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Cour de cassation, chambre sociale, 24 janvier 2024 — n° 22-17.768

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:SO00096

Synthèse de la décision

Question juridique

L'employeur doit-il fournir des éléments précis sur les horaires du salarié pour contester une demande d'heures supplémentaires, et le juge doit-il examiner les bulletins de salaire produits par le salarié pour vérifier l'existence d'heures supplémentaires non rémunérées ?

Principe retenu

En matière d'heures supplémentaires, il appartient au salarié de présenter des éléments suffisamment précis à l'appui de sa demande, et à l'employeur de fournir des éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés. Le juge doit examiner l'ensemble des éléments produits, y compris les bulletins de salaire, et ne peut se fonder uniquement sur des témoignages de l'employeur sans rechercher si les heures de service mentionnées sur ces témoignages sont supérieures à celles portées sur les bulletins de salaire.

Faits clés

  • M. [M] a été engagé comme conducteur livreur de véhicules à compter du 1er octobre 2014
  • Il a été en arrêt maladie à compter du 6 juin 2016
  • Il a réclamé un rappel de salaire pour heures supplémentaires par lettres des 16 juin et 15 juillet 2016
  • Il a saisi la juridiction prud'homale le 27 juillet 2016
  • L'employeur a produit des témoignages de salariés sur les horaires

Articles cités

article L. 3171-4 du code du travail article 455 du code de procédure civile article 624 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 17 juin 2020) et les productions, M. [M] a été engagé en qualité de conducteur livreur de véhicules par la société Nova-Trans express (la société), à compter du 1er octobre 2014. Il a été en arrêt pour maladie à compter du 6 juin 2016. 2. Par lettres du 16 juin et du 15 juillet 2016, il a réclamé le paiement d'un rappel de salaire au titre d'heures supplémentaires. 3. Le 27 juillet 2016, il a saisi la juridiction prud'homale de demandes en résiliation judiciaire de son contrat de travail et en paiement de diverses sommes au titre de l'exécution et de la rupture du contrat de travail. 4. Par lettre du 2 septembre 2016, la société lui a notifié sa mutation sur le site de l'UPS à [Localité 5]. 5. Il a été licencié le 17 janvier 2017 pour faute grave. 6. M. [C] a été désigné en qualité de mandataire ad hoc de la société.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu l'article 455 du code de procédure civile : 8. Selon ce texte tout jugement doit être motivé. Le défaut de réponse aux conclusions constitue un défaut de motifs. 9. Pour rejeter la demande du salarié en paiement d'un rappel de salaire au titre des heures supplémentaires et des congés payés afférents, l'arrêt retient que l'employeur produit différents témoignages de salariés indiquant que les horaires de l'intéressé variaient entre 10 h et 10 h 30 et 19 h 30 sauf cas exceptionnel et que M. [T] ancien salarié, indique que sa prise de poste s'effectuait de 10 h à 20 h 30 avec une heure de pause. Il en conclut qu'il n'est pas établi que M. [M] a effectué des heures supplémentaires non rémunérées, en sus de celles figurant chaque mois sur ses bulletins de paie avec une majoration de 25 %. 10. En statuant ainsi, sans répondre aux conclusions du salarié qui soutenait qu'il résultait des attestations versées par l'employeur que son amplitude de travail journalière était au minimum de huit heures ce qui excédait le nombre d'heures travaillées et rémunérées figurant sur ses bulletins de paie, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé. Réponse de la Cour : Vu l'article 624 du code de procédure civile : 12. La cassation prononcée sur le premier moyen entraîne la cassation, par voie de conséquence, des chefs de dispositif rejetant la demande en paiement de dommages-intérêts pour défaut d'information relative au repos compensateur et d'indemnité forfaitaire pour travail dissimulé, qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire. Réponse de la Cour Vu l'article 455 du code de procédure civile : 14. Selon ce texte, tout jugement doit être motivé. Le défaut de réponse aux conclusions constitue un défaut de motifs. 15. Pour rejeter la demande en paiement de dommages-intérêts pour défaut d'organisation de la visite médicale de reprise, l'arrêt retient que la médecine du travail a confirmé à l'employeur par une lettre du 19 septembre 2016 qu'un examen médical était prévu pour le salarié le mercredi 5 octobre 11h45 à [Localité 4] et que le 5 octobre 2016, elle l'a informé qu'il ne s'y était pas présenté. Il en conclut que l'intéressé a été convoqué par la médecine du travail à une visite de reprise. 16. En statuant ainsi, sans répondre aux conclusions du salarié, qui soutenait que la médecine du travail n'avait écrit qu'à l'employeur et qu'il n'avait pas reçu de convocation à la visite médicale de reprise, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé. Réponse de la Cour Vu l'article 624 du code de procédure civile : 18. La cassation prononcée sur le premier moyen entraîne la cassation, par voie de conséquence, des chefs de dispositif rejetant la demande de résiliation judiciaire et les demandes indemnitaires subséquentes, qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire. Réponse de la Cour Vu l'article 624 du code de procédure civile : 20. La cassation prononcée sur le quatrième moyen entraîne la cassation, par voie de conséquence, des chefs de dispositif jugeant le licenciement fondé sur une faute grave et déboutant le salarié de ses demandes d'indemnisation de la rupture du contrat de travail, qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire. Portée et conséquences de la cassation 21. La cassation prononcée n'emporte pas cassation des chefs de dispositif de l'arrêt condamnant l'employeur aux dépens ainsi qu'au paiement d'une somme au titre de l'article 700 du code de procédure civile, justifiés par une autre condamnation prononcée à l'encontre de celui-ci et non remise en cause.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour : CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il condamne la société Nova-Trans express à verser à M. [M] les sommes de 1 000 euros à titre de dommages-intérêts en réparation du préjudice lié au retard dans l'organisation de la visite médicale d'embauche, et la condamne aux dépens et à une indemnité sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 17 juin 2020, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; Remet, sauf sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris autrement composée ; Condamne M. [C], en sa qualité de mandataire ad hoc de la société Nova-Trans express aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, condamne M. [C], ès qualités, à payer à M. [M] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-quatre janvier deux mille vingt-quatre.

