Cabinet du Premier Président Ordonnance du 28 JUILLET 2026 (Au titre de l'article L. 742-4 du CESEDA) Nous, Mme Marine KARSENTI, Conseillère à la Cour d'Appel de Nîmes, désignée par le Premier Président de la Cour d'Appel de Nîmes pour statuer sur les appels des ordonnances du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assistée de Mme Audrey BACHIMONT, Greffière, En vertu de l'article L.743-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une visioconférence a été organisée entre la cour d'appel de Nîmes et le centre de rétention administrative de [Etablissement 1] pour la tenue de l'audience. Vu l'arrêté préfectoral ordonnant une obligation de quitter le territoire français en date du 26 septembre 2024 notifié le même jour, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 26 juin 2026, notifiée le 27 juin 2026 à 09h18 concernant : M. [D] [S] né le 01 Avril 1983 à [Localité 2] de nationalité Algérienne Vu la requête reçue au greffe du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative le 25 juillet 2026 à 09h40, enregistrée sous le N°RG 26/03569 présentée par M. le Préfet des Bouches du Rhône ; Vu l'ordonnance rendue le 26 Juillet 2026 à 13h15 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes en charge du contentieux de la rétention administrative sur seconde prolongation, à titre exceptionnel qui a : * Déclaré la requête recevable ; * Ordonné pour une durée maximale de 30 jours commençant à l'expiration du précédent délai de 26 jours déjà accordé, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [D] [S] ; * Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 30 jours à compter du 26 juillet 2026 ; Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [D] [S] le 27 Juillet 2026 à 10h42 ; Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de Nîmes régulièrement avisé ; Vu la présence de Me Matthias GIMENEZ substituant la Selarl Centaure avocats, avocat de Monsieur le Préfet des Bouches du Rhône qui a été entendu en sa plaidoirie ; Vu la comparution de Monsieur [D] [S], régulièrement convoqué ; Vu la présence de Me Adil ABDELLAOUI, avocat de Monsieur [D] [S] qui a été entendu en sa plaidoirie ;

Motivations de la décision

MOTIFS : Monsieur [S] a reçu notification le 26 septembre 2024 d'un arrêté préfectoral du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire national sans délai avec interdiction de retour pendant 5 ans. Par arrêté préfectoral en date du 26 juin 2026, qui lui a été notifié le 27 juin 2026 à 9h18, il a été placé en rétention administrative aux fins d'exécution de la mesure d'éloignement. Par requête reçue le 30 juin 2026 à 9h55, le Préfet des Bouches du Rhône a saisi le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes d'une demande en prolongation de la mesure. Par ordonnance prononcée le 1er juillet 2026 et confirmée par la cour d'appel le 3 juillet 2026, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a rejeté les exceptions de nullité soulevées ainsi que les moyens présentés par Monsieur [S] et ordonné la prolongation de sa rétention administrative pour vingt-six jours. Par requête reçue le 25 juillet 2026 à 9h40, le Préfet a sollicité que la mesure de rétention administrative de Monsieur [S] soit de nouveau prolongée pour trente jours et le 26 juillet 2026 à 13h15, par ordonnance notifiée à M. [S] à 15h40, le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes a fait droit à cette demande. Monsieur [S] a interjeté appel de cette ordonnance le 27 juillet 2026 à 10h43. Sa déclaration d'appel relève l'irrégularité de la requête en prolongation pour incompétence de son signataire. A l'audience, Monsieur [S] : - Déclare qu'il est algérien, qu'il a un passeport à la date de validité expirée qui se trouve chez sa mère à [Localité 3], qu'il veut aller vivre chez sa mère, qu'il n'est pas opposé à son éloignement en Algérie et qu'il veut quitter le territoire par ses propres moyens, - Sollicite l'infirmation de l'ordonnance et sa remise en liberté immédiate. Son avocat : - Se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la requête en prolongation de la mesure de rétention, - Soulève le défaut de perspectives d'éloignement, - Sollicite une assignation à résidence. Le conseil du préfet sollicite la confirmation de l'ordonnance critiquée. SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL : L'appel interjeté par Monsieur [S] à l'encontre d'une ordonnance du magistrat du siège du Tribunal judiciaire de Nîmes dûment notifiée a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21 et R.743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est donc recevable. SUR LE FOND : Selon l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut à nouveau être saisi aux fins de prolongation de la rétention au-delà de la période de 30 jours dans les cas suivants : « 1° en cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public'; 2° lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement'; 3° lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison': a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement'; b) de l'absence de moyens de transport.'» La prolongation de la rétention court alors «'à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours ». Ces dispositions doivent s'articuler avec celles de l'article L.741-3 du même code, selon lesquelles il appartient au juge judiciaire d'apprécier la nécessité du maintien en rétention et de mettre fin à la rétention administrative lorsque les circonstances de droit ou de fait le justifient, un étranger ne pouvant être placé ou maintenu en rétention «'que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet'». Sur le défaut de perspectives d'éloignement : En l'espèce, Monsieur [S] ne disposait au moment de sa levée d'écrou, d'aucun justificatif en original de son identité ni d'aucun document de voyage et n'en a pas davantage communiqué depuis aux autorités administratives, de telle sorte qu'il est nécessaire de l'identifier formellement avant de pouvoir procéder à son éloignement effectif. Le consulat d'Algérie dont Monsieur [S] s'est affirmé être ressortissant a été saisi d'une demande d'identification et de laissez-passer le 18 juin 2026, avant même le placement en rétention de l'intéressé. Cette demande a été renouvelée le 29 juin 2026 puis le 22 juillet 2026. L'administration n'est pas tenue d'établir de perspectives d'éloignement à bref délai. Aucune des pièces du dossier ne permet de considérer que l'éloignement ne serait plus possible pour l'intéressé, les autorités algériennes ayant été valablement saisies et il convient de rejeter le moyen tiré du défaut de perspectives d'éloignement. SUR LA SITUATION PERSONNELLE DE MONSIEUR [S] : Monsieur [S], présent irrégulièrement en France est dépourvu de passeport et de pièces administratives pouvant justifier de son identité et de son origine de telle sorte qu'une assignation à résidence judiciaire est en tout état de cause exclue par les dispositions de l'article L743-13 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il convient donc de rejeter sa demande à ce titre. Il ne justifie de plus d'aucune adresse ni domicile stable en France, ne démontre aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucun revenu, ni possibilité de financement pour assurer son retour dans son pays. Il est l'objet d'une mesure d'éloignement en vigueur, telle que précitée, et qui fait obstacle à sa présence sur le sol français. La prolongation de sa rétention administrative se justifie afin de procéder à son éloignement. En l'absence de toute illégalité susceptible d'affecter les conditions (découlant du droit de l'Union) de légalité de la rétention, et à défaut d'autres moyens présentés en appel, il convient donc de confirmer l'ordonnance entreprise en toutes ses dispositions. PAR CES MOTIFS Statuant publiquement, en matière civile et en dernier ressort, Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958, Vu les articles L.741-1, L742-1 à L743-9 ; R741-3 et R.743-1 à L.743-19 et L.743-21 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Vu le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 pris pour l'application du titre VII de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, relatif à la simplification des règles du contentieux ; Vu la loi du 11 août 2025 n° 2025-796 visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive,

