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Tribunal judiciaire, juge libertés & détention, 30 juillet 2026 — n° 26/01113

Maintien de la mesure de soins psychiatriques

Synthèse de la décision

Question juridique

Le maintien d'une hospitalisation complète sans consentement est-il justifié lorsque le patient présente des troubles mentaux nécessitant des soins sous surveillance constante et qu'une sortie prématurée risquerait une nouvelle décompensation ?

Principe retenu

Le juge autorise le maintien de l'hospitalisation complète d'un patient sans son consentement lorsque les certificats médicaux établissent la persistance de troubles mentaux rendant nécessaire des soins sous surveillance constante, et qu'une sortie prématurée présenterait un risque pour le patient. La mesure doit être réexaminée dès que les conditions le permettent.

Faits clés

  • M. [D] [P] [F] [L] a été admis en hospitalisation complète sans consentement le 22 juillet 2026 à la demande de son épouse en urgence.
  • Le patient a eu un accident de voiture lié à un début de bouffée délirante, puis a fugué de l'hôpital et déambulé dans les rues avec un comportement 'clownesque'.
  • Le certificat médical du 28 juillet 2026 mentionne une décompensation hypomane.
  • Le patient reconnaît la nécessité de l'hospitalisation et souhaite qu'elle se poursuive quelques jours, puis un suivi en soins libres.
  • Le procureur de la République requiert le maintien de la mesure.

Articles cités

article L3212-1 du code de la santé publique article L3211-1 du code de la santé publique article L3211-12-1 du code de la santé publique article R3211-7 du code de la santé publique article L3212-3 du code de la santé publique

Exposé du litige

EXPOSÉ DE LA SITUATION : M. [D] [P] [F] [L] a été admis en hospitalisation complète sans son consentement sur décision du directeur de l’établissement de santé selon la procédure prévue à l’article [Etablissement 1]-3 du Code de la santé publique et à la demande d’un tiers (son épouse) en urgence en raison d'un risque grave d'atteinte à l'intégrité du patient, à compter du 22 juillet 2026 avec maintien en date du 24 juillet 2026. Par requête reçue au greffe le 28 juillet 2026, le directeur de l’établissement a saisi le juge aux fins de poursuite de la mesure d’hospitalisation complète à l’égard de M. [D] [P] [F] [L]. Les parties ont été convoquées à l’audience et les avis adressés. Le procureur de la République, par observations écrites en date du 29 juillet 2026, requiert le maintien de la mesure au vu du dernier certificat médical du 28 juillet 2026 (décompensation hypomane). A l’audience, la représentante du directeur de l’établissement soutient sa requête tendant au maintien de la mesure. M. [D] [P] [F] [L] reconnait que son hospitalisation, qui se passe bien, était nécessaire, celui-ci expliquant avoir eu un accident de voiture lié à un début de bouffée délirante qui l’a ensuite conduit à fuguer de l’hôpital du [Etablissement 2] et à déambuler dans les rues de [Localité 5] en adoptant un comportement “clownesque” ayant alerté les passants qui ont appelé la police. Il ajoute n’avoir pas été en rupture de traitement mais se trouver actuellement en phase de changement de traitement. Il souhaite que l’hospitalisation se poursuive encore quelques jours, ajoutant qu’il souhaiterait pouvoir continuer à être suivi ensuite en soins libres. Le conseil de M. [D] [P] [F] [L], qui ne forme aucune demande de mainlevée de la mesure d’hospitalisation complète au titre d’une irrégularité de la procédure de soins psychiatriques sans consentement, demande le maintien de la mesure, conformément au souhait du patient.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION : Selon l’article L.3212-1 du Code de la santé publique, une personne atteinte de troubles psychiques ne peut faire l’objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d’un établissement de santé que lorsque deux conditions sont réunies : - ses troubles psychiques rendent impossible son consentement, - son état mental impose des soins immédiats assortis soit d’une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance régulière justifiant une prise en charge en hospitalisation à temps partiel, ou sous la forme d’un programme de soins ambulatoires ou à domicile. Les dispositions de l’article L.3211-12-1 du même Code exigent que la poursuite au-delà de douze jours de l’hospitalisation sans son consentement d’un patient fasse l’objet d’un examen par le Juge saisi par le directeur de l’établissement, s’agissant d’une hospitalisation à la demande d’un tiers et en urgence au visa d’un risque grave d’atteinte à l’intégrité du patient. L’article R.3211-24 dispose d’ailleurs que l’avis médical joint à la saisine du juge doit décrire avec précision les manifestations des troubles mentaux dont est atteinte la personne qui bénéficie de soins psychiatriques et les circonstances particulières qui, toutes deux, rendent nécessaire la poursuite de l'hospitalisation complète au regard des conditions posées par l’article L. 3212-1 précité. Le juge contrôle donc la régularité formelle de l’ensemble de la procédure de soins psychiatriques sans consentement sous la forme de l’hospitalisation complète et la réunion des conditions de fond de cette dernière au regard de sa nécessité et de la proportionnalité de la privation de liberté ainsi imposée à la personne hospitalisée. 1) Sur la régularité de la procédure : L'ensemble des certificats médicaux, décisions d'admission et de maintien et notifications étant produits aux débats, la procédure est régulière en la forme et cette régularité n'a pas été discutée en défense. 2) Sur la réunion des conditions de fond : Il résulte du certificat initial joint à la saisine émanant du Dr [M] en date du 22 juillet 2026 que M. [D] [P] [F] [L] présentait lors de son admission des troubles psychiques nécessitant des soins immédiats (agitation psychomotrice, fugue, tension psychique non contenue, imprévisibilité, relâchement des associations, ludisme, en rupture de traitement depuis quelques jours) auxquels son état ne lui permettait pas de consentir et qu’il existait un risque grave d’atteinte à son intégrité en raison des troubles ainsi présentés. Le certificat médical de 24 heures rappelle que le patient suivi pour trouble bipolaire a été hospitalisé pour une décompensation sur un versant maniaque dans un contexte de modification de traitement. Au jour de l’entretien, il présente toujours une accélération et une désorganisation psychique, avec familiarité associée à des propos à tonalité mystique. Il minimise et rationalise les troubles et I'épisode actuel, avec une ambivalence à l'acceptatíon des soins. Le certificat médical de 72 heures indique que le patient présente un début d'apaisement psychique, mais que néanmoins, il persiste une accélération, une familiarité et une désinhibition, associées à la persistance d'éIéments mystiques. Le patient peut reconnaitre l'existence d'une pathologie mais est bien plus ambivalent sur la reconnaissance des troubles de l'épisode actuel avec un risque de rupture thérapeutique. Par avis psychiatrique motivé du Dr [H] en date du 28 juillet 2026 joint à la saisine, il est relevé que la thymie de monsieur est neutre, qu’il ne présente plus d’insomnies ni d’agitation psychomotrice. En revanche, des éléments mystiques sont présents à la marge dans son discours. Monsieur est conscient de ses troubles mais peut minimiser et rationnaliser les éléments ayant mené à ce temps d’hospitalisation. Le maintien de l’hospitalisation complète est préconisé. Aucun élément plus récent n’est versé aux débats venant en infirmer la pertinence à ce jour, étant précisé que M. [D] [P] [F] [L], qui apparaît parfaitement lucide devant nous ce jour sur les circonstances et les troubles qui ont conduit à son hospitalisation sous contrainte, sollicite le maintien de la mesure, conscient semble–t-il de la nécessité que la contrainte se poursuive pendant quelques jours encore. En l’état, au vu des dernières constatations médicales et des débats à l'audience, il apparaît donc que des soins doivent encore être dispensés à M. [D] [P] [F] [L] de façon contrainte, dans son intérêt, et sous surveillance constante notamment en raison de la persistance des symptômes de sa pathologie, afin d’éviter notamment une sortie prématurée qui risquerait d’entraîner une nouvelle décompensation. Dans ces conditions, l’hospitalisation complète ne peut qu’être maintenue. PAR CES MOTIFS, Statuant publiquement, par décision rendue en premier ressort, Autorisons le maintien de l’hospitalisation complète de M. [D] [P] [F] [L] ; Rappelons que cette mesure sera réexaminée par l’équipe médicale et la direction de l’établissement dès lors que les conditions le permettront ; Rappelons que cette décision peut être frappée d’appel dans un délai de 10 jours à compter du jour de réception de sa notification et que le recours doit être formé par déclaration motivée transmise par tout moyen au greffe de la cour d’appel de [Localité 6]; Disons que la présente décision est assortie de plein droit de l’exécution provisoire ;

