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Tribunal judiciaire, jld, 30 juillet 2026 — n° 26/00728

Maintien de la mesure de soins psychiatriques

Synthèse de la décision

Question juridique

Le maintien d'une hospitalisation complète sans consentement est-il justifié lorsque les conditions de l'article L. 3212-1 du code de la santé publique sont réunies et que la mesure est proportionnée ?

Principe retenu

L'hospitalisation sans consentement d'une personne atteinte de troubles mentaux est possible si ses troubles rendent impossible son consentement et si son état impose des soins immédiats avec surveillance médicale constante. La mesure doit respecter le principe de nécessité et de proportionnalité, la liberté individuelle ne pouvant être entravée que par une rigueur nécessaire.

Faits clés

  • Admission en soins psychiatriques le 05/05/2024 à l'EPSM de Caen
  • Décision du directeur de l'établissement à la demande d'un tiers
  • Précédente ordonnance du juge du 03 février 2026 autorisant le maintien
  • Saisine du juge par le directeur le 08/07/2026
  • Tuteur désigné : [Q] [J]

Articles cités

article L. 3212-1 du code de la santé publique article L. 3212-3 du code de la santé publique article L. 3211-12-1 du code de la santé publique article L. 3211-12-4 du code de la santé publique article 66 de la Constitution

Exposé du litige

Tribunal judiciaire de Caen Ordonnance du 30 Juillet 2026 N° RG 26/00728 - N° Portalis DBW5-W-B7K-J2FJ N° Minute: Isabelle ECALARD, magistrat du siège au tribunal judiciaire de CAEN, Assistée de Stéphanie DESMORTREUX, greffier Siégeant dans la salle d’audience annexe du tribunal judiciaire de Caen, située dans l’enceinte de l’établissement public de santé mentale de Caen, en audience publique *** Vu l’admission en soins psychiatriques de : [I] [T] Né le 26/01/1981 à VALOGNES Ayant pour tuteur : [Q] [J] Sans domicile fixe Date de l’admission : 05/05/2024 Lieu de l’admission : EPSM CAEN 15 ter rue Saint Ouen 14 000 CAEN sous la forme d’une hospitalisation complète, sur décision du directeur de l'EPSM prise à la demande d'un tiers. Vu la précédente décision du juge en date du 03 février 2026 ; Vu l’acte de saisine adressé par le directeur de l'Etablissement public de Santé Mentale de CAEN reçu au greffe du juge le 08/07/2026 Vu les convocations et avis d’audience donnés par notre greffe : - à la personne faisant l’objet de soins psychiatriques et à son avocat, Me Clément BOITTIN, avocat commis d’office, - à la personne chargée de sa protection juridique également tiers à la demande de qui l’admission en soins psychiatriques a été décidée, - au directeur de l'établissement d'accueil, - au procureur de la République de Caen ; Vu les réquisitions écrites du procureur de la République de Caen ; Après avoir entendu la personne faisant l’objet de soins psychiatriques en ses observations, ainsi que son avocat, En présence du représentant du directeur de l’établissement public de santé mentale de Caen, En l’absence du ministère public et de la personne chargée de sa protection juridique également tiers à la demande de qui l’admission en soins psychiatriques a été décidée, ce dont il a été dressé procès-verbal à l’audience.

