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Cour de cassation, chambre sociale, 17 juin 2026 — n° 25-13.725

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:SO00562

Synthèse de la décision

Question juridique

La rupture de la période d'essai d'un salarié protégé est-elle valable sans autorisation préalable de l'inspection du travail ?

Principe retenu

La rupture d'un contrat de travail à durée déterminée pendant la période d'essai d'un salarié protégé nécessite une autorisation préalable de l'inspection du travail. En l'absence de cette autorisation, la rupture est considérée comme nulle.

Faits clés

  • M. [M] a été engagé en CDD de remplacement pour cinq mois et demi avec une période d'essai de quinze jours.
  • Le salarié a informé son employeur de son mandat de conseiller du salarié.
  • L'employeur a demandé l'autorisation de mettre fin à la période d'essai à l'inspection du travail.
  • L'employeur a mis fin à la période d'essai avant d'obtenir la réponse de l'inspection du travail.
  • M. [M] a saisi le tribunal prud'homal pour contester la rupture de son contrat.

Articles cités

article 455 du code de procédure civile article 463 du code de procédure civile

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Montpellier, 31 octobre 2024), M. [M] a été engagé en qualité d'allotisseur par la société Api restauration suivant contrat à durée déterminée de remplacement de cinq mois et demi du 19 août 2020 au 5 février 2021 inclus, avec une période d'essai de quinze jours non renouvelable. 2. Le 20 août 2020, le salarié a informé la direction de son mandat de conseiller du salarié. 3. Le 31 août 2020, l'employeur a saisi l'inspectrice du travail d'une demande d'autorisation de mettre fin à la période d'essai du salarié. 4. Le 1er septembre 2020, l'employeur a mis fin, sans attendre la réponse de l'inspectrice du travail, à la période d'essai. 5. Le 7 octobre 2020, le salarié a saisi la juridiction prud'homale de demandes en requalification du contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, en nullité de la rupture du contrat de travail et en paiement de diverses sommes.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 7. La cour d'appel ayant seulement rejeté la demande du salarié en paiement de dommages et intérêts pour absence de remise des documents de fin de contrat et n'ayant pas statué sur sa demande de remise desdits documents, le moyen dénonce en réalité une omission de statuer qui, pouvant être réparée par la procédure prévue à l'article 463 du code de procédure civile, ne donne pas ouverture à cassation. 8. En conséquence, le moyen n'est pas recevable. Réponse de la Cour Vu l'article L. 1242-7 du code du travail : 10. Selon ce texte, le contrat de travail à durée déterminée peut ne pas comporter de terme précis lorsqu'il est conclu pour le remplacement d'un salarié absent. Le contrat de travail à durée déterminée est alors conclu pour une durée minimale. Il a pour terme la fin de l'absence de la personne remplacée ou la réalisation de l'objet pour lequel il a été conclu. 11. Pour débouter le salarié de sa demande en requalification de son contrat de travail à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, l'arrêt retient que la clause de résiliation unilatérale stipulée au contrat, énonçant que dans l'hypothèse où « la personne remplacée devait être amenée à réintégrer son poste de manière anticipée, le contrat serait rompu » est contraire aux dispositions de l'article L. 1243-1 du code du travail. Il ajoute que cependant, l'employeur objecte à juste titre que cette stipulation, nulle et, par suite, privée d'effet, ne saurait emporter la requalification du contrat en contrat de travail à durée indéterminée. 12. En statuant ainsi, alors que la clause de résiliation prévue au contrat de travail rendait sans portée la mention de la durée minimale, en sorte que le contrat à durée déterminée de remplacement devait être requalifié en contrat à durée indéterminée, la cour d'appel a violé le texte susvisé. Portée et conséquences de la cassation 13. En application de l'article 624 du code de procédure civile, la cassation prononcée entraîne la cassation, par voie de conséquence, des chefs de dispositif prononçant la nullité de la rupture de la période d'essai, déboutant le salarié de sa demande en réintégration et condamnant l'employeur au paiement de sommes à titre d'indemnité pour nullité de la rupture du contrat de travail à durée déterminée et d'indemnité pour violation du statut protecteur et à titre de dommages et intérêts pour discrimination syndicale, qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire. 14. En revanche, la cassation prononcée n'emporte pas celle des chefs de dispositif de l'arrêt condamnant l'employeur aux dépens ainsi qu'au paiement d'une somme en application de l'article 700 du code de procédure civile, justifiés par d'autres condamnations prononcées à l'encontre de celui-ci et non remises en cause.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il déboute M. [M] de ses demandes en requalification du contrat de travail à durée déterminée en contrat à durée indéterminée et en paiement d'une indemnité de requalification, prononce la nullité de la rupture de la période d'essai, déboute M. [M] de sa demande en réintégration, condamne la société Api restauration à payer à M. [M] la somme brute de 9 582,54 euros à titre d'indemnité pour la nullité de la rupture du contrat de travail à durée déterminée, la somme brute de 25 234,02 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de violation du statut protecteur et la somme de 1 000 euros net de dommages et intérêts pour discrimination syndicale, l'arrêt rendu le 31 octobre 2024, entre les parties, par la cour d'appel de Montpellier ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Nîmes ; Condamne la société Api restauration aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Api restauration et la condamne à payer à M. [M] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé publiquement le dix-sept juin deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une période d'essai ?
La période d'essai est une phase durant laquelle un employeur et un salarié peuvent évaluer leur compatibilité avant de confirmer le contrat de travail.
Quels sont les droits d'un salarié protégé ?
Un salarié protégé bénéficie d'une protection particulière contre le licenciement, nécessitant une autorisation préalable de l'inspection du travail.
Comment se déroule la procédure de contestation d'une rupture de contrat ?
Le salarié peut saisir le tribunal prud'homal pour contester la rupture et demander des indemnités pour licenciement abusif.
Quelles sont les conséquences d'une rupture de contrat sans autorisation ?
La rupture est considérée comme nulle et le salarié peut demander des indemnités pour la perte de son emploi.

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