Dispositif

Laissons les dépens à la charge du Trésor Public. La Greffière Le Juge Melaine GALLAND Laëtitia GAILLARD-MAUDET Copie conforme de la présente ordonnance a été délivrée le 30 Juillet 2026 à : - M. [D] [P] [F] [L] - Me Marion PERHIRIN - M. le Procureur de la République - Monsieur le Directeur du CH UNIVERSITAIRE DE [Localité 2] Avis de la présente ordonnance a été donné à : - Madame [Q] [W] épouse [L]

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour maintenir une hospitalisation complète sans consentement ?
Le juge autorise le maintien si les certificats médicaux établissent que le patient présente des troubles mentaux nécessitant des soins sous surveillance constante et qu'une sortie prématurée risquerait une nouvelle décompensation. Dans cette affaire, le certificat du 28 juillet 2026 mentionnait une décompensation hypomane et le patient lui-même reconnaissait la nécessité de la poursuite des soins.
Qu'est-ce qu'une décompensation hypomane ?
C'est un épisode d'excitation psychomotrice modérée, souvent lié à un trouble bipolaire, qui peut entraîner des comportements à risque. Dans ce cas, le patient avait eu un accident de voiture et un comportement 'clownesque' dans la rue, ce qui a motivé son hospitalisation.
Puis-je demander la mainlevée de mon hospitalisation complète ?
Oui, vous pouvez saisir le juge des libertés et de la détention pour demander la mainlevée. Cependant, le juge ne l'accordera que si les conditions médicales ne justifient plus la contrainte. Dans cette affaire, le patient a demandé le maintien, donc la question ne s'est pas posée.
Quel est le rôle du procureur de la République dans cette procédure ?
Le procureur donne des observations écrites sur la mesure. Ici, il a requis le maintien de l'hospitalisation au vu du dernier certificat médical, ce qui a été suivi par le juge.
Que se passe-t-il si je fugue de l'hôpital psychiatrique ?
La fugue peut aggraver votre état et entraîner des risques pour votre intégrité. Dans cette affaire, le patient avait fugué et déambulé dans les rues, ce qui a conduit à son hospitalisation sous contrainte. Le juge a estimé qu'une sortie prématurée risquerait une nouvelle décompensation.
Puis-je être suivi en soins libres après une hospitalisation sous contrainte ?
Oui, si votre état s'améliore et que les médecins estiment que des soins libres sont possibles. Dans cette affaire, le patient a exprimé le souhait d'un suivi en soins libres après quelques jours, mais le juge a maintenu l'hospitalisation complète pour l'instant.
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