Motifs de la décision
Sur la demande de remise d'une attestation France Travail rectifiée sous astreinte
Moyens
Le salarié expose que l'employeur a mentionné sur l'attestation Pôle Emploi « fin de la période d'essai à l'initiative du salarié », alors que c'est l'employeur qui a mis fin à la période d'essai ; qu'une démission ne se présume pas ; que le courrier qu'il a adressé à l'employeur le 29 septembre 2021 n'évoque aucunement une démission ; que par ailleurs la convention collective applicable mentionne la nécessité d'une notification de la démission par lettre recommandée.
L'employeur expose que c'est le salarié qui a choisi de rompre sa période d'essai, ainsi qu'il en résulte de son courrier recommandé du 29 septembre 2021 et de la conversation téléphonique qu'il a eue avec son manager le 30 septembre, de sorte qu'il s'agit d'une rupture de la période d'essai à l'initiative du salarié et non d'une démission ; que la convention collective ne prévoit pas de condition de forme particulière s'agissant d'une rupture de période d'essai ; qu'il n'y a donc pas lieu de modifier l'attestation.
Sur ce
Chaque partie désirant rompre la période d'essai prévue dans le contrat travail peut y procéder sans motiver sa décision de rompre sauf si les circonstances de la rupture révèlent une attitude fautive d'une des deux parties pouvant ouvrir droit à des dommages et intérêts.
La rupture de la période d'essai ne se présume pas, mais doit résulter d'une manifestation explicite et non équivoque.
En l'espèce, sont produites aux débats les pièces suivantes :
- un courrier en date du 29 septembre 2021 adressé par le salarié à l'employeur, qui mentionne « Je reviens vers vous pour le contrat à durée indéterminée que nous avons contracté avec une période d'essai de 4 mois renouvelable 3 mois. Nous rencontrons des difficultés relationnelles qui démontrent que notre collaboration n'est plus envisageable. Je viens donc par la présente vous confirmer que je tiens à votre disposition les outils de travail (EPI, voiture') à vous remettre sur [Localité 5]. Je récupérerai à ce moment-là mon solde de tout compte, l'attestation employeur et le remboursement de mes frais de septembre (CRA SYGES). Je récupérerai également l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi (UNEDIC). (') »,
- un courriel adressé par M. [C] de la société ACS à M. [K] le 30 septembre 2021 à 15h19, ayant pour objet « « Fin de PE à ta demande », et mentionnant « Suite à notre échange téléphonique, tu m'as annoncé ton souhait de mettre fin à ta période d'essai, demande que tu as également adressé ce jour par courrier AR. Merci de m'envoyer une copie de ce courrier par mail stp (') »,
- un courriel adressé par M. [K] à M. [C] le 30 septembre 2021 à 19h30, ayant pour objet « RE : Fin de PE à ta demande = [F][K] n'est pas sûr de ça », qui apparaît être la réponse au courriel précédant, et mentionnant notamment « A la lecture de ton courriel, il m'apparaît évident que nous ne nous sommes pas très bien compris au téléphone. En pièce jointe ma LRAR de ce matin. Il est évident que la rédaction des documents de fin de Ct, et notamment l'attestation ASSEDIC, doit être satisfactoire pour ACS comme pour moi (') A réception de ton retour, je continuerai « d'assumer » (je te cite) pour que les « choses en reste là » (je te cite) ».
- un courriel adressé par M. [K] à M. [C] le 1er octobre 2021, par lequel il lui indique « je souhaite comme tu me l'a demandé « passer à autre chose rapidement » (et même si ce n'est pas très gai pour moi) si bien que je te serai reconnaissant de me faire un retour dans ' (note : document tronqué) restitution. Mardi vers 1h00. Je repars en train à mes frais dans l'aprem »,
- un courriel non daté adressé par M. [K] à M. [C], qui contient la reprise d'un précédent message adressé par ce dernier à M. [K], et les réponses en regard du salarié :
« M. [C] : ton document B (arrêt de travail) n'est pas exploitable en l'état car la photo transmise ne permet pas de lire su tu es effectivement en arrêt, ni sur quelle durée. De fait, à ce jour et depuis le 29 septembre à 12h00, tu es en absence injustifié. Si tel n'est pas le cas, merci de nous faire parvenir ton arrêt de travail complet et lisible
[F][K] : ce document est très clair
M. [C] : D'autre part, ton courrier « LRAR [F][K] DEPART » n'est pas explicite.
[F][K] : ce document est explicite.
