MOTIFS
Sur la forclusion
Le présent litige concerne l'attribution de la rente invalidité prévue au 3° de l'article 3 des statuts de la [1], dont les conditions financières sont prévues à l'article 14 de ces mêmes statuts, au profit de 'tout affilié à compter du premier jour de la quatrième année suivant l'incapacité reconnue dans les conditions de l'article 13", ce dernier article visant les 'cas d'accident ou de maladie entraînant la cessation totale de l'activité professionnelle à compter du 91ème jour jusqu'au 365ème jour au plus tard' et prévoit qu'elle 'peut être prolongée à compter du premier jour de la deuxième année suivant l'incapacité reconnue jusqu'au dernier jour de la troisième année d'incapacité'.
L'article 20 de ces statuts prévoit que, pour que l'affilié puisse bénéficier de cette rente dans les conditions prévues à l'article 14, 'l'intéressé devra fournir dans le délai de deux mois suivant le 365ème jour de la troisième année d'inaptitude, sous peine de forclusion, un nouveau certificat précis et détaillé mentionnant obligatoirement son taux d'incapacité'.
Les statuts du régime complémentaire d'invalidité et décès géré par la Caisse autonome de retraite et de prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes, approuvés par arrêté ministériel, revêtent un caractère réglementaire.
Par courrier du 16 mai 2022, la [1] a adressé à M. [F] [G] un courrier lui indiquant :
'Pour permettre d'étudier vos droits éventuels :
- à la rente d'invalidité totale (taux d'incapacité à l'exercice de votre profession libérale de 100%),
- à la rente d'invalidité partielle (taux d'incapacité à l'exercice de votre profession libérale égal ou supérieur à 66%),
à partir du 7 janvier 2022 (1er jour de la 4ème année d'incapacité professionnelle), vous devrez faire parvenir, soit via votre Espace personnel sécurisé, soit sous pli fermé, à l'attention du médecin conseil de la caisse, un certificat médical détaillé mentionnant :
> votre état clinique à la date précitée, l'évaluation des séquelles éventuelles, la nature du traitement suivi,
> le taux de votre incapacité professionnelle à titre libéral (à faire figurer obligatoirement : application des dispositions de l'article 20 des statuts),
> la durée de la prolongation de votre arrêt de travail,
en y joignant les comptes rendus postopératoires, rapports des spécialistes, résultats des analyses médicales, comptes rendus d'examens radiographiques, de scanner, d'IRM, etc...
Ce document devra nous parvenir dans le délai de 2 mois suivant la date de réception de notre lettre, faute de quoi votre demande de prestations devra être rejetée pour la période postérieure au 6 janvier 2022.'
Force est de constater que le délai ouvert par ce courrier du 16 mai 2022, (deux mois à compter de sa réception supposée le 21 mai 2022) ne correspondait pas à celui fixé par l'article 20 des statuts (deux mois à compter de la fin de l'inaptitude, le 7 janvier 2022), la [1] ne faisant valoir aucune explication sur ce point relevé par le tribunal, et ne paraît pas avoir fait application de l'article 23 des statuts qui aurait pu lui permettre de procéder à tout contrôle administratif ou médical dans le respect du délai de l'article 20.
De surcroît, ce courrier du 16 mai 2022 a été adressé par voie postale, alors que précédemment, la [1] avait notifié à ses adhérents un bulletin, en juin 2021, qui leur faisait part de la dématérialisation des échanges, dans les termes suivants :
'Afin de simplifier, d'accélérer et de sécuriser vos échanges avec la [1], vos documents sont désormais uniquement disponibles dans votre espace personnel. Ils y sont archivés. [...] Chaque dépôt de nouveau document dans votre espace personnel vous est notifié par mail'.