Questions fréquentes

Quels éléments dois-je fournir pour prouver mes heures supplémentaires ?
Vous devez présenter des éléments suffisamment précis, comme vos bulletins de salaire, vos relevés d'heures, ou tout document indiquant les horaires effectués. L'employeur doit ensuite fournir des éléments de nature à justifier les horaires réellement réalisés.
Mon employeur peut-il contester mes heures supplémentaires avec des témoignages d'autres salariés ?
Oui, l'employeur peut produire des témoignages, mais le juge ne peut pas se baser uniquement sur ces témoignages sans examiner les autres éléments, comme vos bulletins de salaire, pour vérifier si les heures mentionnées dans les témoignages sont supérieures à celles portées sur vos fiches de paie.
Que faire si mon employeur refuse de me payer mes heures supplémentaires ?
Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes pour demander un rappel de salaire. Il est important de rassembler tous les éléments prouvant les heures effectuées (bulletins de salaire, plannings, emails, etc.).
Qu'est-ce que la charge de la preuve en matière d'heures supplémentaires ?
Le salarié doit d'abord présenter des éléments suffisamment précis sur les heures non rémunérées. Ensuite, l'employeur doit fournir des éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés. Le juge forme sa conviction après avoir examiné l'ensemble des pièces.
Puis-je réclamer des heures supplémentaires si j'étais en arrêt maladie ?
Oui, vous pouvez réclamer des heures supplémentaires effectuées avant votre arrêt maladie. Dans cette affaire, le salarié a réclamé des heures supplémentaires pour la période antérieure à son arrêt.
La cour d'appel a-t-elle le droit de se baser uniquement sur des témoignages de l'employeur ?
Non, la Cour de cassation a censuré l'arrêt de la cour d'appel qui s'était fondée uniquement sur les témoignages de l'employeur sans rechercher si les heures de service mentionnées dans ces témoignages étaient supérieures à celles portées sur les bulletins de salaire du salarié. Le juge doit examiner tous les éléments.
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