Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Tribunal judiciaire, référés, 30 juillet 2026 — n° 25/01880

Désigne un expert ou un autre technicien

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge des référés peut-il ordonner une expertise judiciaire sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile en présence d'un motif légitime, et peut-il rendre les opérations d'expertise communes et opposables à un vendeur étranger non comparant ?

Principe retenu

En application de l'article 145 du code de procédure civile, une mesure d'instruction peut être ordonnée en référé s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige. Le motif légitime s'apprécie souverainement par le juge, qui doit vérifier que le fait est crédible et plausible, et présente un lien utile avec le litige potentiel. L'expertise peut être rendue commune à toutes les parties intéressées, même non comparantes, dès lors qu'elles ont été régulièrement assignées.

Faits clés

  • Acquisition d'un véhicule Mercedes S350 d'occasion immatriculé ww-936-ZM
  • Désordres affectant le véhicule
  • Assignation de la SAS M-IMPORT, intermédiaire, et de la société BEZEK & COBAN, vendeur allemand
  • La SAS M-IMPORT conteste sa qualité de vendeur et demande sa mise hors de cause
  • La société BEZEK & COBAN n'a pas comparu

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 367 du code de procédure civile article 278 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

EXPOSE DU LITIGE Par acte de commissaire de justice du 16 octobre 2025, auquel il convient de se reporter pour un plus ample exposé, Monsieur [X] [P] a fait assigner la SAS M-IMPORT devant le juge des référés du Tribunal judiciaire de Toulouse pour ordonner une expertise judiciaire, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, du fait des désordres affectant le véhicule de la marque MERCEDES, modèle S 350, immatriculé ww-936-ZM, acquis d'occasion, et statuer ce que de droit sur les dépens. L'affaire a été enrôlée sous le RG n°25-1880. Par acte de transmission de la demande de signification dans un Etat membre en application du règlement UE n°2020-1784, réalisé le 30 mars 2026, Monsieur [X] [P] a demandé à AMTSGERICHT LEVERKUSEN de faire assigner la société BEZEK & COBAN devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Toulouse aux fins de rendre les opérations d'expertise communes et opposables au défendeur, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, et statuer ce que de droit sur les dépens. L'autorité allemande a indiqué avoir fait procéder à la citation conformément à son droit applicable, soit par envoi des services postaux sans accusé de réception le 27 mai 2026. L'affaire a été enrôlée sous le RG n°26-693. Les deux affaires ont été retenues à l'audience du 18 juin 2026. Monsieur [X] [P] maintient les termes de ses assignations. Concluant en réponse, la SAS M-IMPORT sollicite sa mise hors de cause, le rejet de la demande d'expertise et la condamnation du demandeur aux dépens et à lui payer 2 000 euros au titre des frais irrépétibles. Au soutien de ses prétentions, la SAS M-IMPORT souligne qu'elle n'est pas le vendeur et un simple intermédiaire et qu'elle n'a pas perçu le prix de vente, de sorte qu'elle n'est tenue à aucune garantie de l'état du véhicule. Elle ajoute qu'aucun grief ne lui est personnellement imputé et qu'il n'est donc pas allégué de faute personnelle détachable de sa mission. La SOCIÉTÉ BEZEK & COBAN n'a pas comparu.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DECISION Au regard de la connexité des procédures et de l'intérêt d'une bonne justice de les faire juger ensemble, il convient de joindre la procédure enregistrée sous le RG n°25-01880 avec celle enregistrée sous le RG n°26-00693 en application de l'article 367 du code de procédure civile. Suivant l'article 145 du code de procédure civile, peuvent être ordonnées en référé, toutes mesures légalement admissibles chaque fois qu'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve des faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige. Il appartient au juge de s'assurer souverainement de l'existence d'un motif légitime, c'est à dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse et qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l'objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée. Ainsi, si le demandeur à la mesure d'instruction n'a pas à démontrer l'existence des faits qu'il invoque, puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d'éléments