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Tribunal judiciaire, jex, 31 juillet 2026 — n° 26/00930

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs sans accorder de délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge de l'exécution peut-il accorder un délai pour quitter les lieux à un locataire expulsé, et à quelles conditions ?

Principe retenu

Le juge de l'exécution peut accorder des délais pour quitter les lieux au locataire expulsé, en considération de sa bonne foi et de sa situation, à condition qu'il règle les indemnités d'occupation courantes augmentées d'une somme supplémentaire jusqu'à apurement de sa dette.

Faits clés

  • Bail d'habitation conclu entre la SA d'HLM et Madame [X] pour un loyer mensuel de 457,75 euros
  • Jugement du 9 septembre 2025 constatant l'acquisition de la clause résolutoire et autorisant l'expulsion
  • Dette locative initiale de 5 441,37 euros, réduite à 1 000 euros au 1er juin 2026
  • Paiement de 6 540,28 euros par Madame [X] le 13 mars 2026 suite à un rappel de France Travail
  • Demande de logement social déposée par Madame [X] le 30 janvier 2026

Articles cités

article L213-5 du code de l'organisation judiciaire article L213-6 du code de l'organisation judiciaire

Exposé du litige

◊ ◊ ◊ ◊ ◊ EXPOSE DU LITIGE La SA [Localité 3] a donné à bail à Madame [N] [X] un appartement à usage d’habitation situé [Adresse 3] à [Localité 5], pour un loyer mensuel de 457,75 euros, charges comprises. Par jugement du 9 septembre 2025, le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Saint-Germain-en-Laye a : Constaté l’acquisition au 31 juillet 2024 de la clause résolutoire du bail conclu entre la SA [Localité 3] et Madame [N] [X],Condamné Madame [N] [X] à payer à la SA [Localité 3], la somme de 5.441,37 euros (décompte arrêté au 18 septembre 2024, incluant l’échéance d’août 2024) au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation impayées, Autorisé l’expulsion de Madame [N] [X], et celle de tous occupants, deux mois après la signification d’un commandement de quitter les lieux, Condamné Madame [N] [X] à payer à la SA [Localité 3] une indemnité d’occupation correspondante à l’équivalent du montant du loyer courant, à compter du 31 juillet 2024 et ce jusqu’à la libération des lieux, Condamné Madame [N] [X] à payer à la SA [Localité 3], la somme de 360 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile, et aux entiers dépens. Cette décision a été assortie de la formule exécutoire le jour même. Le jugement a été signifié le 25 septembre 2025. Par acte d’huissier en date du 8 octobre 2025, au visa du jugement précité, la SA [Localité 3] a fait délivrer à Madame [N] [X] un commandement de quitter les lieux. Par requête enregistrée au greffe le 17 février 2026, Madame [N] [X] a saisi le juge de l’exécution afin de se voir accorder un délai pour quitter les lieux. L’affaire a été retenue à l’audience du 10 juin 2026 au cours de laquelle les parties ont été entendues. Aux termes de ses conclusions visées à l’audience, Madame [N] [X] demande la fixation d’un délai de douze mois pour quitter le logement. La SA [Localité 3] exprime son accord pour un délai de douze mois, conditionné au paiement par Madame [N] [X] de l’indemnité d’occupation mensuelle à laquelle s’ajoute 205 euros. L’affaire a été mise en délibéré au 31 juillet 2026, par mise à disposition au greffe.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande de délais En application de l'article L. 412-3 du code des procédures civiles d’exécution, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l'expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales. Le dernier alinéa de cet article précise que ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque les occupants dont l'expulsion a été ordonnée sont entrés dans les locaux à l'aide de manœuvres, de menaces, de voies de fait ou de contrainte. Aux termes de l'article L. 412-4 du même code, dans sa version applicable au 29 juillet 2023, la durée des délais prévus à l'article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an. Pour la fixation de ces délais, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l'occupant dans l'exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l'occupant, notamment en ce qui concerne l'âge, l'état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d'eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l'occupant justifie avoir faites en vue de son relogement. Il est également tenu compte du droit à un logement décent et indépendant, des délais liés aux recours engagés selon les modalités prévues aux articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et du délai prévisible de relogement des intéressés. Il appartient donc au juge de respecter un juste équilibre entre deux revendications contraires en veillant à ce que l'atteinte au droit du propriétaire soit proportionnée et justifiée par la sauvegarde des droits du locataire, dès lors que ces derniers apparaissent légitimes. En l’espèce, il ressort du décompte transmis par la SA [Localité 3] que la dette s’élève à 1.000 euros au 1er juin 2026. Cette dette a largement diminué depuis le jugement rendu le 9 septembre 2025. Madame [N] [X] souligne qu’elle a réglé à son bailleur la somme de 6.540,28 euros le 13 mars 2026, lorsqu’elle a reçu le rappel des sommes versées par France Travail. En effet, elle perçoit au titre du chômage la somme de 862,57 €. Madame [N] [X] justifie d’une demande de logement social en date du 30 janvier 2026. A l’audience, la SA [Localité 3] exprime son accord pour un délai de douze mois, conditionné au paiement par Madame [N] [X] d’indemnité d’occupation à laquelle s’ajoute 205 euros. Ainsi, la bonne foi de Madame [N] [X] peut conduire à lui accorder de nouveau délai, pour une durée de 12 mois, soit jusqu’au 31 juillet 2027 à la condition que Madame [X] règle ses indemnités d’occupation courantes augmentée de 200 euros jusqu’à apurement de sa dette. A l'expiration de ce délai il pourra être procédé à l'expulsion sauf à ce que les parties trouvent un nouvel accord. Sur les demandes accessoires Au regard de la nature de la demande, les dépens seront mis à la charge de Madame [N] [X].

