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Tribunal judiciaire, 14ch surendettement, 31 juillet 2026 — n° 25/00175

Infirme la décision déférée dans toutes ses dispositions, à l'égard de toutes les parties au recours

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge du surendettement peut-il imposer des mesures de rééchelonnement à une débitrice en contestant les mesures de la commission, alors que son ex-époux co-emprunteur n'est pas partie à la procédure et que la débitrice conteste sa capacité de remboursement ?

Principe retenu

Le juge du contentieux de la protection, saisi d'un recours contre les mesures imposées par la commission de surendettement, peut modifier ces mesures en fonction de la situation financière de la débitrice. Il peut notamment réduire les mensualités et prévoir un effacement partiel des dettes, même si le co-emprunteur n'est pas partie à la procédure, dès lors que la débitrice justifie de son impossibilité de payer les mensualités initiales.

Faits clés

  • Madame [J] [O] a contesté les mesures imposées par la commission de surendettement du Morbihan le 6 novembre 2025
  • Les mesures initiales prévoyaient un rééchelonnement sur 7 ans avec une capacité de remboursement de 248 euros par mois
  • Madame [O] a assigné son ex-époux, Monsieur [Z] [I], co-emprunteur de deux prêts, en garantie
  • Les dettes incluent un prêt [6] de 16 125 euros et un prêt habitat de 89 135 euros
  • Madame [O] a affirmé ne pas pouvoir assumer les mensualités fixées par la commission

Articles cités

article L.733-10 du code de la consommation article R.733-6 du code de la consommation article R.713-10 du code de la consommation

Exposé du litige

EXPOSÉ DU LITIGE Par une lettre adressée au secrétariat de la Commission le 24 octobre 2025 (date d'injection) puis transmise par ce dernier au greffe du Juge des contentieux de la protection, Madame [J] [O] contestait les mesures imposées le 6 novembre 2025 par la commission de surendettement du Morbihan pour le traitement de sa situation de surendettement qui lui avaient été notifiées le 6 octobre 2025, et qui consistaient en un rééchelonnement du paiement de ses dettes sur une durée de 7 années, la commission ayant retenu une capacité de remboursement de 248 euros, avec effacement partiel ou total de certaines dettes. Les parties étaient convoquées par lettre recommandée avec accusé de réception à l'audience du 10 avril 2026 qui était renvoyée au 26 juin 2026 à la demande du Conseil de la débitrice. Ce même Conseil assignait à cette audience de renvoi Monsieur [Z] [I], ex-époux de Madame [O] et co-emprunteur de deux prêts souscrits auprès du [5] : - un prêt [6] d'un montant de 16.125 euros, - un prêt habitat d'un montant de 89.135 euros. Il souhaitait que le juge du surendettement reçoive Madame [O] en son appel en garantie, dire que la décision à intervenir soit commune et opposable à Monsieur [I] et le condamner aux entiers dépens. Le recours de la débitrice était enregistré sous le numéro 25/00175 et son assignation envers Monsieur [I] sous le numéro 26/00130. A l'audience, Madame [J] [O] et son Conseil contestaient le fait que les mesures de la commission n’aient pas été imposées à son ex-époux, soulignant le caractère solidaire de la dette tout en affirmant ne pas être d’accord pour la régler intégralement. La débitrice affirmait ne pas pouvoir assumer les mensualités fixées par la commission sans justifier de sa situation. Elle était autorisée à transmettre les éléments pendant le délibéré. Le [7] [8] écrivait pour indiquer qu'il s'en remettait à la décision du tribunal. Les autres créanciers et Monsieur [Z] [I] n'avaient pas écrit ni comparu. L'affaire était mise en délibéré au 31 juillet 2026.

