Tribunal judiciaire, ctx protection sociale, 22 juin 2026 — n° 23/01982
Synthèse de la décision
Question juridique
Le tribunal doit-il surseoir à statuer sur la validité d'une mise en demeure et d'une contrainte émises par la MSA pour le recouvrement de cotisations sociales, dans l'attente d'une décision de la cour d'appel sur l'affiliation et l'exigibilité des cotisations ?
Principe retenu
Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question préjudicielle pendante devant une autre juridiction, le juge peut ordonner un sursis à statuer dans l'attente de cette décision.
Faits clés
- Monsieur [Z] a été gérant de la SARL [2] du 20 décembre 2017 au 31 décembre 2019.
- La MSA [1] a émis une mise en demeure le 6 mars 2023 pour des cotisations dues au titre des années 2018 à 2022.
- Une contrainte a été signifiée le 11 août 2023 pour un montant de 25 638,47 €.
- Un jugement du 25 juillet 2023 a dit que Monsieur [Z] est redevable des cotisations pour 2017-2019 mais pas pour 2020.
- La MSA a interjeté appel de ce jugement, et l'appel est pendant devant la cour d'appel de Lyon.
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Par courrier recommandé du 6 mars 2023, la MSA [1] a mis en demeure Monsieur [Z] de payer la somme de 25 638,47 € au titre des cotisations et contributions ainsi que des majorations de retard et pénalités dues au titre des années 2018, 2019, 2020, 2021 et 2020.
Monsieur [T] [Z] a contesté cette mise en demeure devant la commission de recours amiable par courrier du 6 mai 2023.
En l'absence de réponse, il a porté sa contestation devant le pôle social du Tribunal judiciaire de Lyon par requête reçue au greffe le 8 septembre 2023. Cette procédure a été enregistrée sous le n° RG 23/3039.
Parallèlement, le directeur de la MSA [1] a émis le 13 juillet 2023 une contrainte d'un montant de 25 638,47 €, visant les cotisations non salarié dues au titre des mois de janvier à décembre 2018, de janvier à décembre 2019, de janvier à décembre 2020, de janvier à décembre 2021 et de janvier à décembre 2022, outre majorations de retard et pénalités. Cette contrainte a été signifiée à Monsieur [T] [Z] le 11 août 2023.
Par courrier recommandé reçu au greffe le 25 août 2023, Monsieur [Z] a formé opposition devant le pôle social du Tribunal judiciaire de Lyon. Cette procédure a été enregistrée sous le n° RG 23/1982.
Monsieur [T] [Z] a déposé le 23 mars 2026 des conclusions uniques pour ces deux dossiers, aux termes desquelles il demande au tribunal :
- d'annuler la mise en demeure du 6 mars 2023,
- d'infirmer la décision implicite de rejet rendue ensuite du recours formé devant la CRA le 6 mai 2023,
- d'annuler la contrainte litigieuse,
- de condamner la MSA [1] au paiement d'une somme de 3 000 € au titre de l'article 700 du Code de procédure civile,
- de la condamner aux dépens de l'instance.
La MSA [1] a déposé le 9 octobre 2025 des conclusions uniques pour ces deux dossiers, aux termes desquelles elle demande au tribunal :
- de valider la mise en demeure et la contrainte pour la somme de 25 638,47 €, majorée des frais de signification de 72,98 €, soit au total la somme de 25 711,45 €, hors majorations de retard complémentaires,
- de condamner Monsieur [Z] au paiement de la somme de 3 000 € au titre de l'article 700 du Code de procédure civile,
- de débouter Monsieur [T] [Z] de ses demandes et de le condamner aux dépens.
Les affaires ont été appelées à l'audience du 23 mars 2026, lors de laquelle a été évoquée l'opportunité d'un sursis à statuer dans l'attente de la décision qui sera rendue par la cour d'appel de Lyon sur appel formé contre le jugement du 25 juillet 2023 (RG 19/3374), qui a statué sur l'affiliation de Monsieur [Z] à la MSA, au titre du régime de protection sociale des non salariés agricoles, pour les années 2018, 2019 et 2020.
Les parties se sont accordées sur un sursis à statuer.
La décision a été mise à disposition au 22 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Les procédures RG 23/3039 et RG 23/1982 portent respectivement sur la contestation d'une mise en demeure et d'une contrainte qui visent les mêmes sommes et les mêmes périodes de cotisations. Il existe entre les litiges un lien tel qu'il est de l'intérêt d'une bonne justice de les instruire et juger ensemble.
Il convient donc, en application de l'article 367 du Code de procédure civile, d'ordonner la jonction des procédures RG 23/3039 et RG 23/1982 qui seront désignées sous le seul numéro RG 23/1982.
