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Tribunal judiciaire, référés, 30 juillet 2026 — n° 26/01051

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Synthèse de la décision

Question juridique

Une mesure d'expertise ordonnée en référé peut-elle être rendue commune et opposable à l'assureur de la partie potentiellement responsable, sur le fondement des articles 145 et 331 du code de procédure civile ?

Principe retenu

Le juge des référés peut, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, déclarer commune à une autre partie une mesure d'instruction qu'il a précédemment ordonnée, dès lors qu'il existe un motif légitime. L'article 331 du même code permet la mise en cause d'un tiers afin de lui rendre commun le jugement. L'application de l'article 145 n'implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure.

Faits clés

  • Une expertise judiciaire a été ordonnée le 9 septembre 2025 dans un litige principal.
  • La société VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG est l'assureur de M. [M] [J] [N], exerçant sous l'enseigne 'EBS SURELEVATION'.
  • La responsabilité de M. [M] [J] [N] est susceptible d'être recherchée dans le litige.
  • Les demandeurs ont assigné l'assureur pour lui rendre l'expertise commune et opposable.
  • L'assureur ne s'oppose pas à la demande, sous protestations et réserves.

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 331 du code de procédure civile article 169 du code de procédure civile article L.113-17 du code des assurances

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE La juridiction des référés de [Localité 1] a rendu une ordonnance en date du 9 septembre 2025 ayant désigné Monsieur [A] [Y] comme expert judiciaire, concernant le litige relatif à la procédure principale RG n°25/00533 (MI 25/00001275). Par acte de commissaire de justice du 27 mai 2026, Madame [C] [O] épouse [U] et Monsieur [I] [U] ont fait assigner la société VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG (prise en son établissement secondaire VHV ASSURANCES FRANCE), devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse, aux fins de rendre les opérations d'expertise communes et opposables au défendeur, sur le fondement des articles 145 et 331 du code de procédure civile, et statuer ce que de droit quant aux dépens. L'affaire a été appelée et retenue à l'audience du 18 juin 2026. Madame [C] [O] épouse [U] et Monsieur [I] [U] maintiennent les termes de leur assignation. Concluant en réponse, la SOCIÉTÉ VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG ne s'oppose pas sous les protestations et réserves d'usage à ce que la mesure d'expertise lui soit rendue opposable et demande de réserver les dépens.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Aux termes de l'article 331 du code de procédure civile, un tiers peut être mis en cause par la partie qui y a intérêt afin de lui rendre commun le jugement. Il est rappelé que la juridiction des référés peut, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, déclarer commune à une autre partie une mesure d'instruction qu'elle a précédemment ordonnée en référé. Pour ce faire, il est alors nécessaire, et suffisant, conformément aux conditions posées par ce texte, qu'il existe un motif légitime de rendre l'expertise commune à d'autres parties que celles initialement visées. Enfin, si l'assureur peut vouloir émettre des réserves sur sa garantie lorsqu'il prend la direction du procès en application de l'article L.113-17 du code des assurances, dont il convient de lui donner acte, il sera rappelé que l'application de l'article 145 du code de procédure civile n'implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d'être ultérieurement engagé. En l'espèce, la responsabilité de Monsieur [M] [G] exerçant sous l'enseigne « EBS SURELEVATION » est susceptible d'être recherchée dans le présent litige en qualité de défendeur aux opérations d'expertise. Or, il apparaît que depuis le 1er janvier 2025, son assureur de responsabilité décennale et responsabilité civile est la société VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG, selon l'attestation d'assurance du 1er janvier 2025 et dont la police pourrait donc avoir vocation à couvrir les préjudices immatériels consécutifs. Le demandeur justifie dès lors d'un motif légitime pour obtenir la mesure d'extension réclamée dès lors qu'est établi un intérêt manifeste à pouvoir opposer au défendeur les résultats de l'expertise déjà ordonnée. Les dépens seront mis à la charge de Madame [C] [O] épouse [U] et Monsieur [I] [U], la demande étant fondée sur l'article 145 du code de procédure civile. Ainsi, les dépens ne sauraient être réservés, dans la mesure où la présente ordonnance met fin à l'instance et où le juge des référés est tenu de statuer sur leur sort en application de l'article 491 du code de procédure civile.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, Le juge des référés statuant par ordonnance contradictoire, rendue publiquement, par mise à disposition au greffe, en premier ressort et par décision exécutoire par provision, Au principal, renvoie les parties à se pourvoir ainsi qu'elles en aviseront ; Mais, sans délai, Tous droits et moyens étant réservés sur le fond, Donne acte à la société VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG (prise en son établissement secondaire VHV ASSURANCES FRANCE) de ses réserves de garantie ; Déclare étendues et communes et dès lors opposables à la société VHV ALLGEMEINE VERSICHERUNG AG (prise en son établissement secondaire VHV ASSURANCES FRANCE), les opérations d'expertise confiées à Monsieur [A] [Y], suivant la décision en date du 09 septembre 2025 (RG n°25/00533) et suivant les mêmes modalités ; Dit que les prochaines réunions se dérouleront au contradictoire de la partie appelée en cause ; Dit que l'expert notifiera les constatations et vérifications réalisées aux parties nouvelles, recueillera auprès d'elles tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission, en dressera inventaire et poursuivra les opérations conformément à sa mission ; Rappelle qu'aux termes des dispositions de l'article 169 du code de procédure civile l'intervenant est mis en mesure de présenter ses observations sur les opérations auxquelles il a déjà été procédé ; Dit que le suivi de cette extension par le juge chargé de la surveillance des expertises s'effectuera, notamment pour les prorogations de délais, dans le cadre du dossier initial auquel la présente est en lien ; Rappelle que le magistrat chargé du contrôle des mesures d'instruction est compétent pour statuer sur toute difficulté relative aux opérations d'expertise ; Disons que l’avocat de la partie en demande de l’appel en cause, transmettra la présente décision directement à l’expert, lequel devra réclamer au besoin une prorogation de date de dépot du rapport ; Dit que l'avocat de la partie en demande de l'appel en cause transmettra la présente décision à l'expert afin que celui-ci poursuive ses investigations sans perte de temps, lequel devra réclamer au besoin une prorogation de date de dépôt du rapport ; Dit que, dans l'hypothèse où la présente décision serait portée à la connaissance de l'expert après le dépôt de son rapport, ses dispositions seront caduques ; Invite les parties à respecter le délai prévu pour la remise du rapport ; Condamne Madame [C] [O] épouse [U] et Monsieur [I] [U] aux dépens de l'instance ; Ainsi rendu les jour, mois et an indiqués ci-dessus, et signé du président et du greffier. La Greffière, La Présidente,