M. [C] : je te confirme donc le rendez-vous du mardi 05 octobre à 11h dans nos locaux de [Localité 5], pour clarifier la situation.
[F][K] : j'attends une position claire sur l'attestation UNEDIC + remboursement note de frais dont l'avance de fonds n'a jamais eu lieu.
M. [C] : Nous ne pouvons activer aucune démarche administrative car, à date, nous sommes toujours liés par un contrat de travail »
- un courriel ou courrier non daté adressé par le président de la SASU Bureau ACS M. [T] à M. [K], tronqué au niveau de la marge droite de sorte que certaines phrases n'apparaissent pas dans leur intégralité, qui mentionne notamment « Je vous réitère le mode opératoire ci-dessous pour restituer et terminer correctement cette malheur et couteuse ' pas servi l'entreprise. Effectivement, quand un collaborateur démissionne, il prend à sa charge les frais inhérent à son choix ».
Il résulte de l'analyse de ces documents que M. [K] a transmis à son employeur un courrier daté du 29 septembre 2021 qui ne mentionnait pas explicitement son souhait de rompre la période d'essai mais pouvait, par ses termes, laisser penser à son employeur qu'il s'agissait de son souhait ; que les échanges de courriels entre M. [K] et M. [C] le 30 septembre 2021 témoignent d'une ambiguïté quant à l'intention de M. [K] exprimée dans ce courrier du 29 septembre, ainsi qu'en témoigne l'intitulé de l'objet de la réponse de M. [K] au courriel de M. [C] : « RE : Fin de PE à ta demande = [F][K] n'est pas sûr de ça » ; que cette ambiguïté est renforcée par le message adressé par M. [C] au salarié dans lequel il lui indique notamment qu'il considère qu'ils sont toujours liés par un contrat de travail et que depuis le 29 septembre il est en absence injustifiée.
Il doit également être relevé que si l'employeur avait considéré que le salarié exprimait dans son courrier du 29 septembre 2021 le souhaite de rompre sa période d'essai, étant relevé qu'il a pris connaissance de ce courrier par courriel du 30 septembre, il n'avait aucune raison de lui faire une retenue sur salaire pour absence non justifiée du 29 septembre au 4 octobre 2021, alors que le délai de prévenance s'appliquant au salarié était de 48 heures.
Il résulte de ces constatations l'absence de manifestation explicite et non équivoque de la part du salarié de son intention de rompre la période d'essai. Il convient donc de considérer que celle-ci a été rompue à l'initiative de l'employeur.
La décision déférée sera infirmée sur ce point, et il sera ordonné à l'employeur de remettre au salarié une attestation France Travail mentionnant que la rupture de la période d'essai est intervenue à son initiative, ce sous astreinte de 30 euros par jour de retard passé un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, la cour se réservant la liquidation de l'astreinte.
Sur la demande reconventionnelle d'indemnité pour conservation du véhicule de service à l'issue du contrat de travail
Moyens
L'employeur expose que le salarié a refusé de se rendre dans les locaux de la société pour restituer le véhicule de fonction à l'issue de son contrat de travail ; que la société a dû demander la restitution sous astreinte pour qu'il consente à organiser un rendez-vous, deux collaborateurs ayant dû se rendre à son domicile ; que par ailleurs le salarié a utilisé le véhicule durant ce temps ; que cette utilisation a eu un coût pour la société, qui loue ce véhicule dans le cadre d'un contrat LLD ; que le déplacement des deux collaborateurs pour récupérer le véhicule doit également être indemnisé.