Motivations de la décision

*** Motifs de la décision: Selon l'article L. 3212-1 du code de la santé publique, une personne atteinte de troubles mentaux ne peut être hospitalisée sans son consentement sur la décision du directeur d’un établissement psychiatrique que si : 1° ses troubles rendent impossible son consentement ; 2° son état impose des soins immédiats assortis soit d'une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous une autre forme incluant des soins ambulatoires. Le directeur de l’établissement prononce la décision d’admission lorsqu’il a été saisi d’une demande présentée par un membre de la famille ou une personne justifiant de l’existence de relations avec le malade. Sa décision doit être accompagnée de deux certificats médicaux circonstanciés datant de moins de quinze jours attestant que les conditions susvisées sont réunies. Selon l’article L. 3212-3 dudit code, en cas d’urgence, lorsqu’il existe un risque grave d’atteinte à l’intégrité du malade, le directeur d’un établissement psychiatrique peut, à titre exceptionnel, prononcer à la demande d’un tiers l’admission en soins psychiatriques d’une personne malade au vu d’un seul certificat médical émanant, le cas échéant, d’un médecin exerçant dans l’établissement. L'hospitalisation sans son consentement d'une personne atteinte de troubles mentaux doit respecter le principe résultant de l'article 66 de la Constitution, selon lequel la liberté individuelle ne saurait être entravée par une rigueur qui ne soit pas nécessaire. La protection de la liberté individuelle peut notamment trouver sa limite dans la protection de la sécurité de la personne objet des soins et des tiers auquel elle pourrait porter atteinte. En l'espèce, par une ordonnance du 3 février 2026, le magistrat du siège a autorisé le maintien de l’hospitalisation sous contrainte de [I] [T]. Depuis des certificats médicaux mensuels constatent qu’il existe toujours des troubles mentaux justifiant du maintien. Dans son avis motivé du 8 juillet 2026 le docteur [V] psychiatre de l'établissement d'accueil affirme que le patient présente toujours un délire de persécution et mégalomaniaque enkysté (il est convaincu qu'on lui vole son argent, projette de « construire 2-3 avions » et souhaite faire une formation pour monter une boulangerie entre la France l'Allemagne et les Pays-Bas). Monsieur n'est pas conscient de ses troubles et de ce fait ne perçoit pas la nécessité de soin. La prise des traitements qui permet l’absence de troubles du comportement, n'est permise que du fait du cadre hospitalier. Il ressort des pièces et des débats que la personne a bien été admise en soins psychiatriques sur demande d'un tiers en raison de troubles mentaux qui rendaient son consentement impossible et d'un état de santé mentale qui imposait des soins immédiats assortis d'une surveillance constante en milieu hospitalier, sans que cela ne porte atteinte de façon disproportionnée à ses droits. Il ressort des pièces et des débats que les soins nécessaires à l’état mental de la personne ne peuvent être dispensés que sous la forme d’une hospitalisation complète, sans que cela ne porte atteinte de façon disproportionnée à ses droits. Aussi, l’hospitalisation complète de [I] [T] sera maintenue.

Dispositif

Par ces motifs Statuant publiquement, en audience publique , par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort, Vu les articles L. 3211-12-1 et L. 3212-1 et suivants du code de la santé publique, Dit que les soins psychiatriques dont [I] [T] fait l’objet peuvent se poursuivre sous la forme d’une hospitalisation complète. Le greffier Le juge La présente ordonnance est susceptible d’appel devant le premier président de la cour d’appel de Caen, ou son délégué, dans un délai de dix jours à compter de la date du jour de sa notification. Cet appel n’est pas suspensif, sauf s'il est interjeté par le ministère public dans les conditions de l'article L. 3211-12-4 du code de la santé publique. L’appel doit être formalisé par une déclaration motivée transmise par tous moyens au greffe de la cour d’appel de Caen (Place Gambetta 14 050 Caen cedex / Mail : ho.ca-caen@justice.fr) Reçu copie de la présente ordonnance le 30 Juillet 2026, [I] [T] Reçu copie de la présente ordonnance le 30 Juillet 2026, Me Clément BOITTIN Reçu copie de la présente ordonnance le 30 Juillet 2026, Le représentant du directeur de l’établissement public de santé mentale de Caen, Copie de la présente ordonnance a été notifiée à [Q] [J] (personne chargée de sa protection juridique également tiers à la demande de qui l’admission en soins psychiatriques a été décidée) par mail avec accusé de réception le 30 Juillet 2026, Le greffier, Copie de la présente ordonnance a été remise au procureur de la République le 30 Juillet 2026, Le greffier,

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour une hospitalisation sans consentement ?
Selon l'article L. 3212-1 du code de la santé publique, il faut que les troubles mentaux rendent impossible le consentement et que l'état impose des soins immédiats avec surveillance médicale constante (hospitalisation complète) ou régulière (autre forme).
Comment contester une hospitalisation sous contrainte ?
Vous pouvez saisir le juge des libertés et de la détention, qui examine la régularité et le bien-fondé de la mesure. Dans cette affaire, le juge a été saisi par le directeur de l'établissement et a maintenu l'hospitalisation.
Qu'est-ce qu'une hospitalisation complète ?
C'est une forme de soins psychiatriques où le patient est hospitalisé à temps plein, avec une surveillance médicale constante, justifiée par la gravité de son état.
Le juge peut-il maintenir une hospitalisation psychiatrique ?
Oui, le juge des libertés et de la détention peut autoriser le maintien des soins s'il constate que les conditions légales sont réunies et que la mesure est proportionnée. Dans cette décision, le juge a maintenu l'hospitalisation complète.
Quels sont les droits d'un patient hospitalisé sous contrainte ?
Le patient a le droit d'être informé, de bénéficier d'un avocat, de saisir le juge, et de faire appel de la décision. Dans cette affaire, le patient a été assisté par un avocat commis d'office.
Qu'est-ce que la proportionnalité dans une hospitalisation forcée ?
La mesure doit être nécessaire et adaptée à l'état du patient, sans porter une atteinte disproportionnée à sa liberté individuelle. Le juge vérifie que l'hospitalisation complète est la seule façon de dispenser les soins nécessaires.
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