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le Juge de l’exécution statuant par mise à disposition au greffe, par décision contradictoire, en premier ressort, ACCORDE à Madame [N] [X] un délai pour quitter les lieux, situés [Adresse 3] à [Localité 5], jusqu’au 31 juillet 2027, à la condition que Madame [N] [X] règle ses indemnités d’occupation courantes, à bonne échéance, augmentée de 200 euros jusqu’à apurement de sa dette. RAPPELLE que Madame [N] [X] reste redevable des indemnités d’occupation pendant toute la période accordée ; CONDAMNE Madame [N] [X] aux dépens ; RAPPELLE que les décisions du juge de l’exécution sont exécutoires de plein droit. Ainsi jugé et mis à disposition au greffe, le 31 Juillet 2026. Le présent jugement a été signé par le Juge et le Greffier. LE GREFFIER LE JUGE DE L’EXECUTION Emine URER Noélie CIROTTEAU

Questions fréquentes

Quelles sont les conditions pour obtenir un délai pour quitter les lieux ?
Dans cette affaire, le juge a accordé un délai de 12 mois à la locataire, en raison de sa bonne foi (paiement d'une partie de la dette) et de sa situation (demande de logement social), à condition qu'elle règle les indemnités d'occupation courantes augmentées de 200 euros par mois jusqu'à apurement de sa dette.
Quel juge est compétent pour accorder un délai d'expulsion ?
Le juge de l'exécution est compétent pour accorder des délais pour quitter les lieux, comme dans cette décision rendue par le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Versailles.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas les conditions du délai accordé ?
Si la locataire ne respecte pas les conditions (paiement des indemnités d'occupation majorées), le bailleur peut demander la reprise de la procédure d'expulsion. Le jugement précise qu'à l'expiration du délai, il pourra être procédé à l'expulsion sauf nouvel accord.
Puis-je obtenir un délai si j'ai déjà payé une partie de ma dette ?
Oui, le paiement d'une partie de la dette est un élément important pour démontrer la bonne foi. Dans cette affaire, la locataire avait réduit sa dette de 5 441,37 euros à 1 000 euros, ce qui a été pris en compte pour accorder le délai.
Quelle durée maximale peut être accordée pour quitter les lieux ?
La loi ne fixe pas de durée maximale, mais le juge apprécie au cas par cas. Dans cette affaire, un délai de 12 mois a été accordé, jusqu'au 31 juillet 2027.
Le juge peut-il conditionner le délai au paiement d'une somme supplémentaire ?
Oui, le juge peut imposer des conditions, comme le paiement des indemnités d'occupation courantes augmentées d'une somme supplémentaire (ici 200 euros par mois) jusqu'à apurement de la dette.
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