rendant crédibles ses suppositions et justifier que le litige potentiel n'est pas manifestement voué à l'échec et que la mesure est de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur. La faculté prévue à l'article 145 du code de procédure civile ne saurait, en outre, être exercée à l'encontre d'un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne serait pas susceptible d'être mis en cause dans une action principale. En dehors des hypothèses particulières des articles 336 et 625 du code de procédure civile, non applicables à la cause, il n'entre pas dans les pouvoirs du juge de « mettre hors de cause » une partie appelée à une instance judiciaire. En revanche, au titre de l'examen de la demande d'expertise, il sera vérifié au contradictoire de qui les opérations d'expertise judiciaires devront être le cas échéant ordonnées puisque la faculté prévue à l'article 145 du code de procédure civile ne saurait être exercée à l'encontre d'un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne pourrait voir sa responsabilité retenue dans une action principale. Enfin, si l'assureur peut vouloir émettre des réserves sur sa garantie lorsqu'il prend la direction du procès en application de l'article L.113-17 du code des assurances, dont il convient de lui donner acte, il sera rappelé que l'application de l'article 145 du code de procédure civile n'implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d'être ultérieurement engagé. Dès lors, nul besoin de donner acte des « protestations et réserves » des défendeurs autres que les assureurs, étant rappelé au surplus qu'il ne s'agit en ce cas-là pas d'une prétention au sens de l'article 4 du code de procédure civile. En l'espèce, le véhicule a été acquis par Monsieur [X] [P] auprès de la société BEZEK und COBAN Gbr, par l'intermédiaire de la société M-IMPORT, chargée de représenter le concessionnaire vendeur et de fournir l'ensemble des documents permettant la réalisation des démarches administratives d'immatriculation en France, le prix de vente du véhicule ayant été réglé directement entre les mains du vendeur et celui des frais de courtage, de transport et certificat provisoire d'immatriculation entre les mains du mandataire. Les pièces produites aux débats (notamment le procès-verbal d'expertise et le rapport d'expertise amiable [N] & ASSOCIES du 22 septembre 2025) rendent vraisemblables les désordres allégués par le demandeur sur le véhicule litigieux, tels qu'une défaillance de la chaine de distribution, des stigmates témoignant d'intervention antérieure sur cet élément, dont il justifie s'en être plaint peu de temps après la vente. L'expert ajoute que compte tenu du faible kilométrage parcouru depuis la vente, l'anomalie est antérieure à la vente. Le coût de réparation a été estimé à 5 894,27 euros. L'ensemble de ces éléments justifie dès lors de l'existence d'un motif légitime pour ordonner l'expertise judiciaire dans les termes du dispositif, en mettant à la charge de Monsieur [X] [P] le paiement de la consignation initiale quant aux frais d'expertise, et ce, au contradictoire du vendeur, la société BEZEK & COBAN, aux fins de déterminer, notamment, les causes des désordres, les travaux de reprise, les responsabilités encourues et les potentiels préjudices subis. En revanche, il n'est justifié d'aucune motif légitime à ce stade à l'encontre de la société M-IMPORT, qui n'est pas le vendeur et est un simple intermédiaire à la vente, lequel n'a nullement caché sa qualité de mandataire ni ne s'est comporté comme le vendeur du véhicule, de sorte qu'elle ne répond pas de la garantie légale des vices cachés. Si en sa qualité de mandataire elle répond des fautes commises dans sa gestion en application de l'article 1992 du code civil, en l'espèce, il n'est pas justifié d'aucun élément rendant vraisemblable un défaut de conseil ou d'information de sa part. La demande d'expertise est ainsi prématurée à son encontre. Les dépens seront à la charge du demandeur, Monsieur [X] [P], dès lors que le fondement de l'action s'analyse comme une recherche probatoire au bénéfice de la partie qui en prend l'initiative, justifiant qu'il en assume la charge dans un premier temps. La demande de la société M-IMPORT, fondée sur l'article 700 du code de procédure civile, sera rejetée dès lors que l'équité commande de ne pas y faire droit.