Motivations de la décision

* * * MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la recevabilité du recours en contestation des mesures Aux termes des articles L.733-10 et R.733-6 du code de la consommation, une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans le délai de 30 jours, les mesures imposées par la commission. En l'espèce, Madame [O] a reçu notification des mesures imposées par la commission le 6 octobre 2025 et formé un recours au secrétariat de la commission le 24 octobre 2025 (date d'injection), soit avant l'expiration du délai de trente jours. En conséquence, il y a lieu de déclarer le présent recours recevable. Sur la jonction des procédures Il importe en vue d'une bonne administration de la justice de joindre les affaires enregistrées sous les numéros 26/00130 et 25/00175. Sur les créances et sur les mesures contestées N° RG 25/00175 - N° Portalis DBZH-W-B7J-C57KY - Jugement du 31 Juillet 2026 En application de l’article L. 733-12 du code de la consommation le Juge saisi d'une contestation des mesures imposées peut vérifier, même d'office, la validité des créances, des titres qui les constatent ainsi que le montant des sommes réclamées. Il incombe au créancier de rapporter la preuve de la validité de sa créance, du titre qui la constate et de son montant en principal, intérêts et accessoires. En application des articles L. 723-3 et R. 723-7 du code de la consommation, lorsque la créance dont la vérification est demandée n’est pas contestée en son principe, le juge ne peut pas l’écarter au motif que le créancier ne produit pas les pièces justificatives sans inviter préalablement celui-ci à les produire. Si la preuve de l’existence de la créance et de son montant incombe au créancier, la charge de la preuve des paiements incombe au débiteur (2e Civ., 17 mai 2018, pourvoi n° 17-15.952). En l'absence de contestation sur ce point, les créances envers Madame [J] [O] seront arrêtées, pour les seuls besoins de la procédure de surendettement, aux montants retenus par la commission dans son état des créances du 6 novembre 2025, établissant un endettement à hauteur de 110.433,81 euros. Si Madame [O] contestait devoir régler l'intégralité des dettes contractées avec son ex-époux, il lui était rappelé et expliqué le principe de la solidarité en ajoutant que le juge de surendettement n'avait aucun pouvoir d'écarter ce principe. Il lui était aussi expliqué que les mesures décidées par la commission ne pouvaient être imposées qu'à une personne qui demandait à bénéficier d'une procédure de surendettement, rendant ainsi l'assignation délivrée contre Monsieur [Z] [I] sans objet, l'intéressé n'ayant pas sollicité le bénéfice d'une telle procédure. En application de l’article L. 733-13 du code de la consommation le juge saisi d'une contestation des mesures imposées par la Commission de surendettement prend tout ou partie des mesures définies aux articles L. 733-1, L. 733-4 et L. 733-7, à savoir notamment : 1° Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature, y compris, le cas échéant, en différant le paiement d'une partie d'entre elles, sans que le délai de report ou de rééchelonnement puisse excéder sept ans ou la moitié de la durée de remboursement restant à courir des emprunts en cours; en cas de déchéance du terme, le délai de report ou de rééchelonnement peut atteindre la moitié de la durée qui restait à courir avant la déchéance ; 2° Imputer les paiements, d'abord sur le capital ; 3° Prescrire que les sommes correspondant aux échéances reportées ou rééchelonnées porteront intérêt à un taux réduit qui peut être inférieur au taux de l'intérêt légal sur décision spéciale et motivée et si la situation du débiteur l'exige. Quelle que soit la durée du plan de redressement, le taux ne peut être supérieur au taux légal ; 4° Suspendre l'exigibilité des créances autres qu'alimentaires pour une durée qui ne peut excéder deux ans. Sauf décision contraire de la commission, la suspension de la créance entraîne la suspension du paiement des intérêts dus à ce titre. Durant cette période, seules les sommes dues au titre du capital peuvent être productives d'intérêts dont le taux n'excède pas le taux de l'intérêt légal. Ainsi que : 1° En cas de vente forcée du logement principal du débiteur, grevé d'une inscription bénéficiant à un établissement de crédit ou à une société de financement ayant fourni les sommes nécessaires à son acquisition, la réduction du montant de la fraction des prêts immobiliers restant due aux établissements de crédit ou aux sociétés de financement après la vente, après imputation du prix de vente sur le capital restant dû, dans des proportions telles que son paiement, assorti d'un rééchelonnement calculé conformément au 1o de l'article L. 733-1, soit compatible avec les ressources et les charges du débiteur ; La même mesure est applicable en cas de vente amiable dont le principe, destiné à éviter une saisie immobilière, et les modalités ont été arrêtés d'un commun accord entre le débiteur et l'établissement de crédit ou la société de financement ; 2° L'effacement partiel des créances combiné avec les mesures mentionnées à l'article L. 733-1. Celles de ces créances dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques, ne peuvent faire l'objet d'un effacement ; ces mesures pouvant être subordonnées à l'accomplissement par le débiteur d'actes propres à faciliter ou à garantir le paiement de la dette. L'article L. 733-3 dispose également que la durée totale des mesures ne peut excéder sept années sauf lorsqu'elles concernent le remboursement de prêts contractés lors d'achat d'un bien immobilier constituant la résidence principale et dont les mesures de la commission permettent d'éviter la cession. L'article L. 733-13 précité prévoit également que, dans tous les cas, la part des ressources nécessaires aux dépenses courantes du ménage est déterminée dans les conditions prévues à l'article L. 731-2. Elle est mentionnée dans la décision. La capacité de remboursement est fixée par référence à la quotité saisissable du salaire telle qu'elle résulte des articles L. 3252-2 et L. 3252-3 du code du travail, de manière à ce que la part des ressources nécessaire aux dépenses courantes du ménage lui soit réservée par priorité. Cette part de ressources ne peut être inférieure, pour le ménage en cause, au montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Elle intègre le montant des dépenses de logement, d'électricité, de gaz, de chauffage, d'eau, de nourriture et de scolarité, de garde et de déplacements professionnels ainsi que les frais de santé. Les conditions de prise en compte et d'appréciation de ces dépenses par le règlement intérieur de chaque commission sont précisées par voie réglementaire. En vue d'éviter la cession de la résidence principale, le montant des remboursements peut, avec l'accord du débiteur et dans des limites raisonnables, excéder la somme calculée par référence à la quotité saisissable du salaire telle qu'elle résulte des articles L. 3252-2 et L. 3252-3 du code du travail. La part des ressources nécessaire aux dépenses courantes est fixée par la commission et mentionnée dans les mesures préconisées. La capacité de remboursement du débiteur doit être déterminée en application des dispositions précitées.