La mise en demeure et la contrainte contestées portent notamment sur des cotisations, majorations et pénalités dues pour les années 2018, 2019 et 2020. Aux termes de ses conclusions, Monsieur [Z] conteste être redevable de ces cotisations, en raison de l'absence de revenus pour les années 2018 et 2019, et de sa non affiliation à la MSA [1] pour l'année 2020.
Or, par jugement en date du 25 juillet 2023 rendu dans un dossier RG 19/3374, le pôle social du Tribunal judiciaire de Lyon a :
- dit que Monsieur [Z] est redevable des cotisations et contributions sociales en tant que chef d'exploitation, en qualité de gérant de la SARL [2] du 20 décembre 2017 au 31 décembre 2019,
- dit que Monsieur [Z] n'est pas redevable de cotisations et contributions sociales en qualité de chef d'exploitation à titre secondaire de la SARL [2] auprès de la MSA Ain Rhône au titre de l'année 2020.
La MSA [3] a interjeté appel de ce jugement.
La décision à intervenir sur appel du jugement rendu le 25 juillet 2023 dans le dossier n° RG 19/3374, toujours pendant devant la Cour d'appel de Lyon, notamment sur la question de l'affiliation de Monsieur [Z] et l'exigibilité des cotisations sociales réclamées par la MSA avant et après la cessation de ses fonctions de gérant de la SARL [2], est susceptible d'avoir une incidence sur la solution du présent litige.
Il convient donc d'ordonner un sursis à statuer dans l'attente de la décision qui sera rendue par la Cour d'appel de Lyon sur appel formé contre le jugement du Tribunal judiciaire rendu le 25 juillet 2023 dans le dossier n° RG 19/3374.
Les dépens seront réservés.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le pôle social du tribunal judiciaire de Lyon, statuant par jugement contradictoire et en premier ressort,
ORDONNE la jonction des procédures RG 23/3039 et RG 23/1982 qui seront désignées sous le seul numéro RG 23/1982,
ORDONNE le sursis à statuer dans l'attente de la décision qui sera rendue par la Cour d'appel de Lyon sur appel formé contre le jugement du Tribunal judiciaire rendu le 25 juillet 2023 dans le dossier n° RG 19/3374,
DIT que l'affaire sera rappelée à l'audience à la demande de la partie la plus diligente,
RÉSERVE les dépens,
Ainsi jugé et mis à disposition au greffe du tribunal, le 22 juin 2026, et signé par la présidente et la greffière.
La Greffière La Présidente
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un sursis à statuer ?
Le sursis à statuer est une décision par laquelle le tribunal suspend la procédure dans l'attente d'une décision d'une autre juridiction qui est déterminante pour la solution du litige. En l'espèce, le tribunal a sursis à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Lyon sur l'affiliation de Monsieur [Z] à la MSA.
Puis-je contester une mise en demeure de la MSA ?
Oui, vous pouvez contester une mise en demeure de la MSA en saisissant la commission de recours amiable, puis le pôle social du tribunal judiciaire. Dans cette affaire, Monsieur [Z] a contesté la mise en demeure du 6 mars 2023 et a également formé opposition à la contrainte.
Que se passe-t-il si l'affiliation à la MSA est contestée en appel ?
Si l'affiliation est contestée en appel, le tribunal peut surseoir à statuer sur le recouvrement des cotisations dans l'attente de la décision de la cour d'appel. C'est ce qui a été ordonné dans cette affaire, car la question de l'affiliation de Monsieur [Z] pour l'année 2020 est pendante devant la cour d'appel de Lyon.
Quels sont les motifs de contestation d'une contrainte de la MSA ?
Les motifs peuvent être l'absence d'affiliation, l'absence de revenus imposables, ou l'erreur sur la période d'exigibilité. Dans cette affaire, Monsieur [Z] contestait la contrainte en raison de l'absence de revenus pour 2018 et 2019 et de sa non-affiliation pour 2020.
Le tribunal peut-il ordonner un sursis à statuer de sa propre initiative ?
Oui, le tribunal peut ordonner un sursis à statuer même si aucune des parties ne le demande, dès lors qu'il existe une question préjudicielle. Dans cette affaire, le tribunal a relevé d'office l'incidence de l'appel pendant sur l'affiliation.
Quelle est la différence entre une mise en demeure et une contrainte ?
La mise en demeure est un avertissement préalable au recouvrement, tandis que la contrainte est un titre exécutoire permettant le recouvrement forcé. Dans cette affaire, la MSA a d'abord envoyé une mise en demeure, puis a émis une contrainte après l'absence de paiement.
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