Cet avis faisait suite à une précédente notification du 8 avril 2021 qui visait les 'principaux documents' en énumérant alors les appels de cotisations 2021 sur les revenus 2020, demandes d'acomptes, bordereaux de paiements mensuels et attestations fiscales annuelles ; toutefois contrairement à ce qu'affirme la [1], le caractère très général du nouvel avis de juin 2021, adressé dans le délai de deux mois ouvert par la lettre en litige, ne permet pas de retenir que la dématérialisation aurait eu un caractère limité.
Aucun manquement ne peut être reproché à M. [F] [G] dans ce contexte, puisque le relevé des consultations produit par la [1] montre que cet adhérent se connectait régulièrement à son espace personnel et en particulier à plusieurs reprises le 20 mai 2022, peu après l'envoi par la [1] du courrier en litige, ou même le 15 juin 2022, soit dans le délai de deux mois ouvert par ce même courrier, ce qui aurait pu lui permettre d'avoir connaissance de l'injonction de production qui lui était faite, et d'y satisfaire, si ce document y avait figuré (pièce 7).
Or, le constat d'huissier produit par M. [F] [G] révèle que le courrier du 16 mai 2022 ne figurait pas sur son espace adhérent, mais seulement un courrier d'attribution des prestations, daté du même jour, 16 mai 2022.
Certes, ainsi que l'invoque la [1] , ce courrier consultable par M. [F] [G] sur son espace adhérent comportait en dernière ligne l'avis suivant :
'Veuillez, par ailleurs, prendre connaissance des indications portées sur le document joint'.
Et sur la page suivante :
'En cas de nouvelle demande de prestations, il vous appartient d'adresser un certificat médical détaillé, soit via votre espace personnel sécurisé, soit sous pli fermé à l'attention de notre médecin conseil, indiquant le taux de votre incapacité à l'exercice de votre profession libérale à la date du 07/01/2022, ainsi que la durée prévisible de cette dernière'.
Néanmoins, force est de constater que cet avis ne faisait référence à aucun délai imposé pour satisfaire cette dernière demande.
Quant au courrier recommandé avec AR du 16 mai 2022, la [1] n'établit pas que M. [F] [G] en aurait pris connaissance dans le délai de deux mois imparti, dans un contexte où ce dernier conteste avoir personnellement signé l'accusé de réception et produit, en ce sens, une attestation de Mme [B] son épouse, indiquant notamment :
'après plus de 20 ans de vie commune, mon mari et moi avons senti qu'un éloignement temporaire était nécessaire : c'est ainsi que tout naturellement, [F] est parti vivre quelques semaines dans [une] maison récemment achetée [dans une autre ville en vue d'une mise en location après rénovation]. C'était fin mars 2022. Cette situation se voulant provisoire, le courrier de [F] arrivait toujours à la maison conjugale. Il m'est arrivé de recevoir et de signer ses recommandés, comme je le faisais depuis longtemps. J'ai ainsi réceptionné un courrier de la caisse [1] le 21/05/22. Les semaines se sont transformées en mois, le courrier s'est lentement accumulé. Si j'avais pensé que cette situation durerait tant, j'aurais fait demander le suivi du courrier. Mais jamais nous ne pensions que la séparation serait aussi longue.
Début décembre 2022, les gros travaux de maçonnerie ont commencé dans la maison à rénover. [F] a dû quitter son habitation et regagner la maison familiale. C'est alors qu'il a pris connaissance de tout son courrier, dont la lettre datée du 16/05/22 de la [1]. Il a immédiatement compris le caractère urgent d'y répondre'.
Il est en outre établi et non contesté que le certificat médical produit en décembre 2022 par M. [F] [G] établissait qu'il était éligible aux prestations en litige, dont le refus lui a été opposé au seul motif du non respect du délai de réponse imparti dans la lettre recommandée.
Dans ce contexte où la [1] n'établit pas que la sanction qu'elle entendait attacher au non respect du délai fixé par son courrier du 16 mai 2022 avait été portée à la connaissance de M. [F] [G] et où aucune négligence n'est établie à l'encontre de cet adhérent, c'est par une exacte analyse, par motifs adoptés par la cour, que le tribunal a condamné la [1] à verser à M.