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, Le juge des référés statuant par ordonnance réputée contradictoire, rendue publiquement, par mise à disposition au greffe, en premier ressort et par décision exécutoire par provision, Ordonne la jonction des procédures RG n°25/01880 et RG n°26-00693 sous le numéro RG n°25/1880 ; Au principal, renvoie les parties à se pourvoir ainsi qu'elles en aviseront ; Mais, sans délai, Tous droits et moyens étant réservés sur le fond, Ordonne une expertise judiciaire et commet en qualité d'expert : [Y] [A] [Adresse 4] [Localité 1] Port. : 06.20.91.19.19 Mèl : [Courriel 1] Ou, à défaut : [W] [Z] Cabinet [F] [Adresse 5] [Localité 2] Tél : [XXXXXXXX01] Port. : 06.12.73.73.22 Mèl : [Courriel 2] Au contradictoire de seules parties suivantes : Monsieur [X] [P] et la société BEZEK & COBAN Avec mission de : se faire remettre tous les documents utiles (facture d'achat, de maintenance, de réparation, le carnet d'entretien etc.),entendre tous sachants,examiner le véhicule en cause de marque MERCEDES, modèle S 350, immatriculé ww-936-ZM,rappeler dans quelles conditions il a été acquis et si les désordres invoqués dans l'assignation et ses pièces sont en relation avec cette vente ; s'ils existaient antérieurement à celle-ci et s'ils étaient décelables ou s'ils présentaient les caractéristiques au plan technique d'un vice caché par opposition aux vices apparents, y compris au regard des visites techniques réglementaires,dire s'ils rendent le véhicule non conforme ou impropre à sa destination,décrire, en tout état de cause, son état actuel, ses dysfonctionnements et dire depuis quand il se trouve ainsi, en précisant le siège du (ou des) désordre(s) relevé(s) ainsi que les interventions auxquelles le dit véhicule a été soumis (nature et date),rechercher les causes des dysfonctionnements (dire en particulier s'il s'agit d'un défaut de fabrication, d'un défaut d'entretien, de travaux de réparation faits sans respecter les règles de l'art ou les préconisations du constructeur, d'une utilisation non conforme à celle pour laquelle il a été vendu etc.),rechercher si le véhicule a fait l'objet de dysfonctionnements antérieurement,donner son avis sur son kilométrage et la valeur du véhicule au jour de l'expertise,déterminer les réparations utiles à remettre ce véhicule en état de marche conformément à sa destination normale,chiffrer ces réparations tant dans leur coût que dans leur durée, au vu des devis produits par les partieschiffrer le coût de l'immobilisation (par référence aux tarifs d'une location selon devis d'au moins deux entreprises de location),recueillir tous les éléments permettant de faire les comptes entre parties. MODALITES TECHNIQUES AVIS AUX PARTIES Dit que, sauf bénéfice de l'aide juridictionnelle, Monsieur [X] [P] devra consigner au greffe du tribunal, une somme de mille huit cent euros (1 800 euros), dans le mois de la notification de l'avis d'appel de consignation faite par le greffe, sous peine de caducité de la présente désignation conformément l'article 271 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire en référé ?
C'est une mesure d'instruction ordonnée par le juge des référés avant tout procès, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile, pour conserver ou établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige.
Quelles conditions pour obtenir une expertise en référé ?
Il faut justifier d'un motif légitime, c'est-à-dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse, et qui présente un lien utile avec un litige potentiel.
Le juge des référés peut-il ordonner une expertise si le vendeur est à l'étranger ?
Oui, à condition que le vendeur ait été régulièrement assigné, par exemple via les autorités compétentes de son pays, comme cela a été fait en l'espèce par transmission à l'AMTSGERICHT LEVERKUSEN.
Que se passe-t-il si le vendeur ne comparaît pas ?
Le juge peut statuer par défaut, mais il doit vérifier que l'assignation a été régulièrement délivrée. En l'espèce, la société BEZEK & COBAN n'a pas comparu, mais l'expertise a été rendue commune et opposable à elle.
Qui supporte les frais de l'expertise ?
En général, la partie demanderesse avance les frais de consignation, mais le juge peut décider de les répartir. Dans cette affaire, le demandeur a été condamné aux dépens, mais la demande de la SAS M-IMPORT au titre de l'article 700 a été rejetée.
Quel est le délai pour le dépôt du rapport d'expertise ?
Le juge fixe un délai, souvent six mois à compter de la saisine de l'expert, sauf prorogation. En l'espèce, le délai était de six mois.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.