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire ?
Une expertise judiciaire est une mesure d'instruction ordonnée par un juge pour confier à un technicien (expert) une mission d'évaluation technique ou scientifique, afin d'éclairer le juge sur des faits nécessitant des compétences particulières.
Comment rendre une expertise opposable à un assureur ?
Pour rendre une expertise opposable à un assureur, il faut l'assigner en intervention forcée devant le juge des référés, sur le fondement des articles 145 et 331 du code de procédure civile, en démontrant un motif légitime, par exemple que sa responsabilité est susceptible d'être engagée.
Quelles sont les conditions pour étendre une expertise à un tiers ?
Les conditions sont : un motif légitime de rendre l'expertise commune, c'est-à-dire un intérêt à ce que le tiers soit présent aux opérations, et que le tiers soit susceptible d'être concerné par les résultats de l'expertise. L'extension ne préjuge pas de la responsabilité.
L'assureur peut-il émettre des réserves lors de l'extension ?
Oui, l'assureur peut émettre des protestations et réserves, notamment sur sa garantie, mais cela n'empêche pas l'extension de l'expertise. Le juge peut lui donner acte de ses réserves.
Que se passe-t-il si l'expertise est étendue à l'assureur ?
L'assureur devient partie aux opérations d'expertise, il doit être convoqué aux réunions, peut présenter des observations, et les résultats de l'expertise lui seront opposables, c'est-à-dire qu'il pourra les utiliser ou les contester dans le procès ultérieur.
Quel est le rôle de l'article 145 du code de procédure civile ?
L'article 145 permet à tout intéressé de demander en référé des mesures d'instruction légalement admissibles s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution du litige.
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