Dispositif

* * * PAR CES MOTIFS, Le Juge des contentieux de la protection, Statuant publiquement, par jugement réputé contradictoire et en premier ressort, DÉCLARE le recours de Madame [J] [O] recevable, ORDONNE la jonction des dossiers 26/00130 et 25/00175, DÉCLARE l'assignation délivrée à Monsieur [Z] [I] sans objet, FIXE les créances envers Madame [J] [O], pour les seuls besoins de la procédure de surendettement, aux montants arrêtés par la commission dans son état des créances du 6 novembre 2025, DIT que les dettes de Madame [J] [O] sont reportées et rééchelonnées selon les modalités figurant au tableau récapitulatif des mensualités du plan qui restera annexé au présent jugement, DIT que le plan entrera en vigueur le premier jour du mois suivant la notification du présent jugement, soit en principe le 1er septembre 2026, DIT que, pendant la durée du plan, les créances ne porteront pas intérêt et que les paiements seront imputés sur le capital, RAPPELLE que les dispositions du présent jugement se substituent à tous les accords antérieurs qui ont pu être conclus entre Madame [J] [O] et les créanciers et que ces derniers doivent donc impérativement suspendre tous les prélèvements qui auraient été prévus pour des montants supérieurs à ceux fixés par ce jugement et ne peuvent exiger le paiement d’aucune autre somme, RAPPELLE que la débitrice devra prendre directement et dans les meilleurs délais contact avec les créanciers figurant dans la procédure pour la mise en place des modalités de paiement des échéances du plan, SUSPEND, pendant toute la durée du présent plan, les mesures d'exécution qui auraient pu être engagées à l'encontre de Madame [J] [O] et rappelle aux créanciers qu'ils ne peuvent exercer aucune voie d'exécution pendant ce délai, RAPPELLE que les créances qui ont pu être écartées de la procédure, soit à l'occasion d'une précédente vérification, soit dans le cadre du présent jugement, restent néanmoins soumises à l'effet suspensif du présent plan adopté au profit de Madame [J] [O] DIT que dans l'hypothèse où l'un des créanciers obtiendrait un titre exécutoire pour un montant supérieur à celui retenu, le paiement de la différence constatée serait suspendu sans intérêt jusqu'à l'achèvement du plan, DIT qu'en cas de retour à meilleure fortune quelle qu'en soit la cause, Madame [J] [O] devra reprendre contact avec la commission, RAPPELLE que Madame [J] [O] sera déchue du bénéfice de la présente procédure si : - elle aggrave son endettement sans l’accord des créanciers ou du juge chargé du surendettement, - elle ne respecte pas les modalités du présent jugement, un mois après une mise en demeure restée infructueuse d’avoir à remplir ses obligations, RAPPELLE que le présent jugement est immédiatement exécutoire en application de l'article R. 713-10 du code de la consommation, LAISSE les frais et dépens à la charge de l'Etat, DIT que le présent jugement sera notifié par lettre recommandée avec avis de réception à chacune des parties et par lettre simple à la commission. Ainsi fait, jugé et mis à disposition au greffe de la juridiction les jours, mois et an susdits.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour contester les mesures imposées par la commission de surendettement ?
Le délai est de 30 jours à compter de la notification des mesures. En l'espèce, Madame [O] a formé son recours dans ce délai, ce qui a rendu son recours recevable.
Le juge peut-il réduire les mensualités fixées par la commission ?
Oui, le juge peut modifier les mesures imposées par la commission en fonction de la situation financière de la débitrice. Dans cette affaire, le juge a réduit les mensualités de 248 euros à 107,27 euros puis 91,64 euros, et a prévu un effacement partiel de certaines dettes.
Mon ex-époux est co-emprunteur, peut-il être tenu de payer les dettes ?
En principe, les dettes solidaires peuvent être réclamées à chaque co-emprunteur. Cependant, dans cette décision, le juge a établi un plan de remboursement à la charge de Madame [O] seule, sans condamner son ex-époux, car il n'était pas partie à la procédure de surendettement.
Quelles dettes peuvent être effacées partiellement ?
Le juge peut décider un effacement partiel des dettes lorsque la capacité de remboursement est insuffisante. Dans ce cas, certaines dettes ont été effacées à hauteur de 96 548,74 euros pour le prêt FCT ABSUS, et d'autres dettes ont été intégralement remboursées selon le plan.
Que se passe-t-il si je ne respecte pas le plan de remboursement ?
Si vous ne respectez pas les modalités du jugement, vous pouvez être déchue du bénéfice de la procédure de surendettement, après une mise en demeure restée infructueuse d'un mois. Cela signifie que les créanciers pourront à nouveau exercer des poursuites.
Puis-je demander la suspension des paiements pendant la procédure ?
Le jugement a un effet suspensif, ce qui signifie que les créanciers ne peuvent pas poursuivre le recouvrement pendant la durée du plan. De plus, si un créancier obtient un titre exécutoire pour un montant supérieur, le paiement de la différence est suspendu sans intérêt jusqu'à la fin du plan.
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