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Cour de cassation, chambre sociale, 18 décembre 2024 — n° 23-20.988

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:SO01325

Synthèse de la décision

Question juridique

Quels éléments le salarié doit-il fournir pour étayer sa demande d'heures supplémentaires et permettre à l'employeur d'y répondre ?

Principe retenu

En cas de litige sur les heures supplémentaires, le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies, afin de permettre à l'employeur d'y répondre utilement en produisant ses propres éléments. Il incombe ensuite à l'employeur de fournir des éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié.

Faits clés

  • Salarié engagé comme directeur commercial en 2005, puis directeur régional en 2006
  • Demande en paiement de 1 135,40 heures supplémentaires en 2016 et 658,20 heures en 2017
  • Salarié produit un décompte hebdomadaire des heures travaillées
  • Salarié produit des attestations de collègues témoignant de sa disponibilité et de longues journées de travail
  • Salarié produit des courriels et justificatifs de trajets professionnels

Articles cités

article L. 3171-4 du code du travail

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Colmar, 26 mai 2023), M. [C] a été engagé en qualité de directeur commercial, par la société Porcelanosa Lorceram, aux droits de laquelle vient désormais la société Porcelanosa France, selon contrat à durée indéterminée du 24 août 2005. Par avenant du 1er mars 2006, le salarié a été nommé au poste de directeur régional. 2. Le 27 décembre 2018, il a saisi la juridiction prud'homale de demandes relatives à l'exécution de son contrat de travail.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu l'article L. 3171-4 du code du travail : 5. Aux termes de l'article L. 3171-2, alinéa 1er, du code du travail, lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés. Selon l'article L. 3171-3 du même code, l'employeur tient à la disposition des membres compétents de l'inspection du travail les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié. La nature des documents et la durée pendant laquelle ils sont tenus à disposition sont déterminées par voie réglementaire. 6. Enfin, selon l'article L. 3171-4 du code du travail, en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, l'employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié. Au vu de ces éléments et de ceux fournis par le salarié à l'appui de sa demande, le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Si le décompte des heures de travail accomplies par chaque salarié est assuré par un système d'enregistrement automatique, celui-ci doit être fiable et infalsifiable. 7. Il résulte de ces dispositions, qu'en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, il appartient au salarié de présenter, à l'appui de sa demande, des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies afin de permettre à l'employeur, qui assure le contrôle des heures de travail effectuées, d'y répondre utilement en produisant ses propres éléments. Le juge forme sa conviction en tenant compte de l'ensemble de ces éléments au regard des exigences rappelées aux dispositions légales et réglementaires précitées. Après analyse des pièces produites par l'une et l'autre des parties, dans l'hypothèse où il retient l'existence d' heures supplémentaires, il évalue souverainement, sans être tenu de préciser le détail de son calcul, l'importance de celles-ci et fixe les créances salariales s'y rapportant. 8. Pour débouter le salarié de ses demandes en paiement de rappels de salaire pour heures supplémentaires, repos compensateur et congés payés afférents, l'arrêt relève, d'abord, que le salarié produit un décompte par semaine des heures travaillées duquel il résulte qu'il aurait effectué 1 135,40 heures supplémentaires non rémunérées en 2016 et 658,20 heures en 2017. Il énonce, ensuite, que le salarié indique qu'il a établi pour chaque jour un relevé d'heures à partir de ses agendas mais qu'il ne produit pas le détail de ses heures de travail quotidiennes, sauf pour le mois de juin 2016. Il ajoute que les autres éléments produits par le salarié, à savoir les attestations établies notamment par d'autres salariés de l'entreprise, lesquels témoignent de sa disponibilité, de son investissement professionnel et de journées de travail pouvant débuter tôt le matin et s'achever tard le soir, les courriels et les justificatifs de trajets professionnels réalisés par le salarié, ne permettent pas davantage à l'employeur de répliquer sur la réalité des heures effectivement travaillées. 9. Il retient que le salarié ne produit pas d'éléments suffisamment précis pour étayer sa demande de paiement d'heures supplémentaires et pour permettre à l'employeur d'apporter des éléments contraires. 10. En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que le salarié présentait des éléments suffisamment précis pour permettre à l'employeur de répondre, la cour d'appel, qui a fait peser la charge de la preuve sur le seul salarié, a violé le texte susvisé. 3. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : REJETTE le pourvoi incident ; CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il déboute M. [C] de ses demandes en paiement d'heures supplémentaires, de repos compensateur et des congés payés afférents, et en ce qu'il statue sur les dépens et l'application de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 26 mai 2023, entre les parties, par la cour d'appel de Colmar ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Metz ; Condamne la société Porcelanosa France aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Porcelanosa France et la condamne à payer à M. [C] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du dix-huit décembre deux mille vingt-quatre.

Questions fréquentes

Quels éléments le salarié doit-il fournir pour prouver ses heures supplémentaires ?
Le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies, par exemple un décompte hebdomadaire des heures travaillées, des attestations de collègues, des courriels ou des justificatifs de trajets professionnels.
Que doit faire l'employeur face à une demande d'heures supplémentaires ?
L'employeur doit répondre en produisant ses propres éléments de contrôle des horaires, comme les relevés de pointage ou les plannings, pour justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié.
Qu'est-ce qu'un 'élément suffisamment précis' selon la Cour de cassation ?
Un élément suffisamment précis est un document ou un témoignage qui permet à l'employeur d'identifier les heures concernées et d'y répondre utilement, par exemple un décompte détaillé par semaine ou des attestations circonstanciées.
La charge de la preuve des heures supplémentaires pèse-t-elle uniquement sur le salarié ?
Non, la charge de la preuve est partagée : le salarié doit fournir des éléments précis, puis l'employeur doit justifier les horaires effectués. La Cour de cassation rappelle que le juge ne peut pas faire peser la preuve uniquement sur le salarié.
Que s'est-il passé dans cette affaire ?
Un directeur régional a réclamé le paiement de nombreuses heures supplémentaires. La cour d'appel l'a débouté, estimant ses preuves insuffisantes. La Cour de cassation a cassé cette décision, jugeant que le salarié avait fourni des éléments suffisamment précis (décompte, attestations, courriels) et que la cour d'appel avait inversé la charge de la preuve.
Quels sont les recours possibles en cas de refus de paiement d'heures supplémentaires ?
Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour demander un rappel de salaire. Il doit apporter des éléments précis. En appel, si la décision est défavorable, un pourvoi en cassation est possible pour violation de la règle de preuve.
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