Dispositif

DECLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [D] [S] ; CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ; RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 2]. Fait à la Cour d'Appel de Nîmes, Le 28 Juillet 2026 à LE GREFFIER, LE PRESIDENT, ' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 1] à M. [D] [S]. Le à H Signature du retenu Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel à : Monsieur [D] [S], pour notification par le CRA, Me Adil ABDELLAOUI, avocat, Le Préfet des Bouches du Rhône, centaure avocats Le Directeur du CRA de [Localité 1], Le Ministère Public près la Cour d'Appel de Nîmes, Le Magistrat du siège du tribunal judiciaire de Nîmes.

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour une prolongation exceptionnelle de la rétention administrative ?
La prolongation exceptionnelle est possible lorsque l'éloignement n'a pas pu être exécuté en raison de la perte ou de la destruction des documents de voyage, de la dissimulation par l'étranger de son identité ou de l'obstruction à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans cette affaire, l'absence de moyens de transport et l'opposition des autorités consulaires algériennes ont été considérées comme des obstacles justifiant la prolongation.
Mon éloignement n'a pas pu avoir lieu faute de vol, peut-on me garder en rétention ?
Oui, si l'absence de moyens de transport constitue un obstacle à l'éloignement, le juge peut ordonner une prolongation exceptionnelle de la rétention. Dans cette affaire, l'absence de vol a été retenue comme motif valable pour prolonger la rétention de M. [S].
Que se passe-t-il si mon pays d'origine refuse de me délivrer un laissez-passer ?
L'opposition des autorités consulaires à la délivrance d'un laissez-passer peut justifier une prolongation de la rétention administrative. Dans cette affaire, l'opposition des autorités algériennes a été considérée comme un obstacle à l'éloignement, justifiant la seconde prolongation.
Comment contester une ordonnance de prolongation de rétention ?
Vous pouvez interjeter appel de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention dans un délai de 24 heures. Dans cette affaire, M. [S] a fait appel de l'ordonnance de seconde prolongation, mais la cour d'appel a confirmé la décision.
Quel est le délai pour faire appel d'une décision de prolongation ?
Le délai d'appel est de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance. Dans cette affaire, l'appel a été interjeté le lendemain de l'ordonnance, et la cour d'appel a statué dans les plus brefs délais.
Puis-je être libéré si l'éloignement est impossible ?
Non, si l'éloignement est impossible en raison d'obstacles tels que l'absence de moyens de transport ou l'opposition des autorités consulaires, la rétention peut être prolongée. Dans cette affaire, la cour a confirmé la prolongation malgré l'impossibilité d'exécuter l'éloignement.
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